‹ Œuvres, trChapitre 152 sur 159 · Louis M«yer · texte numérisé non relu

Louis M«yer

cipe, que l'esprit humain ne peut comprendre d'autres attributs de Dieu que l'étendue et la pensée. Ce n'est pas que je ne voie très-clairement la chose, mais il me semble qu'on pourrait tirer une conclusion toute contraire du SchoHe de la Propos. 7, part. 2 de V Éthique; et cela vient sans doute de ce que je n'en ai pas suffisamment entendu le vrai sens. J'ai pris le parti de vous exposer comment j'ai tiré cutte conclusion, mais non sans vous prier instamment, là où je ne pénétrerai pas votre pensée véritable, de venir à mon secours avec votre obligeance accoutumée.

J'arrive au fait. Je vois bien, par le Scholie cité plus haut, qu'il n'y a qu'un seul monde ; mais il résulte aussi de ce Scholie que ce monde unique et partant chaque chose particulière sont exprimés d'une infinité de façons. D'où il suit que la modification qui constitue mon âme et celle qui constitue mon corps, bien qu'elles ne soient qu'une seule et même modification , sont exprimées d'une infinité de façons, par un mode de la pensée, par un mode dé l'étendue, par un mode d'un autre attribut de Dieu que je ne connais pas, et ainsi à l'infini, puisque Dieu aune infinité d'attributs et quel'ordrQ etlaconnexion des modifications de ces attributs sont les mêmes dans chacun d'eux. Or voici la question qui se présente : Pourquoi l'âme, qui représente une certaine modification, laquelle n'est pas seulement exprimée dans l'étendue, mais d'une infinité d'autres façons, pourquoi, dis-je, l'âme ne perçoit-elle que l'expression de cette modification dans l'étendue, e'est-àdire le corps humain, et pourquoi n'en perçoit-elle pas l'expression dans d'autres attributs de Dieu ? Mais le défaut de temps ne me permet pas d'insister plus longuement sur cette difficulté, qui s'évanouira peut-être tout à fait par de nouvelles méditations.

Londres, 12 août 1675.

44d LETTRES.

LETTRE XXXIIP.

RÉPOKSE A LA PRÉCÉDENTE.

A MONSIEUR ***** B. DE SPINOZA

Monsieur,

Pour répondre à votre objection, il me suffit de

dire qu'il est impossible, bien que chaque chose particulière soit exprimée d'une infinité de façons dans l'entendement de Dieu, que toutes ces idées jen nombre infini qui l'y représentent ne constituent qu'une seule et même âme, savoir, Tàme de cette chose particulière : elles doivent constituer une infinité d'âmes; et il n'y a pointa cela de difficulté, puisque chacune de ces idées en nombre infini n'a aucune connexion avec les autres, ainsi qne je l'ai expliqué dans le Scholiedéjà cité de la Propos. Vn, p. 2, et qu'on le peut déduire d'ailleurs de la Propos. X, p. 2. Veuillez faire quelque attention à ces passage, et je crois que toute objection disparaîtra... «

La Haye, 18 août 1675. x

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