‹ Œuvres, trChapitre 8 sur 159 · PREMIÈRE PATITIB. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PATITIB. — DE DIEU

^^ nitôçue ses trois angles égalent deux droits; d'où il suit ^^ îoelatoiitc-puissance de Dieu «a été étemellftmenten acte fit y persistera éternellement; et de cette façon, elle est ^ ^^ établie, à mon. avis du moins, dans une perfection bien f ® snpérieiire. Il y a plus, et il semble que mes adversaires ^ fîa'on me permette dei m'expliquer ici ouvertement) ^ nientla tonte-^puissance de Dieu. Ils sont obligés, en effet, 5^ d avooer que Dieu conçoit une infînité de créatures possibles, que jamais cep^dant il ne pourra créer; car autrement, s'il créait'tout ce qu'il conçoit, il épuiserait, suivant eux, sa toute-pitissance et se rendrait lui-même imparfait. Les voilà donc réduits, pour conserver à Dieu sa perfection, de soutenir qu'il ne peut faire tout ce qui est compris en sa puissance, chose plus absurde et plus contraire à la toute-puissance de Dieu que tout ce qu'on vaudra imaginer.

Pour dire ici un mot de Ilntelligence et de la volonté que nous attribuons communément à Dieu, je soutiens que, si l'intelligence et la volonté appartiennent à l'essence éternelle de Dieu, il faut alors entendre par chacun de «es attributs tout autre chose que ce que les hommes entendent d'ordinaire, car l'intelligence et la volonté qui, . dans cette hypothèse, constitueraient l'essence de Dieu, devraient diflérer de tout point de notre intelligence et de notre volonté, et ne pourraient leur ressembler que d'une façon toute nominale, absolument comme se ressemblent entre eux le chien, signe céleste, et le chien, animal aboyant. C'est ce que je démontre ainsi qu'il suit. S'il y a en Dieu une intelligence, elle ne peut avoir le même rapport que la nôtre avec les objets qu'elle embrasse. Notre intelligence, en effet, est par sa nature d'un ordre postérieur à ses objets (c'est le sentiment commun), ou du moins d'un ordre égal, tandis qu'au contraire Dieu est antérieur à toutes choses par sa causalité {voir le CorolL 1 de la Propos, 16), et la vérité, l'essence formelle des choses, n'est ce qu'elle est que paHrce qu'elle existe objectivement dans ViivVviWv^^Ykûft <i<i.

Dieu. Par conséquent, rintelligence de Dieu, en tant qu'elle est conçue comme constituant l'essence de Dieu, est véritablement la cause des choses , tant de leur essence que de leur existence; et c'est ce que semblent avoir aperçu ceux qui ont soutenu que l'intelligence, la volonté et la puissance de Dieu ne sont qu'une seule et même chose. Ainsi donc, puisque l'intelligence de Dieu est la cause unique des choses (comme nous l'avons montré), tant de leur essence que de leur existence, elle doit nécessairement dififérer de ces choses, sous le rapport de l'essence aussi bien que sous le rapport de l'existence. La chose causée, en effet, diffère de sa cause précisément en ce qu'elle en reçoit ; par exemple, un homme est cause de l'existence d'un autre homme, non de son essence. Cette essence, en effet, est une vérité éternelle, et c'est pourquoi ces deux hommes peuvent se ressembler sous le rapport de l'essence ; mais ils doivent différer sous le rapport de l'existence , et de là vient que, si l'existence de l'un d'eux est détruite, celle de l'autre ne cessera pas nécessairement. Mais si l'essence de l'un d'eux pouvait être détruite et devenir fausse, l'essence de l'autre périrait en même temps. En conséquence, une chose qui est la cause d'un certain effet, et tout à la fois de son existence et de son essence, doit différer de cet effet tant sous le rapport de l'essence que sous le rapport de l'existence. Or l'intelligence de Dieu est la cause de l'existence et de l'essence de la nôtre. Donc, l'intelligence de Dieu^ en tant qu'elle est conçue comme constituant l'essence divine, diffère de notre intelligence tant sous le rapport de l'essence que sous le rapport de l'existence, et ne lui ressemble que d'une façon toute nominale, comme il s'agissait de le démontrer. Or chacun voit aisément qu'on ferait la même démonstration pour la volonté de Dieu.

Propos. 18. Dieu est la cause immanente, et non translative, de toutes choses,

DÉMONSTR.Tout ce qui est, est en Dieu et doit être conçu

Page 1