‹ Œuvres, trChapitre 150 sur 159 · Voyez rÉt^'^iie^ part. 1, Propos. 18 et · texte numérisé non relu

Voyez rÉt^'^iie^ part. 1, Propos. 18 et

s'irrite, il se croit libre de chercher la vengeance ; s'il ^ peur, libre de s'enfuir. C'est encore ainsi que l'homme ivre est persuadé qu'il prononce en pleine liberté d'esprit ces mêmes paroles qu'il voudrait bien retirer ensuite quand il est redevenu lui-même; que l'homme en délire, le bavard, l'enfant et autres personnes de cette sort^ sont convaincus qu'ils parlent d'après une libre décisioq de leur esprit, et non par un aveugle emportement». Or, comme ce préjugé est inné et universel, il n'est pas aisé de s'en délivrer. L'expérience a beau nous enseigner que rien n'est moins au pouvoir des hommes que de gouverner leurs appétits, et qu'en mille rencontres, livré3 au conflit des passions contraires,* ils voient le mieux et font le pire, nous n'en continuons pas moins de nous croire libres. Et pourquoi ? parce que nous sentons, quand nos 4ésirs pour un objet sont très-faibles, que nous pouvons aisément les maîtriser par le souvenir d'un autre objet auquel nous pensons habituellement.

Maintenant que j'ai suffisamment expliqué^ si je ne me trompe, mon sentiment véritable touchant la nécessité libre et la nécessité de contrainte, il m'est fdsé de répondre aux objections de votre ami. Car, lorsqu'il dit avec Descartes que celui-là est libre qui n'est contraint par iiucune cause extérieure, s'il entend par un homme contraint celui qui agit contre son gré, j'accorde alors qu'en plusieurs rencontres nous ne sommes contraints d'aucune façon, et sous ce point de vue nous avons le libre arbitre. Mais s'il entend par un homme contraint celui qui, agissant à son gré, agit pourtant nécessairement, ainsi que je l'ai expliqué plus haut, je nie qu'en aucun cas nous soyons libres.

Votre ami affirme au contraire que nous poupons exercer notre raison avec une entière liberté; en d'autres termes^ que nous en disposons d'une manière absolue. Et c'est un point

1. Voyez V Éthique, part. 1. Propos. 32; part. 2. Propoi. 58, ; et surtout le SeboUe de la Propos. 2, put. ^.

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sur lequel il iusbte avee uue eou&auâe parfaite, pour ne pas dire excessive. Qui me eontestera^ dit<il, i moim d'être démenti par sa propre Cùnsctence^ que je sois maître de penser actuellement dqns m&n for intérieur que je veux eu que je ne veux pas écrire f Mais je voudrais l^ien Ravoir de quelle sorte de conscience nous parle ici votre ami, si ce n^est pas celle que j'ai décrite tout à Theure en ma servant de Texemple de la pierre. Pour moi, qui tiens / autant que lui à ne pas lètre démenti par ma consetence, ' c'est-à-dire par l'expérience et la raison, et qui de plus ne veux point entretenir les préjugés et IHgâoranee, je nie formellement que je puisse penser, d'ui^e puissance de penser absolue, que je veux actuellement ou que jt ne veux pas écrire. Et ici j-en appelle à mon tour à la conscience de votre ami, et je lui demande sUl n'a paa^ éprouvé que dans les songes-il ne possède pas cette puissance de vouloir ou de ne pas vouloir écrire, et que, quand il songe qu'il veut écrire, il n'a pas le pouvmr de ne pas songer qu41 veut écrire ; je lui demande epeore si l'expérience ne lui a pas numtréque l'àme n'est pas tonjours également propre à penser à un même objet, mus que, suivant que le corps est plus ou moins disposé à ce que l'image de tel ou tel objet soit actuellement excitée dans le cerveau, l'âme est plus ou moins propre à la contemplation de cet objet \

\ Votre ami ajoute que les causes pour lesquelles il a appliqué son esprit à écrire Tout poussé sans doute, mais non forcé, à cette apjijjoç. I^I^is çe|^ ^§ $ig^9 rien de plus (à bien peser la chose) sinon que son esprit était alors ainsi disposé que des causes qui, dans une autre rencontre, quand, par exemple, il avait l'âme agitée de quelque violente passion, eussent été incapables de 1^ |^|^f miner à écrire, l'y ont en ce moment déterminé s^ difficulté : en d'autres termes, ces causes^ quipue l'eussenl j^as gpn^aint à écrire dans des circonstances différentes l'y ont con-

i. Y^yez )! Éthique, part. S, Sropot. U ci 17

traint en ce moment, je ne dis pas à écrire contre son gré, mais à avoir nécessairement le désir d'écrire.

Vient ensuite cette objection, que si nous sommes contraints par les causes extérieures, l'acquisition de la vertu n'est plus possible. Mais qui a dit à votre ami que la fermeté et la constance de Tâme dépendent de son libre décret, et ne se peuvent concilier avec le fatum et la nécessité ? Toute malice^ ajoute-t-il, serait excusable avec une telle doctrine. Mais où en veut-il venir? Des hommes méchants, pour être nécessairement méchants, en sontils moins à craindre et moins pernicieux? Au surplus, permettez que je vous renvoie, pour plus de développement, au chap. VIII de la part. I de mon Appendice auxPrincipes de Descartes démontrés dans Tordre des géomètres.

Un mot encore. Jevoudrais bien que votre ami qui m'adresse toutes ces objections m'expliquât de quelle façon il concilie cette vertu humaine fondée sur le libre décret de l'âme avec la préordination divine. Dira-t-il avec Dèscartes qu'il ne sait point opérer cette conciliation : le voilà donc qui s'efforce de diriger contre moi une arme dont il s'est déjà blessé lui-même. Mais cet effort est inutile. Pesez mes sentiments avec attention, et vous verrez que tout s'y accorde parfaitement.

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