Th. de Murr, Àdnot, ad Tract. f page
siens le même accueil que chez les dévots. Malebranche ' ne voit dans le système de Spinoza qu'une épouvantable chimère, et il s'emporte jusqu'à traiter l'auteur de misé^ I rable. Fénelon, Lami, Poiret, Jacquelot ne sont guère moins sévères. Leibnitz est de tous le plus modéré, peutèfjre parce qu'il est plus loin que les autres de Spinoza?. Au XVII* siècle, Spinoza n'eut donc pas un seul partisan, un seul disciple considérable. On ne peut, en effet, compter pour tel ni Lucas S ni Saint-Glain% qui ne sont que des esprits forts, ou, comme on disait alors, des libertins. L'honnête Oldenburg est très-curieux de questions philosophiques ; mais il ne les entend qu'à moitié^. On ne peut prendre au sérieux un esprit ausfii bizarre que Jean de Bredenburg, et Louis Meyer S qui est un autre homme, subtil, pénétrant, manque d'invenr tion et de fécondité. Abraham Cuffeler a seul de l'imr* portance»; mais tout cela ne peut constituer une vérir table école philosophique, et Spinoza nous apparaît dans ce coin obscur de la Hollande où il méditait Y Éthique^ comme un penseur presque absolument isolé.
Ce n'est point à dire qu'il n'ait exercé aucune influence; car l'influence philosophique ne se mesure pas
1 . Toutefois^ dans les Essais de Théodicée, il maltraite fort Spinoza : « Cette mauvaise doctrine, propre tout au plm à, ^louir 2ft vulgaire, cette^ dotàrim insoutenable et même extravagante . *
2. Auteur de rouyrageirès-rare intitulé: Vie ei Esprit de M. Benoit de Spi^ noxa, 1719, tOSpages^ in-8^.
3 . Auteur présumé de Tinfidèle et grossièlre traduction du Thdologico-poUtiqu»^ publiée tour, à: touf aoHi, trois, tiiret. différtnts, -^ Voyas n«tre; Noiice biUi«i^fir phique«
4. Voyez s«»lettT«a- à Spinoza, paxiienlièrement la lettre III. ^ Olâenbvr^, d'ailleurs, tout eo aimant sincèrement Spinoza, repousse très-yivement.les cons^ quences da son système. Voyez, la lettre IX.
j 5. Éditeur de Spinoza, auteur du livre: Philosophia Scriptnrx interpres, qfû a été réédité par Semler. Halœ, 1776, in-8«.
6. Auteur de deux ouvrages spinozistes : SpeeimenartisratioeinandinatilmUie et artificialis ad pantosophiae principia manuducens ; Hambourg, 1 694 . — Prttwtp. Panto«.^ part. 2 et part. S.Hambourg, 1Ô84.
seulement au nombre et à la qualité des amis, mais aussi au nombre et à la qualité des adversaires. J'ai nommé Malebranche , Fénelon , Leibnitz , tout ce qu'il y avait de plus grand parmi les philosophes. Il faut citer maintenant les plus illustres théologiens, Huet ' , Richard Simon S Abbadie^ Ceux-ci regardent peu à V Éthique; c'est au traité Théologico-politique, à cette dangereuse et libertine critique des saintes Ecritures, qu'ils ont affaire. Bossuet ne veut point se commettre avec Spinoza ; mais il conseille et presse Lami*.
Au xviii® siècle, la scène change, et il semble que tout ce qui avait perdu Spinoza dans un siècle de discipline et de foi va faire sa fortune à une époque d'incrédulité et de hardiesse. Les choses ne se passèrent pourtant point ainsi. Il y a deux hommes dans Spinoza : le libre penseur du Théologico-politique pour qui les prophéties ne sont que des illusions ou des symboles, les miracles des paraboles ou des faits naturels. Moïse un grand politique, Jésus-Christ, une âme sainte et le premier des sages ; il y a ensuite le philosophe de V Éthique, qui décrit la nature de Dieu, explique l'univers, en découvre les premiers ressorts, en dévoile le mécanisme, ionde toutes les profondeurs, pénètre tous les mystères, n'ignore de rien, ne doute de rien, développe enfin dans l'ordre inflexible des géomètres et sous les formules invariables d'un style algébrique le dogmatisme le plus tranchant, le plus vaste, le plus exclusif qui fut jamais. Le xviiK siècle comprit et suivit le théologien, ou plutôt l'hérétique dans Spinoza; il dédaigna le métaphysicien.