‹ Œuvres, trChapitre 151 sur 159 · LETTRE XXX ^ A MONSIEUR DE SPINOZA · texte numérisé non relu

LETTRE XXX ^ A MONSIEUR DE SPINOZA

Monsieur ,

C'est très-sérieusement, je vous assure, que je vous prie de résoudre mes difficultés et que je vous demande

i. La LXY* des 0pp. post/i.

!• Cette lettre est de Louis Ue>i&t,'Vo'i«iÀ«U>9cc\^\.V

une réponse. Je voudrais savoir, premièrement, si nous pouvons connaître d'autres attributs de Dieu que la pensée et Tétendue. Et sur ce point, veuillez me donner une démonstration directe , et non pas une preuve par Tabsurde. Supposé que nous ne connaissions que les deux attributs dont je viens de parler : s'ensuit-il que les créatures qui sont constituées par d'autres attributs ne puissent concevoir aucune étendue ? Il résulterait de là qu'il faudrait admettre autant de mondes qu'il y a d'attributs en Dieu ; et alors, autant notre monde aurait d'étendue, autant on en devrait donner aux autres mondes, constitués par d'autres attributs. Or, de môme que nous ne percevons, outre la pensée, que la seule étendue, les créatures de chacun de ces mondes ne percevraient avec la pensée que les attributs de leur monde particulier.

Voici ma seconde difficulté : L'entendement de Dieu différant, selon vous, du nôtre, tant par l'essence que par l'existence, il n'y a donc entre eux rien de commun; et par conséquent (en vertu de la Propos. 3, part. 1, de V Éthique) l'entendement de Dieu ne peut être cause du nôtre.

Vous dites (c'est ma troisième objection), dans le Scholie de la Propos. 10 de V Éthique, part. 1, que s'il y a une chose claire dans la nature, c'est que chaque être se doit concevoir sous un attribut déterminé (jusque-là j'entends parfaitement), et qu'à mesure qu'il a plus de réalité ou d'ê^ tre, un plus grand nombre d'attributs lui conviennent. Il paraît suivre de là qu'il y a des êtres qui possèdent trois, quatre attributs, ou un plus grand nombre; et cependant on a le droit de conclure des démonstrations qui précèdent que chaque être est constitué par deux attributs seulement; savoir, par un attribut déterminé de Dieu et par l'idée de ce même attribut.

Ma quatrième demande serait d'avoir des exemples de choses produites immédiatement par Dieu, et de choses produites par Tintermédiaire de quelque modification in-

442 LETTpS.

finie. La pensée et l'étendue, ce me sem^e, appartieni^ent & la première cfntégorie ; Tentendement dans la pensée, le niouvement dans retendue, à la^ seconde.

Yoil^, Monsieur, ce que je voudrais ot)tenir de vous^ si ¥Qi;s ave? un pe^ de temps de reste. Agréez, etc.

SB juillet 1675.

LETTRE XXXP.

li^PONSE À LA PRÉGÉOEVTE.

À MONSIEUR ***♦% B. DE ;SP1N0ZA

Monsieur ,

Je me réjouis bien sincèrement que vous ayez enfia trouvé Toccasion de me procurer le plaisir, toujours si grand pour moi, de recevoir de vos lettres. Veuillez me donner souvent cette satisfaction : je vous le demande

avec instance J'arrive aux difficultés que vous me

proposez. Quant à la première, je dis que Pâme humaine ne peut connaître que ce qui est enveloppé dans l'idée du corps considéré comme existant en acte, ou ce qui peut être déduit de cette idée ; car la puissance de chaque chose se détermine par sa seule essence (Éthique, Propos. 7, part. 3). Or, l'essence de Tàme (par lu Propos. 13, part. 2) est tout entière dans l'idée du corps existant en acte ; et par conséquent, la puissance de ^ penser de Tâme ne s'étend pas au delà de ce qui est contenu dans l'idée de ce corps, ou de ce qui peut en être déduit. Or, cette idée du corps n'enveloppe et n'exprime d'autres attributs de Dieu que l'étendue et la pensée;

i . L» LXY1« des Opp, posth, i, Louis Aleyer.

biir 8ieA ^bjetj qui est le corps (par la Propos. 6, part. ^, a Dieu pour cause, en tant qu'il est considéré soùs Tattribut de l'étendue, et non sous aucun autre attribut : d'où il suit (par l'Axiome 6, part. 1) que cette idée du éorps enveloppe la connaissance de Dieu, en tant qu'il éist considéré seulement sous l'attribut de l'étendue. De plus, cette idée, comme mode de la pensée, a également Meu J>our cause (par la même Propos.), en tant que cbose pensante, et non sous aucun autre point de vue. Doiic (par le môme axiome) l'idée de cette idée enveloppe la connaissance de Dieu considéré sous l'attribut de la pensée, et non soùs aucun autre point de vue; Il est dohc évident que l'âme humaine, ou l'idée du c'érps humain, n'enveloppe ni n'exprime d'autres attributs de bien que la pensée et l'étendue. Or, de ces deux attributs et de leurs affections, il est impossible (par la Propos. 10, part. 1) de déduire aucun autre attribut. Je con- Iclus donc que l'âme humaine ne peut connaître que les attributs de l'étendue et de la pensée; ce que je me proposais de démontrer.

Vous demandez s'il faudra reconnaître autatit de mondes différents qu'il y a d'attributs de Dieu. Je vous reïivoié pour cela au Schol. de la Propos. 7 de VÉthi^, part 2. Du reste, cette propositioh pourrait se démontrer plus aisément par l'absurde; et quand 41: s'agit d'une proposition négative, je préfère ce genre de démonstration à la preuve directe, comme plus analogue à son objet. Mais puisque vous ne voulez que des démonstrations positives, je n'îûBiste pas et j'arrive à votre seconde objection.

Vous doutez qu'il soit possible , 'qtiâhd deux choses diffèrent entre elles tant sous le rapport de l'essence que sous celui de l'existence, que l'une d'elles produise l'autre, n'y ayant rien de commun entre des choses si différentes. Mais veuillez remarquer que tous les êtres particuliers , hormis ceux qui sont produits par leurs semblables , diffèrent de leurs causes tant par l'essence

que par l'existence ; ce gui ôte tout sujet de doute à cet égard.

Quant au sens précis où j'ai dit que Dieu est la cause efficiente des choses, de leur essence comme de leur existence , je crois m'être suffisamment expliqué dans le Scholie et le Corollaire de la Propos. 26 de VÉthiqufi, part. 1.

Le principe renfermé dans le Scholie de la Propos. 10, part. 1, est fondé, comme je l'ai dit à la fin de ce môme Scholie, sur l'idée que nous avons de l'Être absolument infini, et non point sur ce qu'il y a ou peut y avoir des êtres doués de trois, quatre, cinq attributs.

Voici les exemples que vous me demandez : pour les choses de la première catégorie, je citerai, dans la pensée, l'entendement absolument infini ; dans l'étendue, le mouvement et le repos ; pour celles de la seconde catégorie, la face de l'univers entier, qui reste toujours la même , quoiqu'elle change^ d'une infinité de façons. Voyez, sur ce point, le Scholie du Lemme 7, avant la Propos. 44, part. 2.

J'espère, Monsieur, avoir répondu à vos objections et à celles de votre ami. Toutefois, s'il vous reste quelque scrupule, je vous supplie de ne point hésiter à m'en faire part, pour que j'essaye, autant qu'il sera en moi, de le dissiper. Agréez, etc.

U Haye, S9 juillet 1675.

LETTRE XXXIP.

A MONSIEUR DE SPINOZA

♦ ♦ «HeS

Monsieur , Je viens vous demander la démonstration de ce prin-

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