‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 57 sur 101 · Ibid., Propos · texte numérisé non relu

Ibid., Propos

Par conséquent, ces décisions de Tâme naissent en elle avec la même nécessité que les idées. Et tout ce que je puis dire à ceux -qui croient qu'ils peuvent parler y se taire^ en un mot^ agir^ en vertu d'une libre décision de l'âme, c'est qu'ils revent les yeux ouverts '. »

Voilà une négation bien tranchante et bien audacieuse ; Spinoza en acceptera-t-il les conséquences? quel esprit bien fait, quelle âme honnête n'en serait pas effrayée? Si toute action est nécessaire, toute action est légitime, et il faut égaler le crime à la vertu. Si c'est Dieu même qui nous détermine au mal, où est sa sainteté? que devient la responsabilité humaine, la justice des hommes et celle de l'avenir?

Il faut entendre les réponses de Spinoza à toutes ces questions pour se faire une juste idée de la trempe de son esprit et de son caractère, et pour comprendre le prodigieux égarement où la séduction d'un système peut jeter un grand esprit que sa vigueur même précipite à tous les excès.

On place Spinoza dans cette alternative : ou il n'y a ni péché ni mal, ou Dieu est l'auteur du mal et du péché \ Spinoza répond qu'en effet le péché ou le mal ne sont rien de positif, et par conséquent qu'on ne peut les imputer à Dieu. Voici sa démonstration : « Chaque être pris en lui-même, sans aucun rapport au reste des choses, renferme une perfection qui n'a pour bornes, dans chaque être, que sa propre essence. Considérons maintenant un certain être, Adam, par exemple, au moment où il forme le dessein de manger du fruit défendu. Ce dessein ou

1, Dm Passions, Propos. 2 et son Schol.

2. Gwllawme de Blyenbergh à Spinoza, tome III, pag. 390 et suir.

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cette Tolxïté déterminée, ccwisidérée en eDe-sième, renferme précisément autant de perfection qa'dle exprime de réalité; et on en peut condnre qne noos ne pouvons conceroir d'imperfection daoDs les choses cpi*en les comparant à d*aatres choses qni ont phis de réaKté ; en conséquence, dans la déterminalion d'Adam, tant qne nous la considérons en elle-ffléme et qne nous ne la comparons i rien qni soit d'une nature plus par&îte et dans on état plus parfidt, nous ne pouvons trourer aucune imperfection: bien plus, nous pouvons la comparer avec one infinité d'autres objets moins parfaits qu'elle, conune des pierres, des troncs Jarbres. etc. Toicï encore ce qu'on ne peut contester : c'est que les mêmes choses qui dans les hoflomes paraissent détestables et dignes de tonte notre aversion peuvent être considérées dans les animaux avec admiration : ainsi les guerres des abeOles, les jalousies des colombes, etc., passions méprisables dans les hommes et qui pourtant rendent les animaux phs parfaits à nos yeux. De tout cela, il résulte clairement que les péchés, qui n*exprim«it rien, si ce n'est une impeifection, ne peuvent consister en quelque chose qm exprime une réalité, comme la détermination f Adam et Facte qui en fut la suite '.... Le péché n'existe donc que pour notre intelligence, et non pour celle de IMeu. Ifoof soflunes habitués à reaiermer tous les individus d'ut genre, tons ceux, par exemple, qui cmt extérieurement la tome humaine, sous une même définition, et noos pensons enseîte qu'ils sont tous également susceptibles de la plus grande perfection que cette définition embrassr, puis, quand nous en trouvons un dont les actions répo-

f, Spimtm à Miftmbergk, Umt m, p«g. 3»4.

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SMnt à eetle periectimi, nous disoM qu'il ai est privé, 9i*il s^éleigne de la naiiire... Mais Dieu ae coBoalÉ pas les ehases par abstnctîoa, il ■*& pas de défiaitioBs géné-^ Bries de eelte espèce, il n'i^tribue pas aux choses plua de réalité que son inidligoice et sa putssanee ne leur en ont efiectiyeBM&t dénué; et il suit de là que le péclié ifc'eriste que pour nette esprit ék non pour le sien^ »

la conséquence évidente de c^te théorie n'est-elle 1^ que les vices les pins henteux, les crimes les plus felNnninables., sent en eox-niéines parfaitement imioficnts, ne contiennent pas la moindre imperfection, et te nous paraissent coniraîies à Tordee fu'à cause que teus n'avons qu'une idée confuse des choses ' ? Bien ilos, ne peutron pas dire que les plus affreux dérégleftiâots de la volonté humaine manifestent à leur façon la ^i^erfection divine, et saoi tout aussi confiaamies à l'ordre ntemel des desseins de Dien que lea actions les plus ver- 4Kuses?

€ Non certes, répond ^Mnoia; j'aeeorde bien que les lapies exprimait à leur manière la volonté de Dieu, mus ils ne doivent pas ponr eda entrer en comparaison Ivec les gens de bien. En effet» plus one chose a de periKtion, plus elle tient de près à la Divinité et ^ns ^le aiexprîme les perfectionsu Donc, comme les bons ont ocomparablement plus de pcrfertio» que les médmnts, enr vertu ne peut élre comparée à eeUe des méchants, ['autant plus que ks mf^i»«^ sont privés de lamoiir

î. Spnoza le dit em rnfv» UKmm c • L^»m^

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divin, qoi découle de la coiuiaissance de Dieu et par qui seul noos pouvons être appelés enfants de Dieu. Il y a plus encore : ne connaissant pas Dieu, ils ne sont dans la main de l'onvrier qu'un instrument qui sert sans le savoir et qui périt par l'usage; les bons, au contrairef servent Dieu en sachant qu'ils le servent, et c'est ainsi qu'ils croissent sans cesse en perfection '. »

Accordons à Spinoza cette différence. Du moins faudra-t-il qu'il convienne que si les méchants sont nécessairement méchants, ou bien Dieu est injuste en les faisant méchants et plus encore en les punissant de l'être, ou bien les méchants sont excusables devant les hommes et devant Dieu.

Spinoza nie cette conséquence avec une extrême énergie : « Quoi I s'écrie-t-il, des hommes méchants, pour être nécessaireinent méchants, en sont-ils moins à craindre et moins pernicieux? » Puis il ajoute ces dures paroles : < Nous sommes en la puissance de Dieu comme l'argile entre les mains du potier, qui tire de la même matière des vases destinés à un noble usage et d'autres à un usage vulgaire \ Nul ne- peut accuser Dieu de lui avoir donné une nature infirme et une âme impuissante. Et de même qu'il serait absurde que le cercle se plaignit de ce que Dieu lui a refusé les propriétés de la sphère, ou l'enfant qui souffre de la pierre, de ce qu'il ne lui a pas donné un corps bien constitué , de même un homme dont Fâme est impuissante ne peut être reçu à se plaindre, soit de n'avoir pas eu en partage et la force et la vraie connaissance et l'amour de Dieu , soit d'être né avec une constitution tellement faible qu'il est incapable

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