‹ Œuvres, trChapitre 106 sur 159 · CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ

relation avec l'existence du corps. Il résulte de ces principes, et tout ensemble de la Propos. 21, part. 1, et de quelques autres, que notre âme, en tant qu'elle jBst intelligente, est un mode éternel de la pensée, lequel est déterminé par un autre mode étemel de la pensée et celuici par un troisième, et ainsi à rinfini ; de telle façon que tous ces modes pris ensemble constituent Tentendement étemel et infini de Dieu.

Propos. 41. Alors même que nous ne saurions pas que notre âme est étemelle, nous né cesserions pas de considérer comme les premiers objets de la vie humaine la piété, la religion^ en un mot, tout ce qui se rapporte, ainsi qu'on l'a montré dans la quatrième partie, à l'intrépidité et à la générosité de l'âme,

DÉMONSTR. Le premier et unique fondement de la vertu ou de la conduite légitime de la vie, c'est (par le CorolL de la Propos, 22 et la Propos, 24, part. 4) la recherche de ce qui est utile. Or, pour déterminer ce que la raison déclare utile à l'homme, nous n'avons point tenu compte de l'éternité de l'âme, qui ne nous a été connue que dans cette cinquième partie. Ainsi donc, puisque alors môme que nous ignorions que l'âme est éternelle, nous considérions comme les premiers objets de la vie les vertus quise rapportent à l'intrépidité et à la générosité de l'âme, il s'ensuit que si nous l'ignorions encore en ce moment, nous ne cesserions pas de maintenir les mêmes prescriptions delà raison. C. Q. F. D.

ScHOL. Nous nous écartons ici, à ce qu'il semble, de la croyance vulgaire. Car la plupart des hommes pensent qu'ils ne sont Hbres qu'autant qu'il leur est permis d'o>béir à leurs passions, et qu'ils cèdent sur leur droit tout ce qu'ils accordent aux commandements de la loi divine*. La piété, la religion et toutes les vertus quise rapportent à la force d'âme sont donc à leurs yeux des fardeaux dont ils espèrent se débarrasser à la mort, en recevant le prix de leur esclavage, c'est-à-dire de leur soumission à la religion et à la piété. Et ce n'est pas cette seule espérance qui les conduit ; la x^raînte des terribles supplices

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dont ils sont menacés dans Tautre monde est encoire un motif puissant qui les détermine à vivre, autant que leur faiblesse et leur àme impuissante le comportent, selon les commandements de la loi divine. Si Ton ôtait aux hommes cette espérance et cette crainte, s'ils se persuadaient que les âmes périssent avec le corps et qu'il n'y a pas une seconde vie pour les malheureux qui ont porté le poids accablant de la piété, il est certain qu'ils reviendraient à leur naturel primitif, réglant leur vie selon leurs passions et préférant obéir à la fortune qu'à eux-mêmes. Croyance absurde, à mon avis, autant que <^Ue d'un homme qui s'emplirait le corps de poisons et 4'aliments mortels, par cette belle raison qu'il n'espère pas jouir toute l'éternité d'une bonne nourriture, ou qui, voyant que l'àme n'est pas étemelle ou immortelle, renoncerait à la raison et désirerait devenir fou ; toutes choses tellement énormes qu'elles méritent à peine qu'on s'en occupe.

Propos. 42. La béatitude n est pas le prix de laverfu, (feit la vertu elle-même , et ce n'est point parce que nous contenons nos mauvaises passions que nous la possédons^ t'est parte que nous la possédons que nous sommes capables de etmtemr nos mauvaises passions.

"' DsKONSTH. l<a béatitude consiste dans l'amout de Dieu {par la Propos, 36, part. ^ et son SchoL^, et cet amour naît de la connaissance du troisième genre >{par le Cih TolL de lu Propos. 32, par/, 5), et en conséquence {par les Propos. 69 et 3, part. 5), il doit être rapporté à l'àme, en tant qu'elle agit. Cet amour est donc la vertu même (par la Déf. 8, part. 4). Voilà lé premier point. De plus, A mesure que l'àme jouit davantage de cet amour divin on de la béatitude, elle exerce davantage son intelligence {par laPropos. 32, part. 5), c'est-à-dire {par le Corail, de la Propos. 3, part. 5), elle a plus de puissance sur ses passions^ et elle a moins à pàtir des affections mauvaises {par la Propos. 38, part. 5) ; d'où il suit que Tàme, dès qu'elle jouit de cet amour di\4n ou de la béatitude, a le

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