‹ Œuvres, tr (volume 2)Chapitre 92 sur 150 · ON MONTRE QUE L'ÉCRITURE N'ENSEIGNE QUE DES CHOSES · texte numérisé non relu

ON MONTRE QUE L'ÉCRITURE N'ENSEIGNE QUE DES CHOSES

simples i qu'elle n'exige que l'oréissance, et qu'elle :

SEIGNE SUR LA NATURE DIVINE QUE CE QUE LES HOMMES PEU IMITER EN RÉGLANT LEUR YIB SUIVANT UNE CERTAINE LOI.

Nous avons prouvé dans le chapitre n de ce Traité l'imagination seule des prophètes, et non leur entei meiit, avait été douée d'une puissance singulière, et Dieu, loin de les initier dans les secrets de la pi sophie, ne leur avait révélé que les choses les plus i pies et s'était proportionné à leurs sentiments < leurs préjugés. Nous avons fait voir dans le chapitre v l'Écriture transmet et enseigne les choses de telle nière que chacun les peut très-facilement comprend car, bien loin d'enchaîner ses idées avec rigueur é les rattacher â des axiomes et à des définitions, expose tout avec simplicité; et pour qu'on ait foi en enseignements , elle ne les confirme que par la sin expérience, c'est-à-dire par des miracles et par des ré historiques. Cette exposition est d'ailleurs faite dan ôtyle et dans le langage les plus propres à remuer 1 ^rit du peuple (consultez à ce sujet, dans le chapitre vr. troisième remarque). Nous avons ensuite établi dan chapitre vu que la difficulté d'entendre l'Écriture nerés que de la langue et non de la sublimité du sujet. Joig à cela que ce n'est pas aux savants, mais à tous les J indistinctement que les prophètes firent entendre 1( prédications , et que les apôtres avaient coutume d soigner la doctrine évangélique dans les églises où toi sortes de personnes étaient réunies. Il résulte de to ces considérations que la doctrine de l'Écriture ne < tient ni spéculations sublimes ni questions philoso ques, mais bien les choses les plus simples que ] saisir l'intelligence la plus bornée. Je ne puis donc a admirer la pénétration de ces personnes dont j'ai p

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précédemment, qui trouvent dans l'Écriture des mystères dont nulle langue ne saurait expliquer la profondeur, et 4» oat ensuite introduit dans la religion tant de spéculations philosophiques qu'il semble que l'Église soit une mdémie , et la religion une science ou plutôt une école de controverse. Mais pourquoi s'étonner que des hommes çii se Tintent de posséder une lumière surnaturelle ne vemitent pas le céder en connaissance aux philosophes, <jm sont réduits aux ressources naturelles? Ce qui étonnerait, ce serait de les entendre exposer quelque nou- Tenté spéculative, quelque opinion qui n'pût pas été utrefois répandue dans les écoles de ces philosophes filais (qu'ils accusent cependant d'aveuglement). Car si tous leur demandez quels sont les mystères qu'ils voient dans l'Écriture, ils ne vous produiront, je vous l'assure, fie les fictions d'un Âristote, d'un Platon, ou d'un autre RmMable auteur de systèmes; fictions qu'un idiot trouverait plutôt dans ses songes que le plus savant homme il monde dans l'Écriture. Ce n'est pas que nous voulions lier absolument qu'il y ait rien dans la doctrine de l'Écriture qui soit de l'ordre de la spéculation ; aussi bien tes le chapitre précédent nous avons allégué certains principes dte ee genre et qui sont comme les fondements de l'Écriture : nous voulons dire seulement que les spéculations y sont très-rares et très-simples. Mais quelles Ont-elles, et comment les déterminer, c'est un point que f ai dessein d'éclaircir ici ; cela me sera facile maintenant ÇiH est établi que l'Écriture n'a point pour objet d'enfcigner les sciences ; car on peut facilement conclure de là qu'elle n'exige des hommes que l'obéissance et que ce l'est pas l'ignorance, mais l'opiniâtreté seule qu'elle condamne. Ensuite, puisque l'obéissance envers Dieu ne consiste que dans l'amour du prochain (car celui qui aime son prochain dans l'intention de complaire à Dieu, cehn-lâ, comme le dit Paul dans son É pitre aux Romains f. ftap. xui, vers. 8, a accompli la loi), il s'ensuit que TÉcrilare ne recommande pas d'autre science que celle qui

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est nécessaire à tous les hommes pour qu'ils puissex obéir à Dieu selon ce précepte, de sorte que ceux qu l'ignorent doivent nécessairement être opiniâtres ou dt moins indociles ; quant aux autres spéculations qui ne tendent pas directement à ce but, qu'elles aient pour objet la connaissance de Dieu ou celle des choses naturelles , elles ne regardent pas l'Écriture , et il faut par conséquent les retrancher de la religion révélée. Mais, quoique ce point soit maintenant bien éclairci, comme le fond môme de la religion en dépend, je veux examiner la chose avec plus de soin et la mettre mieux en lumière. Pour cela il faut prouver avant tout que la cofr naissance intellectuelle ou approfondie de Dieu n'est pas, comme l'obéissance, un don commun à tous les fidèles; ensuite, que cette sorte de connaissance que Dieu, par la bouche des prophètes, a exigée généralement de tout le monde, et que chacun est tenu de posséder, n'est autre ehose que la connaissance de la divine justice et de la charité : deux points qui se prouvent facilement par l'Ecriture elle-même. Car i° on les peut conclure avec èHr dcnce du passage de Y Exode (chap. vi, vers. 2) où Dieu, pour montrer la grâce particulière qu'il a donnée à Moïse, dit : Et je me suis révélé à Abraham, à Isaac et à Jacobin tant que Dieu Sadaï, mais ils ne m'ont pas connu sous iNft nom de Jêhovah. Ici, pour mieux entendre ce passage, il faut remarquer que El Sadaï en hébreu veut dire Dieuqw . *'#''» parce qu'il donne en effet à chacun ce qui lui . suillt ; et quoique souvent Sadaï soit pris absolument pour signifier Dieu, il n'est pas douteux néanmoins qu'ï faille partout avec ce mot sous-entendre El, c'est-à-difl />iVm. Ensuite il est à remarquer qu'on ne trouve pa dans rÉoriluro d'autre nom que celui de Jêhovah pou exprimer lVssence absolue de Dieu , sans rapport au ohosos criées. Aussi les Hébreux prétendent-ils qï oVst là lo seul nom qui convienne à Dieu, que les autfl «ont puroiuoiit appellatifs; et effectivement les autn nom» do Dieu , qu'ils soient substantifs ou adjectifs, soi

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des attributs qui ne conviennent à Dieu qu'en tant qu'on le considère dans son rapport avec les créatures ou en tant qu'elles lui servent de manifestation : de ce nombre est FI, ou, en ajoutant la lettre paragogique hey Fîoha, <pû veut dire puissant, comme on le sait; nom qui ne . convient à Dieu que par excellence , de même que nous appelons Paul Y Apôtre. Ce nom d'ailleurs signifie les différentes vertus de la puissance , de sorte qu'en l'appelant FI (puissant) on dit qu'il est grand , juste, misérijcordieux, etc.; on met donc ce nom au pluriel et on lui donne on sens singulier pour embrasser à la fois tous les attributs divins, usage très-fréquent dans l'Écriture. Ainsi, puisque Dieu dit à Moïse que les patriarches ne l'ont pas connu sous le nom de Jéhovah, il s'ensuit qu'ils n'ont connu de lui aucun attribut divin qui explique son essence absolue, mais seulement ses effets et ses promesses, c'est-à-dire sa puissance en tantqu'elle se manifeste par les choses visibles. Or Dieu ne parle pas ainsi à Moïse pour les accuser d'infidélité, mais au contraire pour exalter leur foi et leur crédulité; puisque, n'ayant point eu, comme Moïse, une connaissance toute particulière de Dieu, ils ont cru fermement à la réalisationnle ses promesses et bien mieux que Moïse, qui, malgré les pensées plus sublimes qu'il avait sur Dieu, douta néanmoins des promesses divines et fit un reproche à Dieu de ce qu'au lieu du salut qui leur était promis, les Juifs avaient vu empirer leurs affaires. Ainsi, puisque les patriarches n'ont pas connu le nom particulier de Dieu, et que Dieu parle à Moïse de cette ignorance pour exalter leur foi et leur simplicité d'esprit, et pour marquer en même temps le prix de la grâce singulière accordée à Moïse , il s'ensuit très-évidemment, comme nous l'avons établi en premier lieu, que les hommes ne sont pas tenus de connaître les attributs de Dieu , et que cette grâce est un don particulier qui n'a été réservé qu'à quelques fidèles. Il serait superflu d'apporter en preuve d'autres témoignages de l'Ecriture. Qui ne voit en effet que la connais-

sance de Dieu n'a pas été égale chez tous les hommes « que la sagesse, pas plus que la vie et l'existence., nés donne à personne par un mandat? Hommes, femmes enfants , tout le monde peut également obéir, mais na pas devenir sage. Que si l'on prétend qnîil n'y afftfl besoin à la vérité de connaître les attributs de Dieu, mais de croire tout simplement et sans démonstration, fi-eit là une véritable plaisanterie. Car les choses invisibles «t tout ce qui est l'objet propre de l'entendement ne pouvait être aperçus autrement que par les yeux de la démon* tration ; ceux donc à qui manquent ces démonstratiav n'ont aucune connaissance de ces choses , et tout m qu'ils en entendent dire ne frappe pas plus leur esprit» ne contient pas plus de sens qne les vains sons promuces sans jugement et sans aucune intelligence par itm automate ou un perroquet. Mais, avant d'aller plus loi* je suis obligé de dire pourquoi on trouve souvent dans la Genèse que les patriarches ont parlé au nom deJékovéi ce qui semble en complète opposition avec ce que j'-ai déjà dit. En se rapportant aux explications du chapitre vm, on pourra facilement tout concilier ; car nous avons fait voir que l'écrivain du Pentateuque ne donne pas précisément aux choses et aux lieux les noms qu'ils avaient att temps dont il parle, mais ceux sous lesquels ils étaient plus facilement connus du temps même de l'écrivain» Ainsi la Genèse dit que Dieu fut annoncé aux patriarches sous le nom de Jéhovah, non pas qu'il fût connu des ancien* sous cette appellation, mais parce que ce nom était chef les Juifs en singulier honneur. Il faut donc nécessaire' ment admettre celte explication, puisque dans notri texte de V Exode il est dit expressément que les patriar ches ne connurent pas Dieu sous ce nom; et anss puisque, dans YExode (chap. ni, vers. 13), Moïse désir* connaître le nom de Dieu. Et si ce nom eût été connu aupa ravant, Moïse, du moins, no l'aurait pas ignoré. Goncluom donc, comme nous le voulions , que les lidèles palriar ches n'ont pas connu ce nom de Dieu , et que la connais

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le Dieu est un don et non pas un commandement, temps maintenant de passer au second point, saie Bien ne demande aux hommes.par l'entremise prophètes d'autre connaissance de lui-même que b sa divine justice et de sa Charité, c'est-à-dire de ; ses attributs que les hommes peuvent imiter en leur vie par une certaine loi. Jérémie enseigne rs cette doctrine en termes formels. Ainsi, au mai, vers. 15, 16, en parlant du roi Josias, il ne ainsi : Ton père a, il est vrai, bu et mangé, il a tstice et bon jugement, et alors il a prospéré; il a ur droit au pauvre et à f indigent r et il a prospéré, vraiment lame connaître, a dit Jéhovah. Et les pad se trouvent au chapitre ix, vers. 24, ne sont pas iaires; les voici : Que chacun, se glorifie seulement fil me comprend et me connaît, parce que, moi Jeétablis la charité, le bon jugement et la justice sur la v ce sont les choses dont je suis charmé, dit Jéliovah. erons la même conclusion de Y Exode (chap. xxxiv, 7) -où Dieu ne révèle à Moïse, qui désire le voir nnaître , d'autres attributs que ceux qui manija divine justice et sa charité. Enfin c'est ici parît le cas de citer cette expression de Jean (dont rlerons encore dans la suite), qui, se fondant sur personne n'a vu Dieu, explique Dieu par sa seule et conclut que c'est réellement posséder et contteu que d'avoir la charité. Nous voyons donc amie, Moïse, Jean ramènent à un petit nombre de ï connaissance que chacun doit avoir de Dieu, et nt consister qu'en ceci, comme nous le voulions, : que Dieu est souverainement juste et souveraimiséricordieux, c'est-à-dire qu'il est Tunique mola véritable vie. Ajoutez à cela que l'Écriture ne xpressément aucune définition de Dieu, qu'elle ne la connaissance d'aucun autre attribut que ceux s venons de désigner, et que ce sontles seuls qu'elle tande positivement. De tout cela nous concluons

que la connaissance que nous avons de Dieu par l'enten. dément, et qui considère la nature telle qu'elle est en elle môme, nature que les hommes ne peuvent imiter par un certaine manière de vivre et qu'ils ne peuvent non pin prendre pour exemple pour bien régler leur vie, n'appai tient aucunement à la foi et à la religion révélée, et con séquemment que les hommes y peuvent errer complé tement sans qu'il y ait à cela aucun mal. U n'est don pas du tout étonnant que Dieu se soit mis à la portée cl l'imagination et des préjugés des prophètes , et que le fidèles aient eu sur Dieu diverses opinions, comme noa l'avons prouvé au chapitre n par de nombreux exemple* Il n'est pas non plus étrange que les livres sacrés parlée partout si improprement de Dieu , qu'ils lui donnent de mains, des pieds, des yeux, des oreilles, une âme, m mouvement local, et jusqu'aux passions du cœur comin la jalousie, la miséricorde, etc.; et enfin qu'ils lerepré sentent comme un juge assis dans le ciel sur un trou royal, ayant le Christ à sa droite. Un pareil langage es évidemment approprié à l'intelligence du vulgaire, à q* l'Écriture s'efforce de donner, non la science , mais l'es prit d'obéissance. Cependant les théologiens ordinaire ont cherché à donner à ces expressions un sens met* phorique, toutes les fois que, par le secours de la lumièc naturelle , ils ont pu reconnaître qu'elles ne convenaiec pas à la nature divine , et ils n'ont pris à la lettre que le passages qui passaient la portée de leur intelligent Mais s'il fallait nécessairement entendre et expliquer pe des métaphores tous les endroits de ce genre qui 9 trouvent dans l'Écriture, on conçoit qu'elle n'eût pas éf composée pour le peuple et le grossier vulgaire , ma^ seulement pour les hommes les plus habiles et surtou pour les philosophes. Bien plus, s'il y avait impiété avoir sur Dieu, dans une pieuse simplicité d'esprit, le croyances que nous venons de dire , certes les prophète auraient dû surtout éviter, du moins par égard pour h faiblesse du peuple, des phrases semblables, et enseigne

avant tout d'une manière très-claire les attributs de Dieu selon que chacun est tenu de les connaître ; et c'est ce qu'ils n'ont fait nulle part. 11 faut donc se garder de croire qne des opinions prises d'une manière absolue et sans rapport à la pratique et aux effets aient quelque piété ou quelque impiété; estimons plutôt qu'il ne faut attribuer à un homme l'un ou l'autre de ces caractères qu'autant que ses opipions le portent à l'obéissance ou qu'elle» le conduisent à la rébellion et au péché : de sorte que, si en croyant la vérité il devient rebelle , sa foi est réellement impie, et elle est pieuse au contraire si, en croyant des choses fausses, il devient obéissant; car nous avons prouvé que la vraie connaissance de Dieu n'est point un commandement, mais un don divin , et que Dieu n'exige des hommes que la connaissance de sa divine justice et de sa charité , laquelle n'est pas nécessaire pour la science, mais seulement pour l'obéissance.

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