‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 74 sur 101 · Ihid., ch. II · texte numérisé non relu

Ihid., ch. II

sance,d*imaginer extraordinaire, il s'ensuit que toute nation a eu ses prophètes, également inspirés, égalemeni respectables. C\st la doctrine expresse de Spinoza: «Puisqu'il est bien établi, dit-il, que Dieu est également bon et miséricordieux pour tous les hommes, et que la mission des prophètes fut moins de donner à leur patrie des lois particulières que d'enseigner aux hommes la véritable vertu, il s'ensuit que tout« nation a eu ses prophètes, et que le don de prophétie ne fut point propre à la nation juive ^ » Spinoza cherche des preuves de son opinion dans la Bible elle-même : « Nous trouvons dans le Vieux Testament que des hommes incirconcis, des gentils ont prophétisé, tels que Noah, Chanoch, Abimélech, Bilham, etc., et que des prophètes hébreux ont été envoyés par Dieu, non-seulement à ceux de leur nation, mais aussi à beaucoup de nations étraugères. Ainsi Ézéchiel a prophétisé à toutes les nations alors connues , Hobadias aux seuls Iduméens , et Jopas a été surtout le prophète des Ninivites '. »

Spinoza s'explique plus ouvertement encore dans ses Lettres, On le presse d'objections sur sa manière d'interpréter l'Écriture; on accuse ses principes de conduire à cette conséquence impie, que Mahomet fut un vrai prophète. Spinoza s'en défend d'abord, et traite même Mahomet d'imposteur, sous le prétexte visiblement peu sincère qu'il a nié la liberté humaine; mais bientôt la logique et la colère emportent Spinoza, et il s'écrie: « Est-ce que je suis tenu, je le demande, de montrer qu'un certain prophète est un faux prophète ? C'était

t. Traité théologicO'polxtiqWji^^Qtl,

î. VQir le chapitre UI tout entier du Traité théologico-politique.

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•ien plutôt aux prophètes de montrer qu'ils Tétaient véritablement. — Dira-t-on que Mahomet, lui aussi, \ enseigné la loi divine et donné des signes certains de sa divine mission, comme ont fait leç autres prophètes; alors je ne vois pas quelle raison on aurait de lui refuser cette qualité'. » Puis il ajoute ces remarquables paroles : « Pour ce qui est des Turcs et des autres peuples étrangers au christianisme, je suis convaincu que, s'ils adorent Dieu par la pratique de la justice et l'amour du prochain , Tesprit du Christ est en eux et leur salut est assuré, quelque croyance qu'ils professent d'ailleurs sur Mahomet et ses oracles '. »

Il ne faudrait pas croire cependant que Spinoza ait mis Jésus-Christ sur la même ligne que Mahomet, ni même qu'il n'ait admis aucune différence entre le Christ et les Prophètes de l'Ancien Testammit. Toutefois, sa véritable pensée sur ce point est aussi difficile à pénétrer qu'intéressante à connaître.

Spinoza s'exprime ainsi dans son chapitre sur la pro» phétie :

€ men qu'il soit aisé de comprendre que Dieu se puisse communiquer immédiatement aux hommes, pui»« que sans aucun intermédiaire corporel il communique son essence à notre âme, il est vrai néanmoins qu'un homme, pour comprendre par la seule force de son àme des vérités qui ne sont point contenues dans les premiers principes de la connaissance humaine et n'en peuvent être

*. Lettre à Isaac Orobio, tome UI, page 4Î6.

2* Je rapprocherai de ces paroles de Spiuoza un passage de sa lettre à Albert ^"rgh ! ■ Oui, je le répète avec Jean, c'est la justice et la charité qui sont le ^9ne le plus certom, le signe unique de la vraie foi catholique; la justice et '« cttarité, voilà les véritables fruits du Saint-Esprit . Partout où elles se ren- ^^*'^ent, là est le Christ, et le Christ ne peut pas être là où elles ne wntplus, •

déduites, devrait posséder une âme bien supérieure à la nôtre et bien plus excellente. Aussi je ne crois pas que personne ait jamais atteint ce degré éminent de perfection, hormis Jésus-Christ, à qui furent révélés immédiatement, sans paroles et sans visions, ces décrets de Dieu qui mènent Thomme au salut. Dieu se manifesta donc aux apôtres par Tâme de Jésus-Christ, comme il avait fait à Moïse par une voix aérienne; et c'est pourquoi Ton peut dire que la voix du Christ, comme celle qu'entendait Moïse, était la voix de Dieu. On peut dire aussi dans ce même sens que la sagesse de Dieu, j'entends une sagesse plus qu'humaine, s'est revêtue de notre nature dans la personne de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ a été la voie du salut V »

Voilà donc un premier caractère qui distingue Jésus- Christ des simples prophètes : c'est que Jésus-Christ n'était pas seulement l'organe de la révélation divine, mais la révélation divine elle-même. Ce que les prophètes saisissaient par l'imagination et dans un signe matériel, Jésus-Christ le voyait en Dieu et le comprenait.

Dans un autre passage, Spinoza revient sur ce premier caractère et il en ajoute un second :

« Je dis donc qu'il faut entendre de la sorte tous les prophètes qui ont prescrit des lois au nom de Dieu; mais tout ceci n'est point applicable au Christ. Il faut admettre en eifet que le Christ, bien qu'il paraisse, lui aussi, avoir prescrit des lois au nom de Dieu, comprenait les choses dans leur vérité d'une manière adéquate. Car le Christ a moins été un prophète que la bouche même de Dieu... Ajoutez à cela que le Christ n'a pas été

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