‹ Œuvres, trChapitre 121 sur 159 · Voyez S. Matthieu, ch. 8, yers. 21 et · texte numérisé non relu

Voyez S. Matthieu, ch. 8, yers. 21 et

rÉpître I anx Corinthiens et faire comprendre les arguments de Paul, qui dans le système communément reçu paraissent bien faibles et bien aisés à réfuter. Et je ne veux même pas insister ici sur ce que les chrétiens ont pris au sens spirituel tout ce que les Juifs entendaient charnellement.

Je reconnais avec vous, Monsieur, la faiblesse humaine ; mais permettez-moi de vous demander si nous avons, nous faibles mortels, une connaissance delà nature assez grande pour être en état de déterminer jusqu'où s'étend sa force et sa puissance, et ce qui la surpasse. Que s'il n'est permis à personne d'élever sans arrogance une telle prétention, ce n'est donc pas manquer à la modestie que d'expliquer, autant que possible, les miracles pardes causes naturelles; etquant auxfaits qu'on n'est pas en état d'expliquer et dont il est également impossible de prouver l'absurdité, il me semble convenable de suspen dre son jugement à leur égard, et de donner ainsi poui unique base à la rehgion la sagesse de sa doctrine. Ne croyez pas. Monsieur, que les passages de l'Évangile de Jean et de l'Épître aux Hébreux que vous me citez soient contraires à mes sentiments; ce qui vous le persuade, c'est que vous appliquez à des expressions orientales une mesure prise dans nos façons de parler européennes. Mais soyez sûr que, tout en écrivant son Évangile en grec, Jean hébraïse cependant. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, est-ce que vous croyez, quand l'Écriture dit que Dieu s'est manifesté dans la nue, ou qu'il a habité dans le tabernacle ou dans le temple, que Dieu s'est revêtu de la nature de la nue, de celle du temple ou du tabernacle? Or, Jésus-Christ ne dit rien de plus de soi-même : il dit ju'il est le temple de Dieu, entendant par là, je le répète encore une fois, que Dieu s'est surtout manifesté dans Tésus-Christ. Et c'est ce que Jean a voulu exprimer avec 3lu8 de force encore par ces paroles : Le Verbe s'est fait ^hair. Mais je n'insiste pas davantage.

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LETTRE Xï*.

RÉPONSE X LA fStCÉOEÏITE. ^

A MONSIEUR B. DE SPiNQZA, HENRI OLDENBURG.

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Vous avez mis le doigt sur le vrai motif pour lequel je vous ai engagé à tenir secrète cette doctrine de la fatalité et de la nécessité de toutes cboses. J'ai craint, en effet, que la pratique de la vertu n'en reçût quelque atteinte, et que les peines et les récompenses de Tautre vie ne vinssent à tomber dans le décri. Les explications que vous donnez dans votre dernière lettre ne semblent pas ôter la difficulté ni suffire à tranquilliser les âmes; car enfin, si dans nos actions, tant morales que physiques, nous sommes en la puissance, de Dieu comme l'argile dans les mains du potier , de quel front, je le demande, pourrait-on accuser un homme quel qu'il suit d'avoir agi de telle ou telle manière, quand il lui a été absolument impossible d'â>gjr autrement ? N'aurionsnous pas le droit de nous éle^ver;tous contre Dieu 4'iUK commune voix et de M dire*: c'est votre inflexible dfis- :tin/ c'est votre puissance.irrésistible qui nous a contraints d'agir de la sorte, sans que nous ayons pu faire .autrei ment ; pourquoi donc ict de quel droit nous condamner â des châtiments terribles que nous <ôtiûns hors d'<éiat d'éviter, puisque .c'est vous qui faites toutes choses ^elon votre caprice et votre bon plaisir, en vertu d'u^e nécessité suprême ? -^ Vous dites que si les hommes sont inexcusables devcntDieu, c'est uniquement paite

i. Là XXiy des Opp. posth.

qu'ils sont en sa puissance. Mais je retourne Targument contre vous, et je dis avec plus de raison que vous, ce me semble, que si les hommes sont en la puissance de* Dieu, c'est pour cela même qu'ils sont tous complètement excusables. Qui ne voit, en effet, que l'homme peut dire à Dieu : votre puissance, ô Dieu, est insurmontable ; je n'ai donc pu agir autrement et mon action est justifiée I

J'arrive à votre sentiment que les miracles et l'ignorance sont choses équivalentes, où il me semble que vous imposez les mêmes limites à la science des hommes (les plus habiles, il est vrai) et à la puissance de Dieu. Comme si Dieu ne pouvait rien faire ni rien produire dont les hommes ne soient capables de rendi-e raison en y appliquant les forces de leur génie. Et pour ne parler que de Jésus-Christ, je trouve que le récit de sa passion, de sa mort, de son ensevelissement, de sa résurrection, est tracé avec des couleurs si naturelles et si vives que j'ose en appeler ici à votre conscience et vous demander, à vous qui admettez l'autorité de l'histoire, s'il faut prendre ce récit à la lettre ou n'y voir qu'une allégorie. Quant à moi, il me paraît que toutes les circonstances de cet événement, si clairement consignées par les évangélistes, ne permettent pas de prendre leur récit dans un autre sens que le sens littéral. Veuillez, Monsieur, lire avec indulgence ces quelques réflexions et y répondre avec la franchise d'un ami^ M. Boyle vous réitère ses compliments. Je compte vous dire par un prochain courrier où en sont les affaires de la Société royale. Adieu. Âimez-moi toujours. '

Londres, 14 juin 1676.

LETTRE XIP.

RÉPONSE A LA PRÉCÉDENTE

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