‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 103 sur 150 · TUA1TB · texte numérisé non relu

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pouvons lui refuser la puissance absolue /è le magisraent le droit absolu de faire ces cho' à Tordre public blables, car nous avons montré qw jnc de quelle marain se mesurent sur sa puissanr ni les droits ni l'au- Si donc personne ne peut .a* .,ans troubler le repos a de juger et de sentir par -1 <jr les choses qu'il pense : droit imprescriptible de J souverain le droit d'ordonpenséesjn'enrésulte-t^1^ qui doivent être exécutées, un État essayer, sanr 4 contre ses décrets, quoiqu'il se bliger les homme? >£/ plus d'une fois d'agir en opposont si divers et //£#fcjice, ce qu'il peut faire d'ailleurs fermement a^^jjjjustice ni la piété, j'ajoute, ce qu'il hommes le* /&#& se montrer citoyen juste et pieux. savent-ils /f*L&e nous l'avons déjA établi, la justice & tousl' yjk dépend des décrets du souverain, et perdevrar ^.^0D& de conformer sa vie aux décrets qui viol' fr'Lit, ne saurait être juste. Mais la piété su-

pr1 jt*rfaprè8 ce que nous avons exposé dans le chatr Ji^cédent) est celle qui a pour objet la paix et la fP*lïJlité de l'État. Or point de paix , point de sécurité / '^/Tpour l'État, si chacun devait vivre à son gré et rfflson caprice. Il fait donc une chose impie celui qui, . ^adonnant à sa fantaisie, agit contre les décrets du 9 flrerain, puisque , si une telle conduite était tolérée , jB mine de l'État s'ensuivrait nécessairement. Il y a ,nieux, un citoyen ne saurait agir contre les ordres et les inspirations de sa propre raison, en agissant conformément aux ordres du souverain; car c'est d'après Jes conseils de la raison qu'il a pris la résolution de transférer au souverain le droit qu'il avait de vivre selon son propre jugement. C'est ce qui est encore confirmé par l'expérience. Dans les conseils du souverain ou de quelque pouvoir inférieur, n'est-il pas bien rare qu'une mesure quelconque réunisse les suifrages unanimes de tous les membres, et n'est-elle pas cependant décrétée par tous les membres à l'unanimité, aussi bien par ceux qui ont voté contre que par ceux qui ont

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wur? Mais je reviens à ma proposition. Que chacun nser raisonnablement de son libre jugement choses sans blesser les droits du souverain, assort de l'examen des fondements de l'État, xamen nous permet de déterminer facile- ^ • t]p **s d'opinions sont séditieuses dans l'État :

j. * -iui, en s'énonçant, détruisent le pacte par

dae citoyen a abandonné le droit d'agir se- ^eule volonté. Par exemple, quelqu'un pense-t-il îe pouvoir du souverain n'est pas fondé en droit, ou que personne n'est obligé de tenir ses promesses, ou que chacun doit vivre selon sa seule volonté , et autres choses du même genre qui sont en contradiction flagrante avec le pacte dont nous parlions tout à l'heure , celui-là est un citoyen séditieux, non pas tant à cause de son opinion, qu'à cause de l'acte enveloppé dans de tels jugements. Par là en effet, par cette manière de voir, ne rompt-il pas la foi donnée, tacitement ou expressément, au souverain pouvoir? Mais quant aux autres opinions qui n'enveloppent pas quelque acte en ellesmêmes, qui ne poussent pas à la rupture du pacte social, 41a vengeance, à la colère, etc., elles ne sont pas séditieuses , si ce n'est pourtant dans un État corrompu , où des hommes séditieux et ambitieux, ennemis de la liberté , se sont fait une renommée telle que leur autorité prévaut dans l'esprit du peuple sur celle du souverain. Nous ne nions cependant pas qu'il n'y ait encore queljues opinions qui , tout en ne concernant que le vrai et te faux , sont émises et divulguées avec des intentions nalveilldntes et injustes. Quelles sont-elles? c'est ce que ions avons déterminé au chapitre xv, sans porter aucune ttteinte à la liberté de la raison. Que si nous remarquons «nfin que la fidélité de chaque citoyen à l'égard de l'État, somme à l'égard de Dieu , ne se juge que par les œuvres, l savoir, par la charité pour le prochain, nous ne douerons plus qu'un État excellent n'accorde à chacun ratant de liberté pour philosopher que la foi , nous l'avons

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diti'mx, il s'efforce d'abroger la loi malgr — •-

trat , il n'est plu? qu'un perturbateur $££* ---

• L un citoyen rebelle. Nous voyons &// /

nière chaque citoyen, sans blente?// //

torité du pouvoir, c'est-à-dire ?/*V ? .™

de l'État, peut dire et enseigna ■•'//.? jt -X JT***!

c'est en abandonnant an r'-VV-?' -e. <^ ner par décret les choses /'" ": j, l'av/^^ '^ direct en ne faisant rien r../. " jnlesstf/*/*^ ce* trouve ainsi contraint. -/"V' - pas de mo/^ A A?5 sition avec sa consr /> -os vices réels; à plus forte. sans outrager ni J ? .«i liberté de la pensée qui est doit faire s'il v .c saurait étouffer. Ajoutez qu'elle En effet, cor dUcun inconvénient que les magistrats, tout entièn» ^ ^ont ils sont revêtus, ne puissent facilesonne , à //f comme je le montrerai tout à l'heure. Je ne en ém^î^'iiic remarquer que cette liberté de la pensée J>rtm£rjgment nécessaire au développement des sciences pifr y^Jfts, lesquels ne sont cultivés avec succès et bontf £*4ae Par ïes hommes ^ jouissent de toute la liberté ^ toute la plénitude de leur esprit.

jUais admettons qu'il soit possible d'étouffer la liberté jes hommes et de leur imposer le joug, à ce point qu'ils posent pas même murmurer quelques paroles sans l'approbation du souverain : jamais, à coup sûr, on n'empêchera qu'ils ne pensent selon leur libre volonté. Que suivra-t-il donc de là ? c'est que les hommes penseront d'une façon, parleront d'une autre, que par conséquent la bonne foi, vertu si nécessaire à l'État, se corrompra, que l'adulation, si détestable, et la perfidie seront en honneur, entraînant la fraude avec elles et par suite la décadence de toutes les bonnes et saines habitudes. Mais tant s'en faut qu'il soit possible d'amener les hommes à conformer leurs paroles à une injonction déterminée ; au contraire , plus on fait d'efforts pour leur ravir la liberté de parler, plus ils s'obstinent et résistent. Bien entendu que je ne parle pas des

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N x 2~a flatteurs et autres gens sans Tertu et sans ^ C^-"*i font consister tout leur bonheur h contempler

*K ^— fort et à remplir leur estomac, mais de ces

TL. % * doivent à une bonne éducation, à l'intégrité

J'u de leurs mœurs, un esprit plus libéral et

"'"5. * ' hommes sont ainsi faits, la plupart du

. • * £ * rien qu'ils supportent avec plus d'im-

" . x ^ Ci A voir reprocher des opinions qu'ils

^ i VL ^ ^ -aies, et imputer à crime ce qui au

vX . soutient leur piété envers Dieu et en-

viables. Voilà ce qui fait que les hommes ^ar prendre les lois en horreur et par se révol- -ontre les magistrats; voilà ce qui fait qu'ils ne considèrent pas comme une honte, mais comme une chose honorable, d'exciter des séditions et de tenter mille entre- Wses violentes pour un motif de conscience. Or, puisqu'il est constant que la nature humaine est ainsi faite, Se s'ensuit-il pas que les lois qui concernent les opinons s'adressent, non pas à des coupables, mais à des hommes libres, qu'au lieu de réprimer et de punir des méchants, elles ne font qu'irriter d'honnêtes gens, qu'enfin on ne saurait , sans mettre l'État en danger de luine^ prendre leur défense ? Ajoutez à cela que des lois de cette nature sont parfaitement inutiles. En effet, considère-t- on comme saines et vraies les opinions condamnées par les lois, on n'obéira pas aux lois; repousse-t-on an contraire comme fausses ces mêmes opinions, on acceptera alors les lois qui les condamnent comme une sorte de privilège, et on en triomphera à ce point que les magistrats, voulussent-ils ensuite les abroger, ne le pourraient pas. Ajoutez encore les considérations que nous avons déduites de l'histoire des Hébreux, chapitre xvni, remarque h» et enfin tous les sophismes qui se sont élevés dans le-sein de l'Église par cette seule raison que les magistrats ont voulu étouffer sous l'action des lois les controverses des docteurs. C'est qu'en effet, si les hommes n'espéraient mettre les lois et les magistrats de

leur parti, triompher aux acclamations de la foule et conquérir les honneurs, on ne verrait pas tant d'animosité se mêler à leurs luttes, tant de colère agiter leurs esprits. Et ce n'est pas seulement la raison, c'est aussi l'expérience qui prouve, par des exemples journaliers, que ces lois, qui prescrivent à chacun ce qu'il doit croire et défendent de parler ou d'écrire contre telle ou telle opinion, ont été instituées au profit de quelques citoyens, ou plutôt pour conjurer la colère de ceux qui ne peuvent supporter la liberté de l'intelligence, et qui, grâce à leur funeste autorité, peuvent facilement, changer en fureur la dévotion d'une populace séditieuse et diriger sa colère à leur gré. Combien ne serait-il pas plus sage de contenir la colère et la fureur de la foule, au lieu d'instituer ces lois inutiles qui ne sauraient être violées que par ceux qui ont l'amour de la vertu et du bien , et de mettre l'État dans la dure nécessité de ne pouvoir tolérer d'hommes libres dans son sein 1 Quoi de plus funeste pour un État que d'envoyer en exil, comme des méchants , d'honnêtes citoyens , parce qu'ils n'ont pas les opinions de la foule et qu'ils ignorent l'art de feindre ? Quoi de plus fatal que de traiter en ennemis et d'envoyer à la mort des hommes qui n'ont commis d'autre crime que celui de penser avec indépendance ? Voilà donc l'échafaud, épouvante des méchants, qui devient le glorieux théâtre où la tolérance et la vertu brillent dans tout leur éclat et couvrent publiquement d'opprobre la majesté souveraine I Le citoyen qui se sait honnête homme ne redoute point la mort comme le scélérat et ne cherche point à échapper au supplice. C'est que son cœur n'est pas torturé par le remords d'avoir commis une action honteuse : le supplice lui paraît honorable, et il se fait gloire de mourir pour la bonne cause et pour la liberté. Quel exemple et quel bien peut donc produire une telle mort, dont les motifs, ignorés par les gens oisifs et sans énergie , sont détestés par les sédi- ^ tieux et chéris des gens de bien? A coup sûr on ne

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saurait apprendre à ce spectacle qu'une chose, à imiter ces nobles martyrs, ou, si Ton craint la mort, à se faire le lâche flatteur du pouvoir.

Veut-on obtenir des citoyens, non une obéissance forcée, mais une fidélité sincère, veut-on que le souverain conserve l'autorité d'une main ferme et ne soit pas obligé de fléchir sous les efforts des séditieux , il faut de toute nécessité permettre la liberté de la pensée, et gouverner les hommes de telle façon que , tout en étant ouvertement divisés de sentiments , ils vivent cependant dans une concorde parfaite. On ne saurait douter que ce mode de gouvernement ne soit excellent et n'ait que de légers inconvénients , attendu qu'il est parfaitement approprié à la nature humaiue. N'avonsnous pas montré que dans le gouvernement démocratique (-le plus voisin de l'état naturel) tous les citoyens s'obligent par un pacte à conformer à la volonté commune leurs actions , mais non pas leurs jugements et leurs pensées, c'est-à-dire que tous les hommes, ne pouvant pas avoir sur les mêmes choses les mêmes sentiments, ont établi que force de loi serait acquise à toute mesure qui aurait pour elle la majorité des suffrages, en se conservant cependant le pouvoir de remplacer cette mesure par une meilleure, s'il s'en trouvait ? Moins donc on accorde aux hommes la liberté de la pensée, plus on s'écarte de l'état qui leur est le plus naturel, et plus par conséquent le gouvernement devient violent. Faut-il prouver que cette liberté de penser ne donne lieu à aucun inconvénient que l'autorité du souverain pouvoir ne puisse facilement éviter, et qu'elle suffît à retenir des hommes ouvertement divisés de sentiments dans un respect réciproque de leurs droits, les exemples abondent, et il ne faut pas aller les chercher bien loin : citons la ville d'Amsterdam, dont l'accroissement considérable, objet d'admiration pour les autres nations, n'est que le fruit de cette liberté. Au sein de cette florissante république , de cette ville éminente , tous les hommes, de

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toute nation et de toute secte, vivent entre eux dans la concorde la plus parfaite ; et pour confier ou non leur bien à quelque citoyen, ils ne s'informent que d'une chose : est-il riche ou pauvre, fourbe ou de bonne foi ? Quant aux différentes religions et aux différentes sectes, que leur importe ? Et de même devant les tribunaux, le juge ne tient aucun compte des croyances religieuses pour l'acquittement ou ia condamnation d'un accusé, et il n'est point de secte si odieuse dont les adeptes (pourvu qu'ils ne blessent le droit de personne, rendent à chacun ce qui lui est dû, et vivent selon les lois de l'honnêteté ) ne trouvent publiquement aide et protection devant les magistrats. Au contraire, lorsque autrefois la querelle religieuse des Remontrants et des Gontreremontrants commença à pénétrer dans l'ordre politique et à agiter les Étais, on vit la religion déchirée par les schismes , et mille exemples prouvèrent sans réplique que les lois qui concernent la religion et qui ont pour but de couper court aux controverses, ne font qu'irriter la colère des hommes au lieu de les corriger, qu'elles sont pour beaucoup l'occasion d'une licence sans limite , qu'en outre les schismes n'ont pas pour origine l'amour de la vérité (lequel est au contraire une source de douceur et de mansuétude ), mais un violent désir de domination : ce ' qui prouve plus clair que le jour que les vrais schismatiques sont bien plutôt ceux qui condamnent les écrits des autres et animent séditieusement contre les écrivains la foule effrénée, que les écrivains eux-mêmes, qui, la plupart du temps, ne s'adressent qu'aux doctes et n'appellent à leur secours que la seule raison; de plus, que ceux-là sont de vrais perturbateurs de l'ordre public qui, dans un État libre, veulent détruire cette liberté de la pensée que rien ne saurait étouffer.

Ainsi nous avons montré : 1° qu'il est impossible de ravir aux hommes la liberté de dire ce qu'Hs pensent; 2° que , sans porter atteinte au droit et à l'autorité des souverains, cette liberté peut ôti>e accordée à chaque ci-

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toyen, pourvu qu'il n'en profite pas pour introduire quelque innovation dans l'État ou pour commettre quelque action contraire aux lois établies; 3° que chacun peut jouir de cette* même liberté sans troubler la tranquillité de l'État et sans qu'il en résulte d'inconvénients dont la répression ne soit facile; 4° que chacun en peut jouir sans porter atteinte à la piété ; 5° que les lois qui concernent les choses de pure spéculation sont parfaitement inutiles ; 6° enfin que non-seulement cette liberté peut se concilier avec la tranquillité de l'État, avec la piété , avec les droits du souverain , mais encore qu'elle est nécessaire à la conservation de tous ces grands objets. Là en effet où l'on s'efforce de la ravir aux hommes, là où Ton fait le procès aux opinions dissidentes, et non aux individus, qui seuls peuvent faillir, là ce sont les honnêtes gens dont le supplice est donné en exemple, et ces supplices sont considérés comme de vrais martyres qui enflamment la colère des gens de bien et excitent en eux des sentiments de pitié , sinon de vengeance, au lieu de porter la frayeur dans leur âme. Alors les saines pratiques et la bonne foi se corrompent , la flatterie et la perfidie sont encouragées, les ennemis des victimes triomphent en voyant le pouvoir faire de telles concessions à leur fureur et par là se constituer sectateur delà doctrine dont ils se donnent pour interprètes. Qu'arrive-t-il enfin? que ces hommes usurpent toute autorité, et ne rougissent point de se déclarer immédiatement élus par Dieu , de proclamer divins leurs décrets, et simplement humains ceux qui émanent du gouvernement, afin de les soumettre aux décrets divins , c'est-à-dire à leurs propres décrets. Or qui ne sait combien cet excès est contraire au bien de l'État? C'est pourquoi je conclus, comme je l'ai déjà fait au chapitre xvm , qu'il n'y a rien de plus sûr pour l'État que de renfermer la religion et la piété tout entière dans l'exercice de la charité et de réquité,de restreindre l'autorité du souverain, aussi bien en ce qui concerne les choses sacrées que les choses pro-

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