‹ Œuvres, trChapitre 19 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

flrisait partie des délices de Dieu, Il s'est même rencontré des pbHosophes ponr s'imaginer qae les monrements célestes composent nne certaine hannonie. Et certes tout cela fiait assez Toîr que chacun a jngé des choses suivant la disposition de son cerveau, ou pkitôt a mis les affecfioiis de son imagination à ki place des choses. C'est pourquoi il n'y a rien d^extraordinaire, pour le dire en passant, que tant de controrerses aient été suscitées parmi les kommes, et qu^<eUes aieni abouti au scepticisme. Car t»en que les corps d^ hommes aieid eoiare eux l)eaucoup de convenance, ils diffèrent par beaucoup d'endroits, de telle sorte que ce qui parait bon à l'un semble mauvais à l'autre, ce cpii est bien ordonné pour eelulrci est confus pour celui-là, ce qui est agréable à tel ou tel est désagréable à un troisième^ et ainsi pour mille autres choses que je néglige de citer ki, soit parce que ce n'est pas le moment d'en traiter ex professa, soit parce que tout le monde est assez éclairé sur ce point par Texpérience.On répète sans cesse : «Autant de têtes, autant a*avîs ; tout homme abonde dans son sens ; il n'y a x)as moins de différence entre les cerveaux des hommes qu'entre leurs palais :» toutes ces sentences marquent assez <pie les hommes jugent des choses suivant la disposition de leur cerveau et exercent leur imagination plus que leur entendement. <]lar si les hommes enten- ^. daient vraiment les choses, ils trouveraient dans cette connaissance, sinon un grand attrait, du moins (les mathématiques en sont la preuve) des convictions unanimes.

Nous voyons donc que toutes les raisons dont se sert le vulgaire pour expliquer la nature ne sont que des modes .de rimagination, qu'elles ne marquent point la nature des choses, mais seulement la constitution de la faculté d'imaginer; et comme ces notions fantastiques ont des noms qui indiquent des êtres réels, indépendants de l'imagination, je nomme ces êtres non pas êtres de raisoui mais êtres d'imagination; et cela posé, il devieut

aisé de repousser tons les arguments puisés contre noi à pareille source. Plusieurs en effet ont ITiabîtude de ra sonner de la sorte : si toutes choses s'entre-suivei par la nécessité de la nature souverainement pa faite de Dieu, d*où viennent tant d'imperfections dai l'univers ? par exemple, ces choses qui se corrompei jusqu'à rinfection, cette laideur nauséabonde de ce: tains objets, le désordre, le mal, le péché, etc. Toi cela, dis-je, est aisé à réfuter; car la perfection d( choses doit se mesurer sur leur seule nature etleur pui sance, et les choses n'en sont ni plus ni moins parfaite pour charmer les désirs des hommes on pour leur d plaire, pour être utiles à la nature humaine ou pour li être nuisibles. Quant à ceux qui demandent pourqui Dieu n'a pas créé tous les hommes de façon à ce qu'i se gouvernent par le seul commandement de la raisoi je n'ai pas autre chose à leur répondre sinon que la mt tière ne lui a pas manqué pour créer tontes sortes à choses, depuis le degré le plus élevé de la perfectioi jusqu'au plus inférieur ; ou, pour parler plus propremen que les lois de sa nature ont été assez vastes pour suf^ à la production de tout ce qu'un entendement infini pei concevoir, ainsi que je l'ai démontré dans la propos; tion 16.

Tels sont les préjugés que j'avais dessein de signale ici. S'il en reste encore quelques-uns de même sorte, u peu d'attention suffira à qui que ce soit pour les r< -dresser.

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