‹ Œuvres, trChapitre 30 sur 159 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME

primer la nature du corps humain et à la fois celle du corps

extérieur,

Demonstr. Car toutes les modifications dont nn co)ps quelconque est affecté résultent de la nature du corps ?ui reçoit l'affection , et tout ensemble de la nature du corps qui la produit {par tAx. 1 , après le Coroll. du Im, 3) ; en conséquence, l'idée de ces modes doit {par ^'Ax. 4 , part. 1) exprimer nécessairement la nature de chacun de ces corps; de sorte que Tidée de chacune des Modifications dont le corps humain est affecté par un îorps extérieur exprime la nature du corps humain et îelle du corps extérieur. C. Q. F. D.

CoROix. 1 . Il suit de là premièrement que Tâme humaine loit percevoir en même temps que la nature de son corps telle de plusieurs autres corps.

COROLL. 2. En second lieu, que les idées que nous vons des corps extérieurs marquent bien plus la contîtution de notre corps que la nature des corps extéleurs; ce qui a d'ailleurs été expliqué par beaucoup 'exemples dans l'Appendice de la première partie.

Propos. 17. Si le torps humain est affecté d'une modifittion qui exprime la nature d'un corps étranger, Vâme hulaine apercevra ce corps étranger comme existant en acte u comme lui étant présent, jusquà ce que le corps humain eçoive une modification nouvelle qui exclue l'existence ou % présence de ce même corps étranger.

Drmonstr. Cela est évident , car tant que le corps huaain sera affecté de telle façon , l'âme humaine {par la ^Hvpos. 12, part. 2) apercevra cette affection du corps; î'est-à-dire {par la Propos, précéd.) qu'elle aura l'idée l'une modification actuellement existsmte, qui exprime a nature d'un corps extérieur; c'est-à-dire encore [u'elle aura une idée qui n'exclut pas , mais qui pose m contraire l'existence ou la présence de la nature l'un corps extérieur, et par conséquent {en vertu du Coroll. 1 précéd.) l'âme apercevra un corps extérieur somme* existant en acte ou comme près^nX., \vxs»c^\

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ce qu'elle reçoive une modification nouvelle , ^

CoROix. L'àme pourra apercevoir comme prés^ts les corps extérieurs, quoiqu'ils n'esdstent pas ou ne soient pas présents, quand une fois le corps humain sa aura été affecté.

DÉKONSTiu Pendant que les corps extérieurs agisseni sur les parties fluides du corps humain , de telle façoB que celles-ci viennent à frapper souvent les parties lai plus molles, il arrive qu'elles en changent les surfaces {par le Post. 5); d'où il résulte qu'elles-mômds se réfléchissent dans une direction nouvelle ^ et que si plus tard , par leur mouvement alors spontané^ ettes frappent de nouveau les mêmes surfaces , elles se i6* fléchiront de la même manière que lorsqu'elles étaient poussées par les cxxrps extérieurs. £n conséquence, e&es affecteront le corps humain de la même manière qu'aaparavant, tant qu'elles continueront à se mouvoir de ces mêmes mouvements de r^exion; et partant, l'àme humaine {par la Propos, i^, part, â) formera de nouveau des pensées, c'est-à-dire {par la Propos. 17, part^ î) apercevra de nouveau les corps extérieurs comme |hei6sents, et cela autant de fois que les parties fluides d» eorps humain viendront par un mouvement spontané frapper les mêmes surfaces. Ainsi donc , quoique les corps extérieurs par qui le corps humain a été affecU une fois n'existent pas, l'âme humaine les apercevra comme présents autant de fois que se répétera cette action du corps humain que nous venons de déciifi« C. 0. F. D.

Sghol. Nous venons de voir comment il se peut faire que nous apercevions comme présentes, ainsi qu'il a^ rive souvent, des choses qui n'existent pas. Peut-être y a-t-il d'autres causes de ce phénomène ; mais il me suffit ici d'en avoir indiqué une par laquelle j'explique la chose aussi hien que je le ferais par la cause véritaiàe. Je ne crois pas, du reste , m'éloigner de heaucoap

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de cette yraie explication , puisque tous mes postulats ne contiennent guère que des faits établis par Texpélience. Or, il ne peut plus nous être permis de mettre Texpérience en doute^ du moment que nous avons montré que le corps humain existe tel que nous le sentons {voir le CorolL de la Propos. 13, part. 2). Un autre prâit que nous devons maintenant comprendre clairement (par le Coroll. précéd. et par le CorolL 2 de la Propos. 16, part, 2), c'est la différence qui existe entre Ildée de Kerre , par exemple , en tant qu'elle constitue Tessence deTâme de Pierre, et cette idée en tant qu'elle est dans Tâme d'un autre homme, par exemple, de Paul. Celle-là en effet exprime directement l'essence du corps de Pierre lui-même , et n'enveloppe l'existence que pendant la durée de l'existence de Pierre ; mais celle-ci marque bien plutôt la constitution du corps de Paul que la nature de Pierre ; et c'est pourquoi , tant que durera cette constitution corporelle de Paul, l'âme de Paul apercevra Pierre comme lui étant présent , quoique Pierre n'existe pas. Or ces affections du corps humain , dont les idées nous représentent les corps extérieurs comme nous étant présents, nous les appellerons, pour nous servir des mots d'usage, images des choses, bien que la figure des choses n'y soit pas contenue. Et lorsque l'âme aperçoit les corps de cette façon , nous dirons qu'elle imagine. Maintenant , pour indiquer ici par avance en quoi consiste l'erreur, je prie qu'on prenne gardé que les imaginations de l'âme considérées en elles-mêmes ne contiennent rien d'erroné; en d'autres termes, que l'âme n'est point dans l'erreur en tant qu'elle imagine , mais bien en tant qu'elle est privée d'une idée excluant l'existence des choses qu'elle imagine comme présentes. !!ar si l'âme, tandis qu'elle imagine comme présentes des iboses qui n'ont point de réalité , savait que ces choses ('existent réellement pas, elle attribuerait cette puissance tnaginative non point à l'imperfection, mais à la perfecon de sa nature, surtout si cette faculté d'itûQi^iifct 4fe^

pendait de sa seule nature, je veux dire {pcr la Déf. 7, part. 2) si cette faculté était libre.

Paopos. 18. Si le corps humain a été affecté une fois par deux ou plusieurs corps , dès que tâme viendra ensuite û imaginer un de ces corpSj aussitôt elle se souviendra également des autres.

Demonstr. Ce qui fait que Tàme imagine un certain corps, c'est {par le Coroll. précéd.) que le corps humain est affecté et disposé par les traces d'un même corps extérieur comme il Tétait quand quelques-unes de ses parties étaient ébranlées par le corps extérieur lui-même. Or, nous supposons que le corps humain a été disposé de telle sorte que Tâme imaginait à la fois deux corps. Lors donc que cette disposition se reproduira, Tâme imaginera encore deux corps à la fois ; et de cette façon, dès qu'elle imaginera Tun d'entre eux , elle se souviendra à l'instant de l'autre. C. Q. F. D.

ScHOL. Ceci nous fait comprendre clairement en quoi consiste la mémoire. Elle n'est autre chose, en eflfet, qu'un certain enchaînement d'idées qui expriment h nature des choses qui existent hors du corps humain, lequel enchaînement se produit dans l'âme suivant l'or dre et l'enchaînement des affections du corps humain. J( dis^ premièrement , que la mémoire est l'enchainemen de cette sorte d'idées seulement qui enveloppent la na ture des choses qui existent hors du corps humain, e non des idées qui expliquent la nature de ces mêmei choses; car il ne s'agit ici {par la Propos. 16, part. 2 que des idées des affections du corps humain, lesquelle enveloppent la nature de ce corps et des corps extérieurs Je dis, en second lieu, que cet enchaînement se produi suivant l'ordre et l'enchaînement des affections du corp humain , pour le distinguer de cet autre enchaînemen des idées qui se produit suivant l'ordre de l'entende ment, d'une manière identique pour tous les hommes et par lequel nous percevons les choses dans leurs cause premières. Et de là nous pouvons concevoir avec clart

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