‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 91 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ON RECHERCHE SI LES APOTRES ONT ÉCRIT LEURS ÉPITRES A TiTHB D* APOTRES ET DE PROPHÈTES, OU A TITRE DE DOCTEURS. — ON CHERCHE ENSUITE QUELLE A ÉTÉ LA FONCTION DES APOTRES.

Quiconque a lu le Nouveau Testament ne peut douter que les apôtres n'aient été prophètes. Mais comme les prophètes ne parlaient pas toujours d'après une révélation, et que cela n'arrivait même que fort rarement, ainsi que nous l'avons montré à la fin du chapitre i,nous pou-

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vons nous demander si les apôtres ont écrit leurs épltres àtitrede prophètes, d'après une révélation et un mandat exprès, comme Moïse, Jérémie et les autres, ou s'ils les ont écrites à titre de docteurs et de simples particuliers. Ce doute est d'autant plus fondé que dansl'Épttre 1 aux Corinthiens (chap. xiv, vers. 6), Paul indique deux genres de prédication : l'un fondé sur la révélation , l'autre sur la science. De là vient la difficulté de savoir si les apôtres parlent dans leurs épîtres comme prophètes ou' comme docteurs. Or, si nous voulons faire attention au style des Épltres, nous trouverons qu'il est fort éloigné du style de la prophétie. C'était en effet une chose familière aux prophètes que de déclarer partout qu'ils parlaient au nom de Dieu ; et de là ces expressions : Dieu dit, le Dieu des armées dit, la parole de Dieu, etc.; et ce langage ne semble pas seulement avoir été usité dans les discours publics des prophètes, mais encore dans celles de leurs épltres qui contenaient des révélations : comme on le voit dans l'épltre d'Élie à Joram (voyez liv. II des Parai., chap. xxi, vers. 12) qui commence aussi par ces mots : Dieu dit. Mais dans les Épltres des apôtres nous ne lisons rien de semblable ; au contraire, dans la Ire aux Corinthiens (chap. vn, vers. 40), Paul dit expressément în'il parle selon l'inspiration personnelle de ses sentiments. On trouve même en un très-grand nombre de passages des locutions qui témoignent d'un esprit de doute et d'irrésolution, comme {Épître aux Romains, chap. in, vers. 28) ces expressions: nous pensons donc1; et (au chap. vin, vers. 18) c'est que je pense, et plusieurs autres semblables. Outre cela, on trouve d'autres locutions bien éloignées de l'autorité prophétique , telles que celles-ci : h dis ceci en homme faible, et non pas par commandement (voyez Épît. I aux Corinthiens, chap. vn, vers. 6) ; et encore : Je donne mon avis comme un homme gui est fidèle parla grâce de Dieu (même chap., vers. 25) ; On pourrait

i. Voyez les Notes marginales de Spinoza, note 26.

citer encore beaucoup d'autres expressions. Hfautreffl» qner que, lorsqu'il dit dans ce chapitre qu'il n'a pas * commandement de Dièir, iï n'entend par là ni précepte ni commandement "que Dieu lui" aurait révélés ; H parle seulement des enseignements donnés par le* Christ suri* montagne à ses disciples. D'ailleurs", si nous prenons garde à la manière dont les apêtres'nous t)r«sïïwttot dans leurs Épltres la doctrine évangéfique, nous verrous' qu'elle est bien différente de cé&& qu'ont empfoyée 1# prophètes pour nous transmettre leurs prophéties. Ctf les apôtres raisonnent sans* cesse de telle sorte qu'Us m semblent pas prophétiser, mais discuter. Lear prophéties ne contiennent que de purs dogmes et des décrets, parce que Dieu est représenté comme prenant lui-même la parole, non pas pour raisonner, mais pour imposer des ordres, selon le pouroir absolu qui appartient à sa naiture. L'autorité du prophète ne doit pas en effet souffrir la discussion ; car quiconque veut confirmer ses dogmes par la raison les soumet par cela même au libre jugement de chacun. C'est bien ainsi que Paul paraît l'entendre, lui qui a l'habitude déraisonner, lorsque dans YÈpffre 1 aux Corinthiens (chap. x, vers. 15) il s'exprime en ces termes: Je vous parle comme à des personnes sages ; jugez vous-mêmes la vérité de ce que je vous dis. Il faut dire ensuite que les prophètes percevaient les choses révélées sans les secours de la lumière naturelle, c'est-à-dire sans le raisonnement, comme nous l'avons vu au chapitre i. Bien que certaines conclusions dans le Pentateuque semblent le résultat du raisonnement, on verra, si on y prend garde, qu'on ne peut nullement les prendre pour des arguments rigou reux : par exemple, lorsque Moï*e, dans le Deutéronome (chap. xxxr, vers. '27), dit aux Israélites : Si vous avez été rebelles contre Dieu, tandis que j'ai vécu parmi vous, vous le serez bien plus après ma mort, il faut bien se garder de croire que Moïse veuille prouver aux Israélites par le raivsonnement qu'ils abandonneront nécessairement après sa mort le vrai culte de Dieu; car cet argument serait

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feux, comme on peut le prouver par rÉmture -elle-même. Les Hébreux ont en effet persévéré constamment dans leur foi, du vivant 4e Josué et ties anciens, et depuis sous Samuel, David, âalomon, -etc. Ainsi ces paroles de Moïse ne sont qu'un enseignement moral, une espèce de mouvetoc»t oratoire qui toi tmt prédire la rébellion du peuple, que son imagination se représente vivement dans ï'Avea&ir. «Ce qui m'empêche dédire que Moïse ait prononcé ees paroles par une inspiration personnelle et «finale montrer au peuple la vraisemblance de sa préfiction, ce qui me porte à croire, au contraire, qu'elles'» U ont été suggérées jaar révélation et en tant que prophète, c'est qu'au verset .21 de ne môme chapitre on lit que Dieu révéla cette même chose à Moïse en d'autres fermes, quoiqu'il ne fût évidemment pas nécessaire de confirmer cette prédiction et ce décret par des raisons vraisemblables, et qu'il suffit die les représenter vivement à son imagination (ainsi que nous l'avons montré au chapitre i) ; r.e qui ne pouvait mieux se faire pour Moïse qu'en toi faisant imaginer comme future une rébellion qu'il avait si souvent éprouvée. C'est ainsi qu'il faut entendre toeslesargumentscLeMoï&equise trouvent dans les cinq fores qu'on lui attribue ; ce ne sont pas des déductions de la raison, mais seulement des façons de parler par lesquelles il exprimait avec plus de force les décrets de Bien qu'il &e représentait vivement. Je ne veux pas cependant oiier d'une manière absolue que les prophètes t'aient ;pu raisonner d'après les révélations qu'ils rece- Ttimt; j'affirme seulement que .plue les prophètes raisonnent juste, plus la /connaissance .qu'ils ont des choses révélées approche des .coemaissances naturelles, et que xjenneprouveplus évidemment le caractère surnatnreide leur science que de voir que leurs paroles sont ou de purs dogmes, ou des décrets, ou des sentences; ,etde tout cela je «pndus que ce grand prophète, Mtâse, n'aiait aucun argument en forme, tandis qu'iaiu contraire les longues déductions et argumentations de Paul, belles qu'on lesJii dans

F Épitreaux Romains, n'ont nullement été écrites sousl'inspiration d'une révélation divine. Ainsi les locutions, tout aussi bien que les raisonnements des apôtres dans leurs Épitres, démontrent très-clairement que ces ouvrages ne furent point composés d'après des révélations et des ordres de Dieu, mais qu'ils furent simplement le fruit du jugement naturel des apôtres, qu'ils ne contiennent d'ailleurs que des avis fraternels pleins d'une doucenr bien contraire à la rudesse de l'autorité prophétique : je citerai, par exemple, cette expression respectueusedePanl dans son É pitre aux Romains, chapitre xv, verset 15 : Je vous ai écrit, mes frères, un peu trop librement. Non» pouvons en outre arriver à cette même conclusion an sujet des apôtres , en voyant que nulle part il n'est dit qu'ils aient reçu l'ordre d'écrire , mais seulement celui de prêcher partout où ils iraient et de confirmer leurs prédications par des signes. Car il fallait absolument la présence des apôtres , et il fallait aussi des signes qui témoignassent de leur mission pour convertir les gentils à la religion et les y confirmer, ainsi que Paul l'énonce expressément dans son Épître aux Romains (chap. h vers. 11) : Parce que j'ai, dit-il, grand désir de vous voit** de vous distribuer le don de l'Esprit, pour que vous soyet confirmés dans la foi. Mais on objectera ici peut-être que nous pourrions de la même manière conclure que les apôtres n'ont pas non plus prêché en tant que prophètes» car, lorsqu'ils allaient prêcher çà et là, ce n'était pas par ordre exprès qu'ils le faisaient, comme autrefois le» prophètes. Par exemple, nous lisons dans l'Ancien Testament que Jonas alla prêcher à Ninive, et en même temps qu'il y fut envoyé exprès et qu'il avait su par révélation ce qu'il devait y prêcher. Il y est dit aussi très-longuement au sujet de Moïse qu'il partit pour l'Egypte comme ambassadeur de Dieu, qui lui avait fixé d'avance et le langage qu'il tiendrait au peuple hébreu et au roi Pharaon, et les signes qu'il produirait en leur présence pool les convaincre de sa mission. C'est par un ordre exprès

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qu'Isaïe, Jérémie, Ézécbiel prêehent les Israélites. Et enfin l'Écriture atteste que les prophètes n'ont rien prêché que ce qu'ils avaient reçu de Dieu. Mais le Nouveau Testament ne nous dit rien de semblable, ou du moins cela est très-rare, au sujet des apôtres qui allaient prêcher de côté et d'autre. Nous y trouvons au contraire certains passages qui annoncent positivement que les apôtres choisissaient eux-mêmes les lieux où ils voulaient prêcher; et cela est si vrai qu'à ce sujet un différend qui dégénéra en querelle s'éleva entre Paul et Barnabas (voyez Actes des Apôtres, chap. xv, vers. 17, 18). On voit même que les apôtres ont plusieurs fois tenté vainement d'aller dans quelque lieu, comme le prouvent ces paroles de Paul [Épitre'aux Romains, ch. i, vers. 13) : Sauvent j'ai voulu aller vous trouver et j'en ai été empêché : et (chap. xv, vers 22) : Cest pour cela que j'ai souvent été mpêché d'aller vous trouver; et enfin dans le dernier chapitre de YÉpître I aux Corinthiens, vers. 12 ; J'ai souvent prié mon frère Apollon d'aller vous trouver avec nos frères, mais il n'en avait nullement la volonté; cependant, lorsqu'il le pourra, etc. C'est pourquoi, me fondant tant sur ces façons de parler et sur les discussions des apôtres que sur ce fait remarquable, que, lorsqu'ils allaient prêcher quelque part, l'Écriture ne témoigne nullement de leur mission divine, comme elle le fait pour les anciens prophètes, je devais conclure qu'ils ont prêché en tant que docteurs et non en tant que prophètes. Mais on résoudra plus facilement encore cette question, si on prend garde tla différence de vocation des apôtres et des prophètes de l'Ancien Testament. Ceux-ci en effet n'ont pas été appelés à prêcher et à prophétiser chez toutes les nations, mais seulement chez quelques-unes en particulier; ce qui exigeait conséquemment pour chacune d'elles un mandat spécial et particulier. Mais les apôtres étaient appelés à prêcher indistinctement toutes les nations; leur vocation s'étendait à la conversion religieuse de tous les peuples. Partout donc où ils allaient, ils exécuii. M

taient les ordres du Christ; et ils n'avaient pas besoin , avant de partir, d'une révélation qui leur fit connaître ce qu'ils prêcheraient; aussi bien ils étaient ces discifto à qui Jésus-Christ avait dit : Quand ils vous livreront }ve vous inquiétez ni de ce que vous direz ni de la manière îmt vovs le direz; car à cette keure-là ce que vous aurez à Un vous sera inspiré, etc. (voyez Matthieu, ch. x, vers. !9, M). Nous concluons donc que les apôtres n'ont eu de réiélation spéciale que pour ce qu'ils ont prêché de vive voix et confirmé par des signes (voyez ce que nous avons âémontré au commencement du chapitre n), et que,pouf«e qu'ils ont enseigné simplement par écrit et de vive voii, sans recourir à aucun signe qui firt comme un témoignage de la vérité de leur parole, ils Font dit ou écrit d'après xme connaissance toute naturelle {voyez à ce sujet YÊpîfre I aux Corinthiens, chap. xiv, vers. 6) : et ici nous ne nous embarrassons pas de cette circonstance, que toutes les Épîtres commencent par l'apologie Je l'apostolat; car les apôtres ont reçu, comme je le prouverai tout à Fheure , non-seulement le pouvoir de prophétiser, mais aussi l'autorité d'enseigner. Et c'est pour cette raison que nous estimons qu'ils ont écrit leurs Épîtres en qualité d'apôtres, et que conséquemment chacun d'eux les a commencées par l'apologie de son apostolat ; ou peut-être , pour captiver plus facilement l'esprit du lecteur et exciter plus vivement son attention» ont-ils voulu, avanttout, attester qu'ils étaient les menées qui s'étaient fait connaître aux fidèles par leurs prédications , et qui avaient alors prouvé par d'éclatants témoignages qu'ils enseignaient la vraie religion et la voie du salut. Car tout ce que je lis dans ces Épîtres 6ur la vocation des apôtres et sur l'Esprit saint et divin dont H* étaient animés se rapporte aux prédications qu'il* avaient faites; excepté cependant ces passages où l'Es prit de Dieu, l'Esprit-Saint, marque simplement une àm saine, heureuse et toute à Dieu , etc. (comme nous Ta vons vu dans le 1er chap.). Prenons pour exemple cespe

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lies de Paul, dans YÉpître I aux Corinthiens (chap. vu, arsiûj : Elle est heureuse, si elle demeure en cet état, m que je lui conseille; et je pense que l'esprit de Dieu f aussi en moi. Ici, par Esprit de Dieu, il entend son «pré esprit, comme le prouve la . construction du. disais; car c'est comme s'il disait : La veuve qui ne veut ishfaire un second mariage , je L'estime heureuse , moi liai résolu de vivre dans le célibat et quime trouve heuor de cette condition. Ou trouve d'autres passages de genre qu'il est superflu de1 rapporter ici. Mais puisque m voulons établir que les Épltces des apôtre» ont ô dictées par la seule lumière naturelle , il faut voir ûntenant comment ils pouvaient enseigner par la seule kùù& naturelle des choses qui ne tombent pas dan» sa hère. Mais, pour peu que nous prenions garde à ce le nous avons dit sur l'interprétation de l'Écriture au tap. vu de ce Traité, il n'y aura ici pour nous aucune ffieulté- Car, bien que les choses que renferme la Bible passent de beaucoup notre intelligence,, nous pouvons Btefois. les discuter en toute sécurité, pourvu que nous admettions aucun principe qui ne soit tiré de l'Écriture Ême; et c'est ainsi qu'en usaient Les apôtres pour wrdes conséquences de ce qu'ils avaient vu v entendu, aussidece qu'ils avaient appris par révélation, afin Renseigner aux peuples quand ils le jugeaient à prol. Ensuite, quoique la religion telle que la prêlient les apôtres , à savoir, ea faisant un. simple récit la vie du Christ , ne soit pas accessible à la: raison, il al personne du moins qui par la lumière naturelle' m puisse facilement saisir, le principal (qui, consiste bdpalement en instructions morales , comme la docte tout entière du Christ). Enfin les apôtres n'avaient I besoin d'être éclairés par une lumière surnaturelle «prêcher une religion qu'ils, avaient auparavant confirme par des signes, et pour la mettre si bien à la portée des jlligences ordinaires que chacun pût facilement l'en*nutr; et c'est le propre but efcea Épltres, savoir, d'en-

seigner et d'apprendre aux hommes les voies que chacun des apôtres a jugées les meilleures pour les confirmer dans la religion. Maintenant il est bon de se rappeler ce que nous avons dit tout à l'heure, que les apôtres avaient reçu non-seulement le pouvoir de prêcher l'histoire du Christ en tant que prophètes, c'est-à-dire de la confirmer par des signes, mais aussi l'autorité de choisir pour leur enseignement les moyens que chacun d'eux estimerait les meilleurs : c'est ce double don que Paul indique clairement dans son Épître I à Timotkée (chap. i, vers. 11): En quoi fai été institué héraut, apôtre et docteur «te gentils. Et dans la même au même (chap. n, vers. 7) : De qui fai été institué héraut et apôtre {je dis la vérité m nom du Christ, je ne mens pas) et docteur des nations dans h foi (N. B.) et dans la vérité. Ces passages, je le répète, montrent clairement la double apologie de l'apostolat et dn doctorat; quant à l'autorité de donner des ordres en toute circonstance et à tous , elle est prouvée en ces termes dans YÊpître à Philémon, verset 8 : Quoique j'aie m grand pouvoir en Jésus-Christ de te prescrire ce qui sera convenable, cependant , etc., où il faut remarquer que , si Paul eût reçu de Dieu en tant que prophète, et dû prescrire à ce titre à Philémon ce qu'il lui fallait prescrire, il ne lui eût certainement pas été permis de changer en simple prière le précepte formel de Dieu. Il faut donc admettre de toute nécessité qu'il parle du pouvoir qui lui était attribué en tant que docteur et non en tant que prophète. Cependant il ne résulte pas de là assez clairement que les apôtres aient pu choisir la manière d'enseigner que chacun d'eux aurait jugée la meilleure, mais seulement qu'en vertu de leur apostolat ils étaient à la fois apôtres et docteurs ; à moins que nous n'ayons ici "ecours à la raison , qui montre parfaitement que celui qui a l'autorité d'enseigner a aussi celle de choisir à cette fin les moyens les plus convenables. Mais il vaut mieux démontrer tout cela par l'Écriture seule. Il résulte évidemment en effet de l'Écriture que chaque apôtre choisit

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ses voies particulières ; on peut s'en assurer par ces paroles de Paul (Épître aux Romains, chap. xv, vers. 20): APeflbrçant de prêcher là ou n'avait pas encore été invoqué le nom du Christ, afin de ne pas édifier sur des fondements étrangers. Certes, si les apôtres n'avaient eu qu'une seule et même manière d'enseigner, s'ils avaient tous édifié la religion chrétienne sur le même fondement, il n'y avait pas de raison pour que Paul pût dire que les fondements d'un autre apôtre étaient des fondements étrangers, puisque c'auraient été les mêmes que les siens. Mais pmstpi'il les appelle étrangers^ il faut conclure nécessairement que chacun d'eux édifia la religion sur des fondements particuliers , et qu'il arriva aux apôtres dans leur mission de docteurs ce qui arrive aux docteurs ordinaires, qui ont chacun une manière d'enseigner qui leur est propre , de telle sorte qu'ils aiment toujours mieux enseigner ceux qui sont tout à fait ignorants et qui* n'ont commencé à apprendre sous aucun maître les langues ou même les sciences mathématiques dont la vérité n'est mise en doute par personne. Ensuite, si nous parcourons les Épltres avec quelque attention, nous verrons que les apôtres sont d'accord sur la religion elle-même, mais qu'ils sont loin de l'être sur ses fondements. Car Paul, voulant confirmer les hommes dans la religion et leur montrer que le salut dépend de la seule grâce de Dieu , a enseigné que personne ne peut se glorifier de ses œuvres, mais de la foi seule, et que perlonne ne peut se justifier par ses œuvres (voyez Épître «œ Romains j chap. m, vers. 27,28), et a développé tonte cette doctrine sur la prédestination. Jacques dit , an contraire, dans son Épitre, que l'homme se justifie par ses œuvres et non pas seulement par la foi (voyez son Épître, chap. n, vers. 24) ; et il comprend en trèspen de mots toute la doctrine de la religion, après avoir mis de côté toutes ces discussions spéculatives de Paul. Ensuite il n'est pas douteux que c'est pour avoir édifié la religion sur divers fondements que les apôtres ont

donné lieu à ces nombreuses discordes et à ces schismes gui, depuis eux, ont. sans cesse déchiré l'Église, et qu certainement continueront de la- déchirer , jusqu'à ce qu'enfin la religion soit dégagée un jour de& spéculations philosophiques,, et ramenée à. ce petit nombre de dogme» très-simples que le Christ a* enseignés à ses* disciples. Cela fut impossible aux apôtres, para* que l'É*angile était inconnu aux hommes,. et que, pour éditer d'oflfaiwer leurs oreilles par la nouveauté de ses. doctrines,, a* approprièrent cet enseignement, autant que celapouwi se faire,, à l'esprit du temps (vo$Qz>Épitre I aiub Contethicn&y chap- îx, vers. 19y20, ete.)r et l'édifièrent aiatt sur les principes les plus connus* à cette époque et la* plus vulgairement reçus. C'est pourquoi il n'est, pa* ua apôtre qui ait plus philosophé que Paul, appelé particmlièrement à, prêcher les gentils. Mais les autres qui prêchèrent les Hébreux, c'est-à-dire ua peuple contempteur de la philosophie* s'accommodèrent aussi à leur esprit a», ce po\oL(voyezÉpî£re aux Galates, chap. il, vers. 11, ete.),. et enseignèrent la religion dégagée des spéculation» philosophiques. Et.cer.tes notre siècle serait bien heureux, s'il était libre aussi de. toute superstition.

CHAPLTRE XII.

DU VÉRITABLE ORIGINAL DE LA LOI DIVINE, ET POUR OU ELLE RA1SÛ& L'ÉCRITURE EST APPELÉE SAINTE ET PAROLE DE DIEU. — 0N: PROUVE ENSUITE QU'EN TANT QU'ELLE CONTIENT LA PAROLE DE DIEU, ELLE EST PARVENUE SANS CORRUPTION JUSQU'A NOUS.

Ceux qui considèrent là Bible , telle que nous l'avons aujourd'hui, comme-uae sorte de lettre que Dieu, dwtavat du ciel, a écrite aux hommes, s'écrieront indubitablement que j'ai commis un péché envers l'Esprit-Saint, moi qui ai soutenu que cette parole de Dieu: esl vicieuse, tronquée, altérée et pleine de discordances, que noua n'ea possédons que des fragments , et que l'original dir Pacte que Dieu a fait avee tes Jvxvfe a çérû Mais je ne

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«toute pas qu'ils ne cessent leurs clameurs , pour peu cprtfe veuillent examiner la chose avec soin. La raison elfe-même , en effet , aussi bien que les enseignements As prophètes et des apôtres, nous révèle la parole éternelle de Dieu et son alliance, et nous crie que la vraie rtBgtoa est gravée de la main de Dieu dans le cœur des taunes, e'èst-à-dire dans Tesprit humain, et que c'est tttevâritable original de la loi de Dieu, loi qu'il a pour aftsiifire scellée de son propre sceau, quand il1 a mis en. Ww Htfée de lui-mtëme et comme une image de sa dïrtrité. Lesr premiers Juifs reçurent la religion par écrit «tanne de loi , parce que sans doute à cette époque tories traitait comme des enfants. Mais plus tard Htise (Deutérvfwme, chap-. xxx, vers. 6) et Jérémie(chap. », ver». 33) leur prédisent un temps à venir où Mm gravera sa loi dans leurs cœurs. II appartenait donc autrefois aux Juifs, et surtout aux saducéens, de comtottre pour la loi écrite sur des tables -, mais cela n'est P« dw tout une obligation pour ceux qui la portent écrite dans leurs cœurs. Aussi, quiconque voudra' bien yrtfiéchir, loin de trouver dans ce que j'ai dit phis haut rien de contraire1 à la parole de Dten, à la vraie religioir et à lia foi, ou qui puisse l'infirmer, verra au* confire que je ne fais que la raffermir, comme je l'ai PWnvé à la fin du chapitre x ; s'ff n'en était pas ainsi , j'waw fermement résolu de garder le silence sur ces îiwÉonsj et, pour échapper à toutes- les difficultés, je ira serais empressé de reconnaître que l'Écriture recèle lès phw profonds mystères. Mais comme c'est de là que sont sortis avec une déplorable superstition bien d'autres încswrênients pernicieux dont j'aïdÇjà parié au eftapitrever; K n*ài pas jugé convenaWe de garder le siTence, et cela sortent parce que la religion n'a nul besoin des vaine? paniresdelasuperstition. C'est au contraire lui ravir son pur édfct que de lui donner ces faux ornemente. Mais, dîrart-<raj, quoique la loi divine soit gravée dans tes cœurs , l'Écriture n'en est pas moins la paro\er teTfera^ *& %^l

n'est pas plus permis de dire de l'Écriture qu'elle est tronquée et corrompue qu'il ne le serait de parler ainsi de la parole de Dieu. Pour moi, je crains au contraire que ceux qui insistent si fort n'aspirent à une trop grande sainteté , qu'ils ne changent la religion en superstition, et qu'enfin, au lieu d'adorer la parole de Dieu, ils ne commencent à adorer des simulacres , des images, ou de l'encre ef du papier. Ce que je sais, c'est que je n'ai rien avancé qui soit indigne de l'Écriture ou de la parole de Dieu ; il n'y a aucune de mes assertions dont je n'aie démontré la vérité par les raisons les pins évidentes, et je puis conséquemmeut affirmer avec certitude que je n'ai rien dit qui soit impie ou qui sente llm* piété. J'avoue que quelques hommes profanes , à qui la religion est à charge, peuvent prendre prétexte de ces assertions pour justifier leurs dérèglements ; qu'ils peuvent aussi, sans aucune raison, et dans le seul intérêt de leurs penchants voluptueux, un conclure que l'Écriture est partout mensongère et falsifiée , et partant qu'elle n'a nulle autorité. Mais est-il possible de remédier à un pareil inconvénient ? Le proverbe a raison de dire qu'il n'est pas d'assertion si bonne et si légitime qu'une mauvaise interprétation ne la puisse empoisonner. Les libertins peuvent toujours facilement trouver une excuse à leurs dérèglements; et ceux qui avaient autrefois les originaux mêmes, l'arche d'alliance, et même les prophètes et les apôtres , n'en ont été ni meilleurs ni plus dociles ; les Juifs , non moins que les gentils, ont toujours été les mêmes, et de tout temps la vertu a été extrêmement rare. Cependant, pour écarter tout scrupule, il faut montrer ici par quelle raison l'Écriture, comme toute chose muette, doit être appelée sainte et divine* ensuite, ce que c'est en effet que la parole de Dieu, qu'elle n'est pas contenue dans un certain nombre de livres, et comment enfin l'Écriture , en tant qu'elle enseigne ce qui est nécessaire à l'obéissance et au salut, n'a pu être corrompue. Car on pourra juger facilement par

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là que nous n'avons rien dit contre la parole de Dieu, et qne nous n'avons aucunement ouvert la porte â l'impiété.

""j Cela est sacré et divin qui est destiné à la piété et aux

5 4 exercices de religion ; et tout objet semblable restera sacré aussi longtemps que les hommes s'en serviront avec une pieuse intention. Que si leur piété cesse, ces objets cesseront aussi d'être sacrés ; que s'ils les font servir à des œuvres d'impiété, alors cela même qui était sacré deviendra immonde et profane. Il est, par exemple, un lien que Jacob le patriarche appela la Maison du Seigneur, parce que c'est là que Dieu s'était révélé à lui et qu'il l'avait adoré ; mais ce même lieu fut appelé par les prophètes une maison (FiniquitéÇvoyezHamoSj chap. v, vers, 5, etfl*&, chap. x, vers. 5), parce que les Israélites avaient coutume d'y sacrifier aux idoles par l'ordre de Jéroboham. Voici un autre exemple qui met cette vérité dans tout son jour. Lès mots ne doivent qu'à l'usage une signification déterminée; et s'ils sont tellement disposés selon cet usage que leur lecture excite des sentiments de dévotion, alors les mots et le livre où les mots sont ainsi ordonnés doivent être réputés saints. Mais si plus tard l'usage s'efface tellement que les mots ne gardent plus aucune signification, soit parce que le livre est tout à fait négligé, soit par des altérations criminelles, soit parce qu'on n'en a plus besoin, alors les mots et les livres, n'étant d'aucun

*| usage, n'auront aucune sainteté; ensuite, si ces mêmes mots sont disposés autrement, ou si l'usage a prévalu de

** | leur donner une signification contraire, alors ces mots et ces livres, de saints qu'ils étaient auparavant, deviendront impurs et profanes. Il résulte de là qu'aucun objet, considéré hors de l'âme, ne peut être appelé absolument sacré ou profane et impur; ce n'est que par leur rapport àl'àme que les objets prennent tel ou tel de ces caractères. On peut encore démontrer ce point avec une extrême évidence par plusieurs passages de l'Ecriture. Citons-en un ou deux. Jérémie (chap. vu, vers. 4) dit que c'est à tort que les Juifs de son temps donnaient le

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nom de temple de Dieu au temple de Salomon; car le . nom de Dieu, comme il le déclare ensuite dans le même chapitre, ne pouvait être attribué à ce temple que pendant le temps où il était fréquenté par des hommes qui adoraient Dieu et qui défendaient la justice; que s'il n'y entrait que des homicides, des voleurs, des idolâtres et d'autres scélérats, alors on devait le regarder plutôt comme un repaire de brigands. le demanderai aussi ce qu'est devenue l'arche d'alliance. L'Écriture n'en dit rien, et je me suis souvent étonné de ce silence; iï est certain cependant qu'elle a péri ou qu'elle a été Brûlée avec le temple, quoiqu'elle fût ce qu'il y avait de plus sacré et die plus respecté chez les Héhreux. Il est donc évident par la même raison, çyie l'Écriture ne demeure sacrée et que ses discours ne sont divins que pendant qu'elle inspire aux hommes des sentiments de piété ; mais si ces mêmes hommes la délaissent tout à fait, comme l'ont fait autrefois les Juifs, elle n'est plus que de l'encre et du papier, elle est profanée et abandonnée à la corruption, et partant on a tort de dire, si elle périt ou se corrompt, que c'est la parole même de Dieu qui a péri ou qui s'est corrompue, de même qn'au temps de Jérémie on aurait eu tort de dire que le temple qui fut consumé dans les flammes était le temple de Dieu. Jérémie rend le même témoignage au sujet de la loi; car il apostrophe ainsi les impie» de son temps : Pourquoi dites-vous : Nous somm& maîtres et la loi de Dieu est avec nous? Certes c'est en vcdn qu'elle a été donnée, c'est en vain que la plume des scribes (a été faite) ; c'est-à-dire, parce que vous avez l'Écriture envotre pouvoir, vous avez tort de croire que vous àve* aussi la loi de Dieu, après que vous l'avez anéantie. Ainsi encore, lorsque Moïse brisa les premières tables, il futloin, dans sa colère, de rejeter de ses mains et de briser la parole de Dieu (qui. pourrait en effet s'imaginer pareille chose et de Moïse et delà parole de Dieu ?) ; Moïse ne brisa donc que les pierres qui, pour être saintes auparavant parce qu'elles portaient les caractères de l'alliance par

jneUe tes Jurfs avaient promis obéissance à Dieu, permit tonte autorité du jour où le peuple renonça à ce rie en offrant ses hommages à un Teau; et c'est aussi mr la même raison que les secondes tables ont pu périr ec l'arche. H ne faut donc pas s'étonner que les preicrs originaux des livres de Moïse n'existent plus, ni le les accidents dont nous avons parlé aient frappé les t Tes que nous possédons, puisque le véritable original l'alliance divine, la chose du monde la plus sainte, a m pu disparaître complètement. Que Ton cesse donc i nous accuser d'impiété, nous qui n'avons rien dit ntre la parole de Dieu, et qui ne l'avons pas souillée, que la juste colère qu'on pourrait avoir retombe sur s anciens , dont là malice a profané et corrompu uche de Dieu, le temple, la loi et toutes les choses btes. D'ailleurs si, comme le dit l'Apôtre (Epît. H aux mnthiens, chap. ni, vers! 3), les hommes portent en nVÉpître divine écrite, non avec de l'encre, mais avec isprit de Dieu, si elle est gravée, non sur des tables i pierre, mais sur les tables vivantes de leur cœur, fib «essent d'adorer la lettre et d'en prendre un si "ad soueL — Je pense avoir suffisamment établi par. « explications le sens dans lequel l'Écriture doit être pâtée sainte et divine. Maintenant il faut voir ce qu'il ^'proprement entendre par dehar Jehowxh (la parole de au) : ce mot debar signifie verbe, discours, édit et chose. «art aux raisons pour lesquelles on dit en hébreu rtme chose est à Dieu et qu'elle se rapporte à Dieu, *« les avons exposées au chapitre i, et on en infère fa cillent -ce que l'Écriture veut faire entendre par parole 6 Dieu, discours, édit et chose, il n'est donc pas nécesare de rappeler ici toute cette discussion, ni même ce lenous avons exposé en troisième lieu dans le chapitre vr, i sujet des miracles. Une simple indication de ces passes-suffit pour faire mieux entendre ce que nous voulu dire ici sur ce sujet, à savoir: que la parole de Dieu, ipKquée à un sujet qui n'est pas Dieu lui-même, mar-

que proprement cette loi divine dont nous avons parlé an chapitre nr, c'est-à-dire la religion universelle du genre humain, ou la religion catholique : voyez sur cette matière le chapitre i, verset 10, d'haïe, où ce prophète enseigne la vraie manière de vivre, qui, loin de consister dans les cérémonies, est fondée sur l'esprit de charité et de vérité; et c'est là ce qu'il appelle indistinctement loi de Dieu, verbe de Dieu. Ensuite ce mot est pris métaphoriquement pour l'ordre de la nature et pour le fatum (qui dépend réellement et résulte d'un décret éternel de la nature divine), et principalement pour ce [que les prophètes avaient prévu au sujet de cet ordre ; car ils ne concevaient point les choses à venir comme devant se produire par des causes naturelles, mais comme des volontés ou des décrets de Dieu. Enfin ce mot est pris aussi pour toute prédiction des prophètes, en tant que chacun d'eux l'avait perçue par une vertu singulière qui lui était propre, ou par un don prophétique, et non par les voies ordinaires de la lumière naturelle; et surtout parce que les prophètes, comme nous l'avons démontré au chapitre IT, avaient coutume de se représenter Dieu comme un législateur. Voici donc les trois causes pour lesquelles l'Écriture est appelée parole de Dieu, savoir: parce qu'elle •enseigne la vraie religion, dont Dieu est l'éternel auteur; ensuite parce qu'elle expose les événements de l'avenii comme des décrets de Dieu ; et enfin parce que ceuxqui^o furent effectivement les auteurs l'ont enseignée généralement, non par le moyen vulgaire de la lumière naturelle mais par une lumière qui leur était particulière et de 1* même façon que si Dieu lui-même eût parlé par leur boD che. Et bien qu'il y ait en outre dans l'Écriture grau* nombre de choses purement historiques et perçues pa la lumière naturelle, elle reçoit cependant son nom de objets plus relevés qu'elle contient. On voit facilemen par là en quel setis il faut regarder Dieu comme auteu de la Bible: c'est évidemment parce que la vraie religio: y est enseignée, et non pas parce que Dieu a voulu coin

mnniquer aux hommes un certain nombre de livres. Nous pouvons aussi apprendre de là pourquoi la Bible esl divisée en livres de l'Ancien et du Nouveau Testament : c'est indubitablement parce qu'avant la venue du Christ, les prophètes avaient coutume de prêcher la religion comme étant la loi de la patrie et le pacte contracté du temps de Moïse, et que, depuis l'avènement du Christ, les apôtres Font prêchée à toutes les nations comme la loi catholique et en se fondant sur la seule vertu de la passion du Christ : non pas que ces livres soient divers endoctrine, ni qu'ils aient été écrits comme s'ils étaient les originaux de l'alliance, ni enfin que la religion catholique, qui est la plus naturelle de toutes , fût quelque chose de nouveau, si ce n'est au regard des hommes qui ne la connaissaient pas: // était dans le monde, dit Jean l'Evangéliste (chap. i, vers. 10), et le monde ne l'a point comu. Ainsi, lors même qu'il nous resterait un plus petit nombre de livres de l'Ancien que du Nouveau Testament, nous ne serions pas cependant dépourvus de la parole de Dieu (et par cette parole on doit entendre, comme nous l'avons déjà dit, la vraie religion), de môme que nous ne pensons pas en être privés quoiqu'il nous manque d'autres écrits d'une haute importance, par exemple le U?re de la Loi, qui était gardé religieusement dans le temple comme l'original de l'alliance, les livres des guerres, des chronologies, et un très-grand nombre d'autres d'où ont été tirés et recueillis ceux de l'Ancien Testament que nous possédons encore. Et cela peut se confirmer encore par plusieurs raisons, savoir; 1° parce îue les livres de l'un et de l'autre Testament n'ont pas tté écrits en même temps, par un mandat exprès, pour taies siècles, mais dans des circonstances accidentelles, pour quelques hommes, selon leur constitution particulière et l'esprit du temps, comme le prouvent clairement les vocations des prophètes (qui furent appelés pour réprimander les impies de leur temps), et aussi les Épître^ des anôtres; 2° parce qu'autre chose est entendre l'Écrî II. 19

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ture et la pensée des prophètes, autre chose est comprendre la pensée de Dieu, c'est-à-dire la vérité môme de la chose, comme cela résulte de nos démonstrations do chapitre ii touchant les prophètes; et nous avons prouré au chapitre vi que cela doit encore avoir lien dans le» histoires et dans les miracles ; bien entendu qu'il ne s'agit pas des passages où il est question de la vraie religion et de la vraie vertu; 3* parce que les livre» de l'Ancien Testament ont été choisis entre plusieurs, et ont été enfin recueillis et approuvés par le concile de» pharisiens, comme nous l'avons établi au chapitrer. Mais les livres du Nouveau Testament ont été aussi déclarés canoniques par les décrets de certains conciles, qui ont en même temps rejeté comme apocryphes plusieurs autres livres regardés comme sacrés par- un grand nombre de personnes. Or les membres de ces concrles(tant des pharisiens que des chrétiens) n'étaient pas composés de prophètes, mais seulement de docteurs et de savant^ et cependant il faut avouer que dans ce choix la parole de Dieu leur a servi de règle; ainsi donc, avant d'approuver tous ces livres, ils ont dû nécessairement connaftW la parole de Dieu ; 4° parce que les apôtres ontôcrit, nefl' en tantjque prophètes, mais entant que docteurs (comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent), et que, pour enseigner, ils ont choisi la voie qu'ils jugeaient la plus facile pour les disciples qu'ils voulaient alors éclairer ; d'où il suit (comme nous l'avons aussi conclu à laC fin du chapitre précité) que ces livres contiennent MenP dos choses dont nous pouvons nous passer par rap~ port à la religion ; 5* enfin, parce que le Nouveau Testament contient quatre évangélistes. Qui croira en effet que Dieu ait voulu raconter quatre fois l'histoire du Christ et la communiquer quatre fois aux hommes par écrit? et quoique Ton trouve dans l'un ce qui ne se rencontre pas dans l'autre et que l'un serve souvent à l'intelligence de l'autre, il faut cependant se garder d'eu conclure que tout ce qui est exposé dans ces qua-

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tre évangélistes ait été nécessaire à connaître , et que Dieu les ait élus pour écrire, afin que l'histoire du Christ fût mieux comprise; car chacun d'eux a prêché son Évangile en différents lieux, chacun a écrit ce qu'il avait prêché, et cela simplement pour exposer nettement l'histcâpe du Christ, et non pour expliquer les versions des autres apôtres. Que si le rapprochement de leurs textes les fait mieux comprendre chacun en particulier, c'est un effet du hasard ; et cela ne se rencontre que daas un petit nombre de passages, qui pourraient rester ignorés sans que l'histoire y perdît sa clarté et que les hommes fussent moins heureux. Nous avons montré, par tous fies faits, que l'Écriture n'est, à proprement parler, Appelée parole de Dieu que par rapport à la religion ou 4 la loi divine universelle. Il nous reste maintenant à prouver que, considérée sous cet aspect, elle n'est ni tompeu&e, ni corrompue, ni mutilée. Or j'appelle ici Mensonger, corrompu et mutilé ce qui a été si mal écrit tf&jttal construit que le sens du discours ne peut se iéduice de l'usage delà langue ou de la seule Écriture; <ar je &e veux pas prétendre que l'Écriture, en tant 4tt'«Ue -renferme la loi divine, ait toujours gardé les Battes accents, les même lettres et enfin les mêmes *ofe (l'e&t un point dont je laisse la démonstration aux Hfcsaorètes, et au* adorateurs superstitieux de la lettre), ftais seulement que le sens, en vertu duquel seul un Aoeras peut être appelé divin, est venu jusqu'à nous **tt «altération., encore que l'on suppose que les mots fû ont d'abord servi à l'exprimer aient été souvent «bauges. C'est qu'en effet, comme nous l'avons dit, cela âiôterien à la divinité de l'Écriture ; car l'Écriture serait également divine, quand on l'aurait écrite en d'autres ternes ou en une autre langue. Ainsi, que la loi divine Mis soit arrivée à cet égard pure et sans altération, c'est ce dont personne ne peut douter. Car l'Écriture ellemême nous fait percevoir sans difficulté ni ambiguïté que le but qu'elle nous propose, c'est âî aimer Dieu par*

dessus toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes or cette parole ne peut être apocryphe, elle ne pei résulter d'une erreur de plume ou d'une trop grand précipitation ; car si l'Écriture a jamais enseigné auti chose, elle a dû aussi nécessairement changertoutle res4 de son enseignement, puisque cette maxime est le foi dément de toute la religion, et que l'enlever c'est ruin< d'un seul coup tout l'édifice. Une telle Écriture ne sera plus alors celle dont nous parlons, mais un tout aufc livre. H reste donc solidement établi que l'Écriture toujours enseigné ce précepte, et conséquemment qui n'a pu s'y glisser aucune erreur capable d'en eorrompi l'esprit sans que chacun s'en aperçût aussitôt et que malice du corrupteur fût reconnue. Donc, puisqn faut établir que ce précepte a été incorruptible, il fa reconnaître nécessairement la même chose de tous i autres qui en découlent indubitablement, et qui sont eu mêmes fondamentaux, savoir : qu'il existe un Dieu, <p sa providence est universelle, qu'il est tout-piiissa* qu'il veut que les bons soient récompensés et les m chants punis, et que notre salut ne dépend que de grâce. Car l'Écriture répète partout et enseigne claif ment ces maximes ; et elle a dû toujours les enseigné sans quoi tout le reste serait vain et manquerait fondement. Il ne faut pas tenir pour moins authen ques les autres maximes morales, puisqu'elles s'appuie bien évidemment sur ce même fondement : ainsi â fendre la justice, secourir les pauvres, ne tuer personn ne pas convoiter Je bien d'autrui, etc., voilà, dis-je, d enseignements que n'a pu corrompre la malice J hommes, et que le temps n'a pu effacer. Car, quelle qf fût celle de ces maximes qui eût été détruite, on s'en! aussitôt aperçu en se reportant à leur fondement ui versel, et surtout à ce précepte de charité qui est parto si fortement recommandé dans les deux Testament Ajoutez à cela que, bien qu'on ne puisse imaginer d'ex crable forfait dont quelqu'un ne se soit souillé, il n'y

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personne cependant qui, pour justifier ses crimes, essaye de détruire les lois ou de faire passer une maxime impie pour un enseignement éternel et salutaire ; telle est en effet la nature humaine que chacun (roi ou sujet), s'il a commis une action honteuse, cherche à l'environner soigneusement de telles circonstances qu'on puisse croire qu'il n'a forfait en rien ni à la justice ni à l'honneur. Nous concluons donc d'une manière absolue que toute la loi divine universelle, enseignée par l'Écriture, est arrivée sans tache jusque dans nos mains. Il est encore d'autres choses qui, à n'en pouvoir douter, nous ont été transmises de bonne foi, telles que le fond des récits historiques de l'Écriture, parce qu'ils étaient bien connus de tous. Le peuple juif avait coutume autrefois de chanter en psaumes les antiquités de sa race. Outre cela, le gros des actions du Christ et aussi sa passion furent immédiatement divulgués dans tout l'empire romain. Il ne faut donc pas croire (à moins d'admettre, ce qui est incroyable, Que la plus grande partie des hommes se soit entendue pour répandre Terreur) que, pour ce qu'il y a d'importantdansces histoires, les générations postérieures l'aient transmis autrement qu'elles ne l'avaient reçu des pre- Uûères. Ainsi tout ce qui est défectueux ou altéré ne peut se trouver que dans le reste, par exemple dans une ou deux circonstances d'une histoire ou d'une prophétie, pour exciter plus vivement la dévotion populaire, ou dans un ou deux miracles, pour déconcerter les philosophes, ou enfin, dans les choses spéculatives, depuis que les schismatiques les ont introduites dans la religion pour autoriser leurs fictions, en les appuyant abusivement sur Fautorité divine. Mais il importe peu au salut que dételles choses aient été altérées ou non, comme je vais le démontrer spécialement dans le chapitre qui suit. Ken que j'estime que ce point résulte déjà assez clairement de ce qui précède, et surtout du chapitre second*

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