PREMIEIŒ PARTIE/4^ DE DIEU
en a disposé les parties de façon qu'elles ne se nuisent point réciproquement. C'est pourquoi quiconque cherche les véritables causes des miracles, et s'efforce de comprendre les choses naturelles en philosophe, au lieu de les admirer en homme stupide, est tenu aussitôt pour hérétique et pour impie, et proclamé tel par les hommes que le vulgaire adore comme les interprètes de la nature et de Dieu. Ils savent bien, en effet, que l'ignorance une fois disparue ferait disparaître l'étonnement, c'est-à-dire Tunique base de tous leurs arguments, l'unique appui de leur autorité. Hais je laisse ce sujet pour arriver au troisième point que je me suis proposé d'établir.
Les hommes s'étant persuadé que tout ce qui se fait dans la nature se fait pour eux, ont dû penser que le principal en chaque chose c'est ce qui leur est le plus utile, et considérer comme des objets supérieurs à tous les autres ceux qui les affectent de la meilleure façon. Ainsi se sont formées dans leur esprit ces notions qui leur servent à expliquer la nature des choses, comme le Bien^ le Mal^ VOrdrCy la Confusion^ le Ckaud^ le Froid^ la Beauté^ la Laideur^ etc., et comme ils se croient libres, ils ont tiré de là ces autres notions de la Louange et du Blâme^ du Péché et du Mérite; mais je ne veux m'occuper ici, et encore très-brièvement, que des premières, me réservant d'expliquer les autres plus bas, quand j'aurai traité de la nature humaine.
Les hommes ont donc appelé tout ce qui sert à la santé et au culte de Dieu le Bierty et le Mal tout ce qui peut y nuire. Or, comme ceux qui ne comprennent pas la nature des choses n'ont jamais pour objet de leurs affirmations les choses elles-mêmes, mais seulement les images qu'ils s'en forment, et confondent les données de l'imagination et celles de l'entendement, ils croient fermement que Tordre est dans les choses, étrangers qu'ils sont à la réalité et à leur propre nature. S'il arrive, en effet, que les objets extérieurs soient ainsi disposés que quand les sens nous \ea représentent nous les imagmioxi^ ^^\tvfc\^^
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et par suite nons les puissiims rappeler a?ec fadUlè, lOM disons que ces objets sont bien ardmmés; nffîis si k contraire arrire, nous les jogeons mai ordmméa ei en état de confasion. Or, les objets que neos poinroais imft* giner ayee aisance nous étant les plws agréables > kl hommes préfèrent Tordre à la confusion, eomoie si ^m^ dre, considéré indépendamment de noire iraaginaticin, était quelque diose dans la natnre. Ik prétendent que Dieu a tout créé avec ordre, ne voyant pas qu'^ hiîsiq>* posent de Tîmagination ; à moins qu'ils ne veuillent, par hasard, que Dieu, plein de sollicitude pour llmaginâtion des hommes, ait disposé les choses tout exprès pour qu'ils eussent moins de peine à les imaginer, et certes, avec cette manière de voir, on ne s'arrêtera pas devant cette diflSculté, qu'il y a une infinité de choses qui surpassent de beaucoup notre imagination, et une foule d'autres qni la confondent par suite de son extrême faiblesse. Mais en voilà assez sur ce point.
Quant aux autres notions de même nature, elles ne soûl non plus que des façons d'imaginer qui affectent diversement rimaginati<Mi , ce qui n'empêche pas les igno rants de voir là les attributs les plus importants des choses. Persuadés en effet que les choses ont été faibœ pour eux, ils pensent que la nature d'un être est bonne ou mauvaise, saine ou viciée et corrompue, suivant les affections qu'ils en reçoivent. Par exemple, si les ifioa^ vements que les nerfs reçoivent des objets qui nous sont représentés par les yeux contribuent à la santé du corps, nous disons que ces objets sont beaux; nous les appe* Ions laids dans le cas contraire. C'est ainsi que nous appelons les objets qui touchent notre sensibilité, quand c'est à l'aide des narines, odorants ou fétides; à Tafide de la langue, doux ou amers, sapides ou insipides, etc. ; à l'aide du tact, dars ou mous, rudes ou poHs, etc. Enfin on a dit que les objets qui ébranlent nos oreilles émettent des sons, du bruit, de l'harmonie, et Tharmonie a si fortement enchanté les hommes, qu'ils ont cru qu'elle