‹ Œuvres, trChapitre 120 sur 159 · A MONSIEUR HENRI OXDENBCRG, B. DE SPINOZA · texte numérisé non relu

A MONSIEUR HENRI OXDENBCRG, B. DE SPINOZA

Monsieur,

Je vois enfin quelle est cette' dociariBie que Tiyss ine demandiez de tenir secrète; mais comme eUe est le feu* dément du traité que j'avais dessein de publier*, je vm tout disposé à vous expliquer soos qud point de thi j'admets la nécessité de toutes choses et l'a fatalité dés actions. Car je suis loin de soumettre Dieu en^ aueiuii fa«çon au fatum ; seulement je conçofe que toutes chosesrésultent de la nature de Dieu avec une nécessité inén^ table, de la même façon que tout le monde conçoit qttU résulte de la nature de Dieu que Dieu ait rintelligenct^ die soi-même. Assurément, il n'est pers<oiiae' qui eoatestê< (pie cela ne résulte en effet de l'essence ù» Dieu;* et c«* pendant personne n'entend parla soumettre Dieo ml fatum; et tout le monde croit que Dieuseeoiii>prendMi^ même avec une parfaite liberté, quoique nécessairetseni J'ajoute que cette inévitable néeeseiié de» choseB- nftàd rien à la perfection de Dieu ni à la dîgaité de l'hemne; car les préceptes moraux, soit qu'ils prennent la forme d'une loi ou d'un droit émané de Dieu même, soit qu^Us

/. La XXm^ des 0pp. posih, 2. VÉthique.

ne la prcfrtnent pas, n'en sont pas moins des préceptes divins et salutaires ; et quant aux biens qui résultent de la vertu et de Tamour de Dieu, soit que nous les recevions des mains d'un Dieu qui nous juge, soit qu'ils émanent de la nécessité de la nature divine, en sont-ils, dans l'un on Tautre cas, moins désirables? Et de même, les maux qui résultent des actions ou des passions mauvaises sont-ils moins à craindre parce qu'ils en résultent nécessairement ? En mi mot, que nos actions s'accomplissent sous la loi de la nécessité ou sons celle de la contingeneR, n'est-ce pas toujours l'espérance et la crainte qui nous conduisent ?

Les hommes ne sont inexcusables devant Dieu par aucune autre raison sinon qu'ils sont en la puissance de Dieu comme l'argile en celle du potier, qui tire de la même matière des vases destinés à un noble nsage et d'autres à un usage vulgaire. Veuillez, Monsieur, méditer un peu ces pensées^ et je m'assure, par l'expérience que j'en ai faite avec plusieurs personnes, que ^vons trouverez sans difficulté de quoi répondre aux objec- *cms vulgaires.

J'ai considéré la fol aox miracles «t l'ignorance comme efaoïses équivalentes, par la raison que ceux qui prétendent établir Inexistence de Dieu et la religion sur les mîracSes prouvent une chose obscure par nne chose pîas 'él3«eui*e encore «et quils ignorent au suprême degré ; de 'fiiçoff qu'ils inventent une^spèce d'argumentation jusqu'à "prient inconnue, qui consiste à réduire son contradic- •^teur, non pas ârimpossilrïe, comme on^it, miais à Hgno- Tance'. Du reste, je crois avoir expliqué assez^claîremeirt, 'm je 'ne me trompe , mon sentiment isur les miracîes 'Sans -le Traité théologico^politique. Je n'ajouterai donc •qtfun mot. Veuillez remarquer, Monsieur, que Jésus- 'Clil'ist n*est point apparu, après sa mort, an sénat, ni ^à ^ffûetie^mi à aucun infidèîe, mais seulement aux saints;

I. Pour plus ample explication de ce patsa^, ^trfetTÉtkiqitej part. 1, Appendice.

considérez aussi que Dieu n'a ni côté droit ni côté gauche ; qu'il n'est point dans un certain lieu, mais qu'il est présent en tout lieu par son essence; que la matière est partout la même ; que Dieu ne se manifeste point hors du monde dans ces espaces fantastiques qu'on imagine; enfin que le corps humain est retenu en des limites déterminées par le seul poids de l'air ; et, si vous pesez tontes ces raisons ensemble, vous reconnaîtrez qu'il en a été de l'apparition de Jésus-Christ à ses apôtres à peu près comme de celle de Dieu à Abraham, quand celui-ci vit deux hommes et les invita à dîner^. Vous me direz que tous les apôtres ont cru à la résurrection et à l'ascension réelle de Jésus-Christ; et je suis très-loin de le nier. Mais Abraham crut aussi que Dieu avait dîné chez lui, et tous les Israélites furent convaincus que Dieu était descendu sur le mont Sinaï dans une enveloppe de feu et leur avait directement parlé, bien que toutes ces apparitions, toutes ces révélations ne soient que des moyens que Dieu a employés pour se mettre à la portée de l'intelligence et des opinions des hommes et leur faire connaître ses volontés. Je conclus donc que la résurrection de Jésus- Christ d'entre les morts est au fond une résurrection toute spirituelle, révélée aux seuls fidèles selon la portée de leur esprit; par où j'entends que Jésus-Christ fut appelé de la vie à l'éternité, et qu'après sa passion il s'éleva du sein 4fis morts (en prenant ce mot dans le même sens eu Jésus-Christ a dit ' : Laissez les morts ensevelir leurs morts) y comme il s'était élevé par sa vie et par sa mort en donnant l'exemple d'une sainteté sans égale. Dans ce même sens, il ressuscite ses disciples d'entre les morts, en tant qu'ils suivent l'exemple de sa mort et de sa vie. Et je ne crois pas qu'il fût difficile d'expliquer toute la doctrine de l'Évangile à l'aide de ce système d'interprétation. — J'irai plus loin : il n'y a, selon moi, que ce système qui puisse donner un sens au chap. xv de

i. Voyez Genèse, ch. 18, vers. 1-17.

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