CHAPITRE XtTT
'a l^EST POINT NÉCESSAIRE, 51 MÊME. fOSSEHX, QUE PEXSONXK
àm ABSOLUMENT TOUS SIS DROITS AD SOUVERAIN. Rtt LA
tÉPBBUQUR DES HÉBREUX; CE Ql/ELLE FOT DC VIVANT Dfi MOÏSE «QU'ELLE FUT APRÈS SA MORT, AVANT L'ÉLECTION DES ROIS; DE SOI EXCELLENCE,;. ENFIN, DES CAUSES QtU. ONT PC AMENER LA RUINE DE CETTE REPUBLIQUE DJTIXE, ET LA UTRER, DURANT SON EXISTENCE, A, DE PERPÉTUELLES SÉDITIONS.
La théorie qui vient d'être exposée dans le chapitre •écôdent sur le droit absolu du souverain et sur le renonment de chaque citoyen à son droit naturel, bien qu'elle iccordè sensiblement avec là pratique, et que la prape, habilement dirigée, puisse s'en rapprocher de plus plus, cette théorie, dis-je, est cependant condamnée îèmeurer éternellement, sur bien des points, à l'état , gure spéculation. Qui. pourrait jamais, en. effet, se ijjouiliër en faveur d'àutrui de la puissance qui lui a i'donnée, et par suite dès droits qui lui appartiennent, point de cesser d'être homme? Et où est le souverain uvoir qui dispose de toute chose à son gré ? En vain mmanderait-on à un sujet dé haïr son bienfaiteur, limer son ennemi, d'être insensible à l'injure, de ne int désirer la sécurité de l'âme, toutes choses qui résulat invariablement des lois de la nature humaine. C'est
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établi contre sa foi et sa superstition, ^.e ia pins éclaquemmenten prendrait,prétexte,poiriient abdiqué Jeurs Or une telle licence devant amen^ou, per80nnel, qu'ils droit public, il s'ensuit flue'le ^nte p0urceux-làmêrae appartient, tant au nom du driurs droits et de leur pounaturel, de conserver et d^ement a toujours eu autant a aussi le droit absolu dy'ia part des citoyens, quoique tout ce qu'il juge coir /e de la part des ennemis mêmes, tenu d'obéir à ses ?tâes pouvaient perdre leurs droits qui a été jurée &f>^ désormais dans une impuissance violablement fi ; y^er à la volonté du souverain1, ne le souverain/f^^au gouvernement d'opprimer impumer avec 'J&jffiler de violences des sujets désarmés? souffrir1 Z^\ï que personne n'a jamais pensé, j'imadroit r /fir?aCCOrder. Donc il faut convenir que chacun avac ij^piein pouvoir sur certaines choses qui, échappa' Jfifdècisions du gouvernement, ne dépendent que 6' ^fl°PTe volonté du citoyen. Toutefois, pour corndtjpe exactement l'étendue des droits et de la puisf^àn gouvernement, il faut remarquer que la puissance j^nvernement ne consiste pas seulement à contraindre m Iiommes par la frayeur, mais qu'elle consiste dans j'afcéissance des sujets, quels qu'en soient les motifs. Cst l'essence d'un sujet, ce n'est pas d'obéir par telle ou telle raison, c'est d'obéir, par quelque motif qu'il s'y résolve : soit crainte de quelque châtiment, soit espérance de quelque bien, soit amour de la patrie, soit toute autre passion, toujours il se résout librement, et toujours cependant il obéit aux ordres du souverain pouvoir. De ce qu'un homme prend conseil de lui-même pour agir, il n'en faut donc pas tirer aussitôt cette conclusion qu'il agit à son gré et non pas au gré du gouvernement. En effet, puisque l'homme, soit qu'il agisse par amour ou par crainte, d'un mal à venir, prend toujours, en agissant, conseil de soi-même, il faut dire, ou bien qu'il n'existe
i. Voyez les Suies marginales de Spinoza, note 31.
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\uvernement ni droit sur les sujets, ou bien que ce 'étend nécessairement à tous les motifs qui peu- ^miner les hommes à obéir; et par suite, toutes •les sujets conformes aux ordres du souverain, t dictées par l'amour ou par la crainte, ou, ^ fréquent, par l'espoir et la crainte à la fois,
pect, sentiment composé de crainte etd'admi- ,a enfin par quelque autre motif, doivent être .aérées comme des marques de soumission au gouemement et non comme de purs caprices de l'individu, le qui met encore ce principe en évidence, c'est que obéissance ne concerne pas tant l'action extérieure que 'action intérieure de l'âme : et c'est pourquoi celui-là est eplus complètement soumise autrui, qui se résout de on plein gré à exécuter les ordres d 'autrui, et par suite «tai-là exerce le souverain empire qui règne sur l'âme le ses sujets. Si le souverain empire appartenait à ceux pi inspirent le plus de crainte, il appartiendrait certinement aux sujets des tyrans, qui sont pour lui-même toobjet d'épouvante. Ensuite, bien qu'on ne commande «s à l'esprit comme on commande à la langue, cepenbntles esprits dépendent en quelque façon du souverain, [W, de mille manières, peut faire en sorte que la plus [tonde partie des hommes croient, aiment, haïssent, etc., • «on gré. Aussi, quoique le souverain ne puisse profanent commander ces dispositions de l'esprit, souent cependant elles se produisent, comme l'atteste abon- Uiment l'expérience, par le fait du pouvoir, sous son «pulsion, c'est-à-dire à son gré ; et l'intelligence ne ré* ligne pas à concevoir des hommes recevant du gouvernelent leurs croyances, leurs amitiés, leurs haines, leurs dé» lins, et en général toutes les passions dont ils sont agités. Cependant, bien que de cette manière nous concevions gouvernement disposant d'une assez grande puissance, ne «aurait jamais être assez fort pour étendre un pouvoir teolu sur toutes choses; c'est ce que j'ai démontré , je aise, avec une clarté suffisante. Maintenant, quelle
devrait être la constitution d'un gouvernement qui vout^ droit obtenir sécurité et durée , j'ai déjà dit qu'il n'éta^^ pas dans mon dessein de l'expliquer. Cependant , po^^ atteindre le but que je me propose, j'indiquerai les ds^ positions que Uieu révéla à Moïse relativement! à c^ ohjet. J'examineraiiensuite l'histoire du peuple bébreuk e ses vicissitudes, par où l'on verra.au prix de quelles c<^>o» cessions le souverain pouvoir doit acheter la sécurité et la prospérité dû l'État.
Que laf conservation de l'État dépende de la fidélité dj&& sujets , de leurs vertus.,. dfc leur persévérance dam l'exécution des ordres émanés du pouvoir, c'est ce que la raison et l'expérience enseignent avec une parfaite évidence; mais par» quels moyens, par quelle conduite* le gouvernement maintiendrait-il dans le peuple la fidélité et les vertus, c'est ce qu'il n'est pas aussi, facile de déterminer. Tous en effet, gouvernants et gouvernés, sont des hommes, et;pariant naturellement enclins aux mauvaises passions. C'est au point que ceux qui ont quelque expérience de la multitude et de cette infinie variété d'esprits désespèrent presque d'atteindre jamais le but; ce n'est pas en effet la raison, mais les passionsseules qui gouvernent la foule , livrée sans résistance à> tous les vices et si facile à corrompre par l'avarice et par le luxe. Chaque homme s'imagine tout savoir, veut tout gouverner d'après l'inspiration de son esprit, et décider, de la justice ou de l'injustice des choses, du bien- et du mal, selon qu'il en résulte pour lui profit ou dommage; ambitieux., il méprise ses égaux et ne peut, supporter d-ôtre dirigé par eux ; jaloux de l'estime ou de la: forr tunc, deux choses qui ne sont jamais également réparties, il désire le malheur d'autrui et s'en réjouit ; à, quoi hon achever cette peinture? Qui ne sait combien le dégoût du présent , l'amour des révolutions, la colère: effrénée, la pauvreté prise en mépris, inspirent souvent do crimes aux hommes , s'emparent de leurs esprits, les agitent et les bouleversent? Prévenir tous ces maux,
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constituer le gouvernement de façon à ne point/ laisser. de place à la fraude* établir enfin un tel ordre de chosesque tous les citoyens, quels que soient leur caractère et leur esprit, sacrifient leurs intérêts au public, voilà. Ton» vrage, voilà la difficile mission du pouvoir. On s- est livré à mille recherches» on s'est épuisé en combinaisons qui n'ont pas empêché que les périls de l'État ne vinssent toujours du dedans plutôt que du dehors, et que les gouvernants n'eussent plus à craindre leurs concitoyens que lé» ennemis* Témoin la république romaine, invincible à ses ennemis, si souvent vaincue et misérablement opprimée par ses propres citoyens, principalement dans la guerre civile* de Vespasien contre Vitellius. On peut sur» ce point s'en rapporter à Tacite, qui dans ses Histoires ( liv. IV , init. ) ^dépeint le déplorable aspect de Rome à cette époque. — « Alexandre (dit Quinte-Curce à la fin. du livre VIII) croyait plus à l'autorité de son nom sor- les ennemis que sur ses concitoyens, puisqu'il les jugeait: capables de ruiner toute sa puissance, etc., et qoe, redoutant le destin qui l'attendait,, il parlait ainsi .à ses amis-: Vaus^ défendez-moi contre la fourberie eéamtre l*j*éges>df$smieH&t la guerre n'aurani dangers ni hasards & je n\affrmtt hardiment. Philippe eut moins à craindre torle ehampde bataille, qu'au milieu du théâtre : il échappa nttwnl aux mains des ennemis f et tomba sous les coups des fkm. Rappelez-vous la mort de vos rois .-.combien plus sont morts de la main de leurs sujets que de celle des. ennemi*! ». (voyezQuinte-Gurce* liv.lX, chap. 6). Voilà pourquoi les rois qui avaient usurpé le pouvoir, dans?l'intérêt de leur sécurité, se sont efforcés- de persuader aux hommes qu'ils étaient: issus de la race dos dieux immortels. Us pensaient sans doute que leurs sujets et tous les hommes, les considérant non plus comme leurs pareil», mais comme- des dieux, se laisseraient volontiers gouverner par eux et leur abandonneraient facilement leur liberté*. C'est ainsi» qu'Auguste persuada* aux Romains qu'il descendait d'Énée, considéré comme fils de Vénus.
et placé au rang des dieux, et qu'il voulut avoir ses temples, ses statues, ses flamines, ses prêtres, son culte (Tacite, Annales, liv. I). Alexandre voulut être salué fils de Jupiter, et cela par sagesse et non par orgueil, comme le prouve assez sa réponse aux reproches d'Hermolaiïs : a N'était-ce pas, dit-il, une chose ridicule qu' Hermolaûs exigeât de moi que je reniasse Jupiter, dont V oracle me proclame son fils ! Disposai -je donc de la réponse des dieux ? Le dieu m'a offert le nom de son fils ; l'état des affaires me faisait une loi de l'accepter ; puissent les Indiens, eux aussi, me considérer comme un dieu ! C'est la renommée qui décide du sort des batailles, et souvent une croyance erronée a joué le rôle de la vérité. » (Quinte-Curce, liv. VIII, chap. 8. ) Ici Alexandre laisse voir clairement les motifs qui le portent à tromper le vulgaire. C'est aussi ce que fait Gléon dans le discours où il s'efforce de persuader aux Macédoniens de se soumettre aux volontés du roi. Après avoir célébré avec admiration la gloire d'Alexandre, après avoir récapitulé ses hauts faits , et par là donné à l'illusion qu'il veut répandre les apparences de la vérité, il arrive à montrer les avantages de cette superstition : « Ce n'est pas seulement par piété, c'est aussi par prudence que les Perses placent leurs rois au rang des dieux : la ma' jesté, voilà la sauvegarde des rois. » Et il termine en disant que lui-même, quand le roi entrera dans la salle du festin, il se prosternera à terre ; que tous les soldats doivent en faire autant, ceux surtout qui prennent conseil de la sagesse (voyez le même auteur, liv. VIII, chap. 5). Mais les Macédoniens étaient trop éclairés pour être dupes ; et il n'est pas d'hommes, à moins qu'ils ne soient entièrement barbares, qui se laissent tromper si grossièrement, et qui de sujets consentent à devenir esclaves et à renoncer à eux-mêmes. D'autres peuples cependant se, laissèrent persuader que la majesté des rois est chose sacrée, qu'ils représentent Dieu sur la terre, sont envoyés par Dieu et ne dépendent pas du suffrage et de l'assentiment des hommes , qu'une providence particulière veille sur
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ue Dieu les protège de son bras. Et de cette monarques ont pourvu à leur sécurité par ns, que je passe sous silence, pour arlontje me propose de traiter. Je me l'ai dit, à indiquer et à examiner les "évéla autrefois à Moïse.
. chapitre v, qu'après la sortie i étaient plus assujettis aux lois ju'il leur était loisible d'instituer des ue choisir les terres qui seraient à leur jùu effet , délivrés de l'intolérable oppresugyptiens, sans engagement avec personne, ient rentrés dans leur droit naturel sur toutes ; et chacun pouvait se poser la question de savoir conserverait ce droit , ou bien s'il s'en dépouillele confierait à autrui. C'est donc lorsqu'ils étaient 3 dans cet état de nature que , d'après le conseil se, auquel avait foi le peuple entier, ils prirent la ion de déposer leurs droits dans les mains , non m homme, mais de Dieu lui-même ; et que, sans ion, unanimement, ils promirent d'obéir absolutous les ordres de Dieu , et de ne reconnaître i droit que celui que Dieu révélerait lui-même par >phètes. Et cette promesse ou cet abandon du e chacun à Dieu s'opéra de la même façon que ivons conçu que cela arrive dans les sociétés ordi- , lorsque le peuple se détermine à se dépouiller droits naturels. C'est en effet en vertu d'un pacte V Exode, chap. xxiv, vers. 7), et en s'obligeant par ît, qu'ils renoncèrent librement , et non par force • crainte, à leurs droits naturels, et les transféà Dieu. Ensuite, pour que ce pacte fût solidement ît à l'abri de tout soupçon de fraude, Dieu ne ratifia rec les Hébreux avant qu'ils eussent fait l'épreuve admirable puissance , à qui seule ils avaient dû dut, et qui seule aussi pouvait les maintenir nétat prospère (voyez l'Exode, chap. xix, vers. 4,
5) ; et c'est parce .qu'ils furent convaincus qu'il n'y ava^^ pour eux de salut que dans la puissance divine,. qû'E: "" abdiquèrent la puissance naturelle qui leur avait fi- ■■ donnée pour se conserver, et que peut-être autrefois J% s'étaient. attribuée comme venant d'eux-mêmes, pour la, remettre à Dieu avec tous leurs droits. Aussi .Ie-gouveir-/ nementdes. Hébreux. n!eut, d'autre chef que Dieu,, et en vertu du pacte primitif, leur royaume seul put être . appelé à; bon droit le royaume: de Dieu, et Dieu? le roi des Hébreux, Par conséquent les ennemis de ce gouvernement étaient; les ennemis de Dieu ; las-citoyen* qui cherchaient à, usurper, le pouvoir étaient coupables de lèse-majesté divine, et les droits.de l'État étaient les droits et> les commandements de Dieu lui-même. C'est pourquoi, dans cet État, le droit; civil et la religion, qui consiste,. comme, nous l!avons montré, dans la simple obéissance à. la volonté de Dieu, n'étaient qu'une seule et. même chose; en d'autres termes,. les dogmes de la religion,, ches. les. Hébreux, ce n'étaient pas des enseignements, mais des droits et des prescriptions ; la piété, c'était la justice ; l'impiété, c'était l'injustice et le crime. Celui qui renonçait à la religion cessait d'être citoyen, et par. cela seul était réputé ennemi; mourir pour la reli«gion, c'était mourir pour la patrie; en un mot, entre le droit civil et la. religion,. il n'y avait point de différence.. Et c'est pour, cette raison que ce gouvernement a pu êtes appelé théocratique, les citoyens n'y reconnaissant pa&de droit qui n'eût été révélé par Dieu. Du reste, toutes ces dispositions existèrent plutôt dans l'opinion que dan* la réalité, car les Hébreux conservèrent effectivement un droit politique indépendant, comme cela ressort évidemment de la manière dont l'État, hébraïque était adr ministre, et c'est ce. que nous allons expliquer.
Puisque les Hébreux ne transférèrent leurs droits à. aucune personne déterminée, mais en cédèrent réciproquement une égale partie, comme dans uno démocratie, et s'engagèrent, d'un cri unanime, à exécuter tout ce
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cjue Dieu ordonnerait (sans désigner aucun médiateur), Ti'en résulte-t-il pas qu'après ce pacte ils demeurèrent tons égaux comme auparavant, que chacun eut également le droit de consulter Dieu, d'accepter et d'interpréter les lofe ; et en général, que toute 1-administrdtion de l'État futégalemont dans les mains de tous? Et c'eét pour cela que la première fois ils allèrent tous ensemble consulter Dieu, pour apprendre de lui sa volonté; mais telle fut leur frayeur lorsqu'ils se proternèrent devant Weu,tel fut leur étonnement, lorsqu'ils l'entendirent parler, qu'ils se crurent tous àleur dernière heure. Éperdus, saisis de crainte, ils vont de nouveau trouver Moïse : *Nous avons entendu parlerDieu au milieu des flammes, et nm ne voulons pas mourir; point' de doute que ces flammes ne nous dévorent: si nous entendons une seconde fois la voix àeDieu, nous n'échapperons pas à la mort. Va donc, écoute la parole de Dieu, et c'est toi (et non plus Dieu) qui nous parieras. Tout ce que Dieu t'aura dit, nous l'accepterons, nous ^exécuterons. » Par ces dispositions, évidemment ils abolirent leur premier pacte, et abandonnèrent complé-* tement à Moïse le droit qu'ils avaient de consulter Dieu par eux-rinêmes et d'interpréter ses ordres. Car ce n'était plus, comme auparavant, aux ordres dictés par Ken au peuple, mais aux ordres dictés par Dieu à Moïse, qnlis s'engageaient à obéir (voyezle Deutéronome, chap. v, «prèsile Décalogue, et chap. xvin, vers. 45, 4 6). C'est ainsi que Moïse demeura seul le dispensateur et l'interprète des lois divines, par conséquent le juge souverain, ne pouvant être jugé lui-même par personne, représentant lai seul Dieu parmi les Hébreux, et possédant à ce titre h majesté suprême. A lui seul, en effet, appartenait le droit de consulter Dieu, de transmettre les ordres au peuple et d'en exiger l'exécution; à lui seul, dis-je :'oaor si quelqu'un, du vivant de Moïse, voulait annoncer quelque chose au peuple au nom de Dieu, fût-il véritablement prophète, il n'en était pas moins déclaré coupable d'usurper le droit suprême (voyez les Nombres, chap. xxn,
vers. 28) ■ . Et il faut remarquer ici que ies mêmes homi qui avaient élu Moïse n'avaient pas le droit de lui éi^Ljj un successeur. Car en abandonnant à Moïse le d^mroh qu'ils avaient de consulter Dieu, et en s'cfegageant & Je considérer comme l'oracle de Dieu, ils perdirent pa^r/e fait même tous leurs droits, et durent considérer Vék de Moïse comme l'élu de Dieu lui-même. Or si Moïse se fût choisi un successeur qui, comme lui, eût tenu dans sa main l'administration entière de l'État, à savoir, le droit de consulter Dieu, seul, dans sa tente, et par suite celui de faire les lois et de les abroger, de décider de la paix et de la guerre, d'envoyer des députés, de nommer des juges, de se choisir un successeur, et enfin d'administrer d'une manière absolue toutes les choses qui sont du ressort du souverain pouvoir, le gouvernement eût été une pure monarchie; avec cette seule différence que les monarchies ordinaires se gouvernent et doivent être gouvernées selon certaines lois, en vertu d'un décret de Dieu inconnu du monarque lui-même, au lieu que dans • la monarchie des Hébreux le monarque était seul initié aux décrets de Dieu ; différence qui, loin de diminuer la puissance du souverain et ses droits sur le peuple, ne fait que les accroître encore. Quant au peuple, dans l'un et l'autre gouvernement, il est également sujet, également ignorant des décrets divins. Dans tous les deux, il est en quelque sorte suspendu à la parole du souverain, et apprend de lui ce qui est bien et ce qui est mal. Et quoique le peuple croie que le souverain ne commande rien qui ne soit un ordre révélé par Dieu, loin d'en être diminuée, sa sujétion n'en est que plus réelle et plus étroite. Mais Moïse ne se choisit pas un pareil successeur. D laissa aux Hébreux un gouvernement tellement organisé, qu'il ne peut être appelé ni populaire, ni aristocratique, ni monarchique, mais plutôt théocratique. A un pouvoir distinct fut attribué le droit d'interpréter les lois et de communiquer au peuple les réponses de Dieu ; à un autre,