DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME
pourquoi Tâme passe instantanément de la pensée d'une certaine chose à celle d'une autre qui n'a aucune ressemblance avec la première : par exemple, un Romain, de la pensée du mot pomum , passe incontinent à celle d'un fruit qui ne ressemble nullement à ce son articulé et n'a avec lui aucune analogie, si ce n'est que le corps de cet homme a été souvent affecté de ces deux choses, le fruit et le son, c'est-à-dire que l'homme dont je parle a souvent entendu le mot pomum pendant qu'il voyait le fruit que ce mot désigne ; et c'est ainsi que chacun va d'une pensée à une autre , suivant que l'habitude a arrangé dans son corps les images des choses. Un soldat,. par exemple, à l'aspect des traces qu'un cheval a laissées sur le sable, ira de la pensée du cheval à celle du cavalier, de celle-ci à la pensée de la guerre, etc. ; tandis qu'un laboureur ira de la pensée du cheval à celles de la charrue, des champs, etc. ; et chacun de nous de la sorte, suivant qu'il a l'habitude de joindre et d'enchaîner de telle façon les images des choses , aura telle ou telle suite de pensées.
Propos. 19. L'âme humaine ne connaît pas le corps humin lui-même^ et ne sait qu'il existe que par les idées des affections qu'il éprouve,
DÉMONSTR. En effet, l'âme humaine, c'est l'idée même ou la connaissance du corps humain {par la Propos, 12, porf. 2), laquelle est en Dieu {par la Propos, 9, part, 2), en tant qu'on le considère comme affecté de l'idée d'une antre chose particulière , ou bien , en tant que le corps liiimain a besoin de plusieurs autres corps dont il est continuellement comme régénéré ; or, l'ordre et la connexion des idées est le même {par la Propos, 7, part. 2) que l'ordre et la connexion des causes. Cette idée sera donc en Dieu en tant qu'on le considère comme affecté les idées de plusieurs choses particulières. Par consé- [nent, si Dieu a l'idée du corps humain, ou autrement, si Dieu connaît le corps humain , c'est en tant qu'il est iffecté de plusieurs autres idées, et non pas en^atiX.^"^^
^4 ÉIUIQDS.
eonstilne'la iiaiure de ràmeinimàine; en â^autres termes (par le Coroll. de la Propos. H, part. 2)/ràme haméine ne connaît pas le corps humain. 'Mais , d'un autre eMé, les idées des affections du corps sont en Dieu , en tant quil constitue la nature de Tàme humaine; ou autrement/ l'âme humaine perçoit ces mêmes affections {par la Propos. 12, part. 2); et en conséquence (por'fo Propos. 46, part. 2 ) elle perçoit le corps humain lifi- , même ; et enfin elle le perçoit {par la Propos. i7, ^ part. 2) comme existant en acte. C'est donc de cette ifaçon seulement que Tâme humaine perçoit le corps humain lui-même. C. Q. F.D.
Propos. 20. Il y a aussi en Dieu une idée ou connaissante de rame humaine qui suit de la nature divine et s'y rapporte de la même façon que Vidée ou connaissance du corps humain,
Demonstr. La pensée est un attribut de Dieu (parla Propos. 1, part. 2) ; et en conséquence (par la PriyHfs.'B, part. 2) il y a nécessairement en Dieu l'idée de la pensée et de toutes ses affections , par suite (en vertu de la Ihopos. ii^ part. 2) l'idée de l'âme humaine. De plus, cette idée ou connaissance de Tàme ne suit pas de la nature de Dieu en tant qu'il est infini, mais en tant qu'il est a^ ' fecté de l'idée d'une autre chose particulière {par la Propos.'^f part. S). Or, l'ordre et la connexion des 'idées est le même que l\)rdre et la connexion des causes {pet la Propos. 7, part, 2). Donc cette idée ou comraissanee de l'âme est en Dieu et se rapporte à Dieu de la mldme manière que l'idée ou connaissance du corps. G. Q. T.l'.
Propos. 21. Cette idée de Pâme est unie à l'âme ée4a même façon que Fâme elle-même est unie au corps.
Si l'âme est unie au corps, c'est, comme nous ravtms montré , parce que le corps est l'objet de l'âme (t»tf les Propos. 12 et 13, part. 2). Par conséquent, en TCrtu de la même raison , l'idée de l'âme doit être unie ntv^ son objet, c'est-à-dire avec l'âme elle-même, Se -la même manière que l'âme est unie avec le corps. C. Q. F. D*
DEUXIÈME PÀETIE. •— DE L'aME. 78
BcmL. Cette propcmitfam se conçoit beanconir plus
clairement encore par ce qui a été dit dans le Scholie
dehPrcjH»; Impart. ^ Là, en effet, nous avons montré
qae Tidée du corps et le corps lui-môme, c'est-à-dire
('jwrr Ih'Ptopoi. 13, part\ 2) l*àme et le corp», ne fcmt
(p'ùn seul et mdme individu conçu tantôt s0us Pattribut
dektpeuB^^ tantôt sons celui de retendue; c'est' p«rm^\
qaoi ridée de Tàme et Pâme elle-même, ce n*est qu'une
seule et^même chose conçue sous un seul et môme at^
iiflout , savoir la pensée. Je dis donc que l'idée dé l-àme
et P&me dlè-même sont en Dieu pair la mêmenécespsité
et résultent de la môme puissmice de pensen L'idée de
Tàme , en effet , c'est-à^ire l'idée d'une idée , n'est
antre chose que la forme de cette idée; en tant qu-oû
la- considère comme mode de la pensée, sans égard à
son ohjet^ car aussitôt* qu'on connidt une chose , on
eomiait'par cela même qu'on la connaît, et en même
temps onrsait qu'on a cette connaissance, et ainsi de
suite à l'infini. Mais nous reviendrons plus tard sur cette
loatière.
Rsoras; 2i. Vàmt-lwmaim m perçoit pas seulement les (tfktionsdu corps, mais aussiles idées de ces actions,
MmonfSfTBé De la même façon que les idées des affectioBf du corps résultent de la nature divine et s'y rap-^ portent, de même en est-il des idées de ces idées elles-» mômesr^ ce qui se démontre comme ou a fait pour la Profos^. S), part. 2. Or, les idées des affections du corps 96 tronvent dans l'âme humaine {par la Propos. i2, part: 2), en d'autres termes {parle CorolL de la Pro* pmAi\ part, 2), dans la nature divine, en tant qu'elle ocmstitue l'essence de Tàme humaine; donc les idées de ces idées devront se trouver en Dieu, en tant qu'il aflldèe on la connaissance de l'âme humaine, c'est-à^ dbe (par là Propos i ^i y, pari. 2) dans l'âme humaine eBe-oéme, qtd , par conséqpent , ne ]>erçoit pas seule* «eut les' fldSéctions du corps, mais aussi les idées de ces aSëctionf . C. Q. F. D«
76 ÊTHIQUl..
Propos. 23. Vame ne se cannait elle-même qu'en tmt quelle perçoit les idées des affections du corps.
DÉMONSTR. L'idée ou connaissance de l'âme résulte de ' la nature de 'Dieu et s'y rapporte {par la Propos. 20, part. 2) de la même façon que l'idée ou connaissance du corps. Or, puisque {par la Propos. 49, part. 2) l'àme humaine ne connaît pas le corps humain lui-même, en d'autres termes {par le Coroll. de la Propos. 44, part, 2), puisque la connaissance du corps humain ne se rapporte pas à Dieu, en tant qu'il constitue la nature de l'âme humaine , il s'ensuit que la connaissance de l'âme ne se rapporte pas non plus à Dieu , en tant qu'il constitue l'essence de l'âme; par conséquent {en vertu de ce mèm Coroll, de la Propos. 44, part. 2), que l'âme humaine, sous ce point de vue, ne se connaît pas elle-même. Maintenant , les idées des affections du corps enveloppent la nature de ce même corps {par le Coroll. de h Propos. 46, part. 2); en d'autres termes (par la Propos. 43, part. 2), elles s'accordent avec la nature de l'âme; par conséquent, la connaissance de ces idées enveloppera nécessairement la connaissance de l'âme; or {par la Propos, précéd.)^ la connaissance de ces idées se trouve dans l'âme. C'est donc sous ce point de vue seulement que l'âme humaine se connaît elle-même. C. Q. F. D.
Propos. 24. L'âme humaine n'enveloppé pas la coMiaissance adéquate des parties qui composent le corps humain.
Les parties qui composent le corps humain ne se rapportent point à son essence, si ce n'est en tant qu'elles se communiquent leurs mouvements suivant un certain rapport {voyez la Déf. après le Coroll. du Z>7wwc3),etnon pas en tant qu'on les considère comme des individus, sans regard au corps humain. Les parties du corps humain , en effet {par le Post. 4), sont des individus trèscomposés, dont les parties (par le LemmeA) peuvent être séparées du corps humain, sans que sa nature et sa forme en soient altérées, et communiquer leurs mou-