PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU
qu'on obtiendrait en la divisant retiendraient ou non la nature de la substance absolument infinie. Dans le premier cas, on aurait plusieurs substances de même nature, ce qui est absurde {par la Propos, 5). Dans le second cas, la substance absolument infinie pourrait, comme on Ta vu plus haut, cesser d'être, ce qui est également absurde {par la Propos, 11 ).
GOROLL, 11 suit de ces principes qu'aucune substance, et conséquemment aucune subétance corporelle, n'est divisible entant que substance.
ScHOL. Que la substance soit indivisible, c'est ce que Ton comprendra 'jilas simplement encfore, par cela seul quela nature de la substance ne peut être connue que comme iiifinie, et qu'une, partie de la substance ne signifie autre cliose qu'une substance finie, ce qui imfJlique évidemment contradiction'(par /a ^Propos. 8).
' Propos. 14. Il ne peut exister et on ne peut concevoir au^ cane autre substance que Dieu,
DÉMONSTR. Dieu est l'être absolument irifini duquel on ne peut exclure aucun êfttribut exprimant l'essence d'une substance (joar 7a Déf,'^)^ et îl existe nécessairemtrtit {par la Propos: tV), Si 'donc *il existait 'Une autre substance que i)ieu, elle devrait se développer par quèlqil'un des attributs de Dieu, et de cette 'façon, il y aurstit deox substances demême attribbt,*ceiqni est absurde {parla Propos. '5). Par conéôguertt, il' ne peut enster aucune antre substance que 'Dieu, eton n*en peut concevoir aucuneatrtre ; car si t)U pouvaitia concevoir, ort1a concevraitnéceseairement comme existante, ce qui est absurde {par la première partie de la présente ^Démonstration), Donc, aucune autre subâtance:'que'Dieu ne peut exister ni se concevoir. C. Q' P. D.
CoROLL. 1. Il^iiit de là très-clâiremcrit : 1° Que Dieu est unique , c'est-à-dire {par la Déf, '6) qu*il n'existe dans la^nature des choses qu'une «eùle substance, et
i. PMbi» i«»voie^iei à Ic^ Propos. iâ.-T^9>rRit»ie.«fi«CvGfrœrer à Ja Piopo».ll qui est évidemment indiquée par Spinoza.
qu'elle est absolument infinie, comme nous Pavons déjà affirmé dans le Scholie de la Proposition 10.
CoROLL. 2. Il s'ensuit : 2® Que la chose étendue et la chose pensante sont des attributs de Dieu, ou {par i VAx, 1) des aflfections des attributs de Dieu.
Propos. 15. Tout ce qui est, est en Dieu, et rien ne peut être, ni être conçu sans Dieu.
DÉMONSTR. Hors de Dieu {par la Propos, 14), il n'existe et on ne peut concevoir aucune substance, c'est-à-dire {par la Déf. 3 ) aucune chose qui existe en soi et se conçoive par soi. Or Jes modes {par la Déf. 5) ne peuvent être, ni être conçus sans la substance, et par conséquent ils ne peuvent être, ni être conçus que dans la seule nature divine. Mais si vous ôtez les substances et les modes, il n'y a plus rien {par VAx, 1). Donc rien ne peut être, ni être conçu sans Dieu. C. Q. F. D.
ScHOL. On se représente souvent Dieu comme formé, à l'image de l'homme, d'un corps et d'un esprit, et sujet, ainsi que l'homme, aux passions. Ce qui précède montre assez, sans doute, combien de telles pensées s'éloignent de la vraie connaissance de Dieu. Mais laissons cette sorte d'erreur; car tous ceux qui ont un peu considéré la nature divine nient que Dieu soit corporel, et ils prouvent fort bien leur sentiment en disant que nous entendons par corps toute quantité qui a longueur, largeur et profondeur, et qui est terminée par une certaine figure, ce qui ne peut se dire de Dieu, l'être absolument infini, sans la dernière absurdité. Mais tout en faisant ce raisonnement, ils y joignent d'autres preuves qui font voir clairement que, dans leur opinion, la substance corporelle ou étendue est entièrement séparée de la nature divine et qu'elle a été créée par Dieu. Par quelle espèce de puissance divine a-t-elle été créée, c'est ce qu'ils ignorent. Et cela prouve bien qu'ils n'entendent pas ce qu'ils disent. Pour moi, j'ai, ce me semble, prouvé assez clairement {voyez le CorolL de la Propos. 6, et le Scholie 2 de la Propos. 8) qu'aucune substance ne peut être produite