PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU
de parties, que de composer le corps de surfaces, les surfaces de lignes et finalement les lignes de points. C'est là ce que doit avouer tout homme qui sait qa'une raison claire est infaillible. Que sera-ce si on se range à l'opinion de ceux gui nient le Ttdé? Supposez, en effet, tjue la substance corporelle se puisse diviser de telle sorte que des parties soient réellement distinguées Tune de l'autre; pourquoi Tune 4'clles ne pourraât-élle -pas être-anéantie, les *autres gardant entre elles le même rapport qu'auparavant? Etpourquoi ces parties devraientelles à^'adapter les unes ^ux autres de façon à empêcher le vide? Certes,*iiuand deux choses sont*réellcment dis- Hnctesl'une deî'autrejTmre-peut exister sans l'autre et persister dans le même état. Puis donc qu'il: n'y a pas de 'vide-dans-hr nàture'^commeion le verra ailleurs) et que toirtesiesparties iioivent co n cour ir "de f arçon -que le vide 'Ti'eiftsteT[>as, îl ^'ensuit que ces-parties ne^euvent pas se îaisttnguer'rééllement,t^est^à-dire que la substance cor- •porélle en* tant*t[ue substance est -indivisible.
Siqu^lqd'un me/demande maintenant pourquoi nous isommes àinsiportés naturellement à diviser la quantité, je répondrai quela-quantité se conçoit îde denx façons, •tt*une façon ^bstrifîte et supcrficiéfle, telle que Tiraagi- ^vation nous 'la 'donne; ou A titre de stkbstance, teUe qne *îe seul cntendementuous'laTïetrf faire coucevuir ' ; Sinoos 'considérons ^ ta quantité comme l'imaginalron nous^a flonne, ce quîe^ le •procédé ie^pius facile et le phisor- 'ffinaâre, -nous Jugerons'qà'élle est finie, "divisible et composée ^e -parties ; *mais isrnous la concevons àl^idede 'I*enteiiâement, si nous laeonsMérons ten tanttque siH> litance, diose^rèsMlifficile à la "vWté, cHeiious apparaîtra alors, tdnsi que^nous Pavons assez -prouvé, eomme !iâfinie, unique '^^ludiviSiBle. *ti^Bst ce "gui sera évident -pour quiconque e^t eapàblede tlîstinguer entre l'ioragi-
d ' ^W éiU» i4Mm»tprùUPftê mp éipmM ^ k m9immW y «eUl^«u6■tafl^o j^tvàd, etc. iubiUmtiaj quod^ ete.
20 ÉTfflQUE.
nation et l'entendement; surtout si Ton veut remarqu^^r en même temps que la matière est partout la même, ^^t qu'il n'y a en elle de distinction de parties qu'en tar:»^ qu'on la conçoit comme affectée de diverses manière^^i d'où il suit qu'il n'existe entre ces parties qu'une di^^ tinction modale et non pas une distinction réelle. Pa^-^ exemple, nous concevons que l'eau, en tant qu'eai» > puisse être divisée, et ses parties séparées les unes dc^^ autres ; mais il n'en est pas de même de l'eau, en tam * que substance corporelle. Car, sous ce point de vue, îln^ peut y avoir en elle aucune division, aucune séparation. Ainsi l'eau, en tant qu'eau, est sujette à la corruption et h la génération; mais en tant que substance, elle n'y est pas sujette.
Les remarques qui précèdent répondent sufiSlsamment, ce me semble, au second argument de nos adversaires, lequel est également fondé sur ce seul principe, que la matière, en tant que substance, est divisible et composée de parties. Et alors même que le contraire ne serait pas prouvé, je ne vois pas qu'on ait le droit de conclure que la matière est indigne de la substance divine, puisque, hors de Dieu {par la Propos. 14), il n'y a aucune autre substance dont la nature divine puisse souffrir raction. Je le répète, toutes choses sont en Dieu, et tout ce qui arrive, arrive par les seules lois de la nature infinie de Dieu, et résulte (comme je vais le faire voir) de la nécessité de son essence. Par conséquent, il n'y a aucune raison de dire que Dieu souffre l'action d'un autre être, ni que la substance étendue soit indigne de sa nature, alors même qu'on supposerait l'étendue divisible; pourvu toutefois qu'on accorde qu'elle est éternelle et infinie. Mais, pour le moment, il est inutile d'insister davantage.
Propos. 16. De la nécessité de la nature divine doivent découler une infinité de choses infiniment modifiées^ cest-à^ dire tout ce qui peut tomber sous une intelligence infinie.
DÉMONSTR. Cette proposition doit être évidente pour quiconque voudra seulement remarquer que de la définition
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d'une chose quelconque, rentendement conclut un cer- ■ ' tain nombre de propriétés qui en découlent nécessairej ment, c'est-à-dire qui résultent de l'essence même de la { chose; et ces propriétés sont d'autant pins nombreuses ' ^Q'une réalité plus grande est exprimée par la définition, ou, ce qui revient an même, est contenue dans l'essence de la chose définie. Or, comme la nature divine {par la '{ ^^f* 6) comprend une infinité absolue d'attributs, dont '! chacun exprime en son genre une essence infinie, il faut " bien que de la nécessité de cette nature il découle une in- ^' finité de choses infiniment modifiées, c'est-à-dire tout ce ^' îui peut tomber sous une intelligence infinie. C. Q. F. D. ^ CoEOLL. i II suit de là que Dieu est la cause efficiente de toutes les choses qui peuvent tomber sons une intelligence infinie.
GoROLL. 2. n en résulte, en second lieu, que Dieu est cause par soi, et non par accident.
COROLL. 3. Et, en troisième lieu, que Dieu est absolument cause première.
Propos. 17. Dieu agit par les seules lois de la nature et sans être contraint par personne.
DéMONSTR. C'est de la seule nécessité de la nature divine, ou, en d'antres termes, des seules lois de cette même nature, qiie résultent une infinité absolue des choses, comme nous l'avons montré dans la Propos. 16 ; et il a été établi en outre, dans la Propos. 15, que rien n'existe et ne peut être conçu sans Dieu^ mais que tout est en Dieu; par conséquent, il ne peut rien y avoir hors de Dieu qui le détermine à agir on qui l'y contraigne, d'où il suit qu'il agit par les seules lois de sa nature et sans être contraint par personne. G. Q. F. D.
GoROLL. 1. Il suit dé là, premièrement, qu'il n'y a en Dieu, ou hors de Dieu, aucune autre cause qui l'excite à agir que la perfection de sa propre nature.
GoROLL. 2. En second lieu, que Dieu seul est une cause libre; Dieu seul en effet existe par la seule nécessité de sa nature (en vertu de la Propos, 11 et le Coroll d^ la
Propos, 14), et agit par cette seule nécessité (en vertu d^ la Propos, précéd,). Seul par conséquent, il est une cau^ ^ libre.
SCHOL. D'autres pensent que ce qui donne à Dieu 1^ caractère de cause libre, c'est qu'il peut faire, à les eci-^ croire, que les choses qui découlent de sa nature, c'est-/ à-dire qui sont en «on pouvoir, n'arrivent pas ou.bienne soient pas produitesparlui; mais cela revient à dire que Dieu'peut faire que de latnature du triangle il ne résulte -pas queees trois angles<égalent deux droits, ou.qued.'une cause' donnée il ne. s 'ensuive aucun effet, ce qui e8t:absurde. Bien plus, je ferai voir tout à l'heure, et sans^le secours de la Proposition qui vient id^ôtre démontrée, •que ni l'intelligence ni: la -volonté n'appartiennent, à >la nature de Dieu.
Je «ais^que plusieurs philosophes t^roient pouvoir démontrer que lïntelligence suprême et la Ubre volonté appartiennent à la nature de Dieu; ear, âisentril$«, ^nous ne connaissons rien de plus parfait qu'on puisse attcihu^rfè ^Dieu que cela même qui est en nous la plus Iiauteipetfection : or ces mêmes philosophes, quoiqu'ils conçoivent bi souveraine intelligence de Dieu comme existant en^acte^ ne croient pourtant pas^ que Diauipuisse faire exidtor.tout r ce qui est conteauenaote. dans son intelligence. Autre- «ment ils cvôireâentavdiriiiétcui t. .la puissance .de Dieu. .Si Dieu avait)Ciféé,i disent-ils, tout ce qui est crn son inteUirgence, il<ne'lui:ser£|it>pltts ùenrestétà créer, conséquence >qni leur pavaltcoiiCtraireià Tomnipotence. divine; et c'.est 'pourquoi ils .o^itmieux aimé faire Dieu indifférent à toutes '<èhoseset>ne créant rien de plus que ce qu'il a résolu 4e créer par je ne sais quelle volonté absolue. Pour moi, ,îe ^x»rois^arvoîr^ssez olaireme(nt «montré {voyez la PrQp(të.A&) *Hjue de lasottvermneipttissan6etdafiieu,.ou de sa natute infinie, une infinité.de eboçesiofinimentimodiliées, c!eât- 'à'^dire ^toutes chosestont>découlé\aiéce»sairemont. ou ^découlent sans cesse avec une égaler nécessité, de la même façon que de la nature du triangle.il résulte de toute étcr-