‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 76 sur 101 · Lettre à Oldenhwg, tome m, page · texte numérisé non relu

Lettre à Oldenhwg, tome m, page

S. • Est-ce que tous croyez, écrit Spinoza à Oldeoburg:, quand T Écriture dil que Dieu s*est manifesté dans la nue, ou qu'il a habité daas le tabernacle ou dâos le temple, que Dieu s* est rerètu de la nature de la nue, de celle du temple ou do tabernacle ? Or Jésus-Christ ne dit rien de plus de soi-même : il dit qu'il est le temple de Dieu, entendant par là, je le répète encore une fois, que Dieu s'est su^ tout manifesté dans Jésus-Christ. Et c'est ce que Jean a touIu exprimer avec plus de force encore par ces paroles : Le Verbe s'est fait chair. ~~ Soyez sur que, toat en écrivant son Évangile en grec, Jean hébraïse cependant. >

{Lettre à Oldenlmrg, page 373.)

nrrRODucTiON. 199

lie le Dieu suprême et éternel devient la pâture de votre 3rps et séjourne dans vos entrailles '. »

Le mystère du Péché originel, le miracle de la Résur- Bction ne sont point traités de la sorte. Spinoza les ejette sans doute, comme tous les miracles et tous les Qvstères ; mais du moins il les interprète et cherche à es expliquer. Il voit dans la chute d*Adam et dans la Rédemption devenue nécessaire par le péché une sorte le mythe, comme on dirait aujourd'hui, qui signifie que i*homme perd sa liberté quand il s'abaisse aux choses ierrestres , et que ce bien inestimable ne peut être recouvré que par l'esprit du Christ, c'est-à-dire par l'idée ie Dieu, qui seule a la vertu de nous rendre libres *.

Spinoza déclare qu'il prend à la lettre la passion, la Hort et l'ensevelissement de Jésus-Christ; mais il ne )eut admettre sa résurrection qu'au sens allégorique * :

« La résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts ist au fond une résurrection toute spirituelle, révélée ux seuls fidèles selon la portée de leur esprit : par où entends que Jésus-Christ fut appelé de la vie à l'éterîté, et qu'après sa passion il s'éleva du sein des morts m prenant ce mot dans le même sens où Jésus-Chrit a ît : Laissez les morts ensevelir leurs morts), comme 11 'était élevé par sa vie et par sa mort en donnant l'exemle d'une sainteté sans égale. Dans ce même sens, il resuscite ses disciples d'entre les morts, en tant qu'ils uivent l'exemple de sa mort et de sa vie. Et je ne croîs »as qu'il fût difficile d'expliquer toute la doctrine de

i. Lettre à Albert Burgh, tome III, page 454. 1. Éthique, part. 4, Schol. de la Propos. 68, 3. Lettre à Oldenbwrg, page 375.

rÉvangile à Taide de ce système d'interprétation*.»

Peu importe du reste aux yeux de Spinoza qu'on entende les mystères de telle ou telle façon, pourvu qu'on les entende dans un sens pieux. La religion n*est pas la science. Ce qu'il faut àTâme religieuse, ce ne sont point des notions spéculatives, mais des directions pratiques.

Spinoza ne veut voir en eflfet dans les prophéties comme dans les miracles, dans les mystères, dans le culte, en un mot dans toute l'économie des religions positives, qu'un ensemble de moyens appropriés à l'enseignement et à la propagation de la vertu. H pousse cette doctrine à une telle extrémité qu'il ose écrire ces singulières paroles : « Selon moi, les sublimes spéculations n'ont rien à voir avec l'Écriture, eije déclare que je n'y ai jamais appris ni pu apprendre aucun des attrikts de Dieu '. »

Il n'y a qu'une chose dans l'Écriture, comme dans toute révélation, c'est celle-ci : Aimez votre prochain. Spinoza traite fort durement ceux qui trouvent une métaphysique cachée et profonde dans les mystères du christianisme. « Si vous demandez, dit-il, à ces personnes subtiles quels sont donc les mystères qu'elles trouvent dans l'Ecriture, elles ne vous produiront que les fictions d'un Aristote, d'un Platon, ou de tout autre semblable auteur de systèmes : fictions qu'un idiot trouverait bien plutôt dans ses songes que le plus savant homme du moiî^e dans l'Écriture ^ »

Spinoza se radoucit cependant sur ce point, et il avoue

Page 1