‹ Œuvres, trChapitre 138 sur 159 · La XL1« des 0pp. poslh · texte numérisé non relu

La XL1« des 0pp. poslh

Vous avez parfaitement compris la troisième propriété (en ce sens, que, si Têtre qui existe par soi est la pensée, îl ne sera pas déterminé dans l'ordre de la pensée ; et, s'il est l'étendue, il ne le sera pas dans J'ordre de l'étendue , mais au contraire il devra toujours être conçu comme indéterminé) ; vous avez, dis-je, entendu cela à merveille, et cependant vous refusez d'entendre la conclusion, laquelle repose sur ce principe : qull y a contradiction à ce qu'un être dont la définition enferm'e l'existence, ou, ce qui est la môme chose, l'affirme, soit conçu avec la négation de l'existence. Et comme le déterminé ne marque rien de positif, mais seulement la privation de l'espèce d'existence qui est conçue comme déterminée, il s'ensuit que l'être dont la définition affirme l'existence ne se peut concevoir comme déterminé. Par exemple : si l'étendue enferme l'existence nécessaire, il sera aussi impossible de concevoir l'étendue sans existence que l'étendue sans étendue. Or, s'il en est ainsi, il faut dire aussi qu'il sera impossible de concevoir l'éten:due comme déterminée ; car essayez de la concevoir de cette façon, vous serez obligé de la déterminer par sa propre nature, c'est-à-dire par l'étendue : d'où il suit que, cette étendue déterminée, vous devrez la concevoir avec la négation de l'existence, ce qui est manifestement contraire à l'hypothèse.

Par la quatrième propriété, j'ai voulu montrer seulement que l'être qui existe par soi ne peut être divisé ni en parties de même nature, ni en parties de nature différente, soit que celles-ci enveloppent, soit qu'elles n'enveloppent pas l'existence nécessaire. Dans le second cas, ai-je dit, cet être pourrait être détruit, la destruction n'étant que la résolution d'une chose en parties de telle nature qu'aucune n'exprime plus la nature du tout. Dans le premier cas, cette propriété de l'être par soi sej rait en contradiction avec les trois précédentes.

Dans ma cinquième remarque préliminaire, j'ai supposé seulement que la perfection consiste dans 1 êtrc^ et

rimperf eclion dans la privation de Têtre. Je dis privatm; car bien que l'étendue, par exemple, contienne en soil*. négation de la pensée, ce n*est point en elle une imperfection : une imperfection véritable, ce serait qu'elle fût privée d'étendue (et elle en serait privée en effet, ai elle était déterminée), ou bien de durée, de situation, etc.

Vous m'accordez le sixième point sans restriction, et cependant vous dites^que la. difficulté reste tout, entière ; car pourquoi, dites- vous, n'y aurait-il pas plusieurs. êtres dénature différente qui tous existeraient par eux-mè* mes, par exemple. l'étendue et la pensée? Mais cela

Srouve seulement que vous prenez le sixième principe ans un sens, tout différent du mien. Je crois apereevi^jPt en quel sens vous l'entendez; mais pour ne pas perdre de temps, je vais expliquer mon propre sens. Je dis donc? que si vous supposez qu'un être qui n'est parfait etindé-» terminé qu'en son genre existe par sa propre vertu, il; faudra accorder aussi l'existencede l'être absolument pa^ fait et indéterminé que j'appelle Dieu* Par exemple: sii nous supposons que l'étendue oula pensée (lesquelles peuvent être parfaites dans leur genre, c'estr»à-dire donfi un genre déterminé d'existence) existent par leur propre force intrinsèque, il faudra dire aussi que Dieu existe: Dieu, l'être absolument parfait, ou, si l'on veut, absolur ment indéterminé. Ici je voudrais qu'on remarquât la vérir table force du mot imperfection^ lequel signifie qu'il manque à un être quelque chose qui appartient cependant à sa nature. Par exemple, l'étendue ne peut être appelée im? parfaite que relativement à la durée, à la situation, à la quantité, je veux dire, en tant qu'elle a une durée moindre que telle autre durée, qu'elle ne garde pas sa, situa-, tîcm, qu'elle a une grandeur surpassée par une grandeur supérieure. Mais on ne pourra pas l'appeler imparfaite parce qu'elle ne pense pas, sa nature ne demandant rien de semblable et ne consistant que dans la seule extension, c'est-à-dire dans un genre déterminé d'existence. Qr ce a'est que relativement à son genre d'exis-

tènce qu'on la peut appeler déterminée on indéterminée, parfaite on imparfaite. — Maintenant» comme la nature de Dieu ne consiste pas dans un genre déterminé d'existence, mais dans l'existence elle-même, qui est absolument indéterminée, sa nature demande tout ce qui exprime parfaitement l'être, sans quoi elle serait déterminée et aurait du df^faut. D'où il s'ensuit qu'il ne peut y avoir qu^uii «eul être, savoir Dieu, qui existe par sa propre vertu. Posons, en effet, pour prendre un exem*» pie, que l'étendue enveloppe l'existence : il est dès lors néc^saire qu*elle soit éternelle et indéterminée , et qu'absolument parlant elle n'exprime aucune imperfection ; il faut au contraire qu'elle exprime la perfection. Ifois s'il en est ainsi, elle appartient donc à la nature de Dieu, elle est donc quelque chose qui exprime la perfection de Dieu d'une certaine façon, Dieu étant l'être indéterminé et tout-puissant, non pas sous un point de vue particulier, mais absolument et dans l'essence. Or toot ce que nous disons là de l'étendue se doit affirmer de tonte autre chose quelconque à laquelle nous supposerons l'existence par soi. Je conclus donc, comme dans ina précédente lettre, qu'il n'y rien que Dieu seul qui subsiste pur sa propre vertu. -^ Je crois que ces explications suffisent pour l'édlaims^ment de ma précédente lettre ; c'est du reste, Monsieur, ce dont vous ju- I9^6z> mieux que ' moi^ .. .

LETlfRÉ XXÏP.

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