I . Ovide ; Métamorphoses , livre Vil, vers 20 et soiT
QTJÂTBiillE PABTIE. — DE L'eSGLÂYâGE. 183
qn'on Ini youlait donner. Admettez maintenant que cette personne ait devant les yeux un ouvrage tel qu'elle n'en n jamais vu de semblable et qu'elle ne connaisse pas llntention de l'ouvrier; elle ne pourra dire si cet ouvrage etf achevé ou inachevé, parfait ou imparfait. Voilà ^lie a été, à ce qu'il semble, la première signification de ces mots. Mais quand les hommes ont commencé à se former des idées universelles, à concevoir des types diyen de maisons, d'édifices, de tours, etc.^ et à mettre certains types au-dessus des autres, il est arrivé que ohacon a donné à un ouvrage le nom de parfait, quand 3 lui a paru conforme à l'idée universelle qu'il s'était formée, et celui d'imparfait, au contraire, quand il ne U a pas paru complètement conforme à l'exemplaire 911'il avait conçu ; et cela, bien que cet ouvrage fut aux feu de l'auteur parfaitement accompli. Telle est, à n'en sas douter, la raison qui explique pourquoi l'on donne communément le nom de parfaites ou d'imparfaites aux choses de la nature^ lesquelles ne sont pourtant pas l'ouvre de la main des hommes. Car les hommes ont coubtioade se former des idées universelles tant des choses de la nature gué de celles de l'art, et ces idées deviençu^ppm? eux comme les modèles des choses. Or, comme U sont persuadés d'ailleurs que la nature ne fait rien pie pour une certaine fin, ils s'imaginent qu'elle conepii4e ces modèles et les imite dans ses ouvrages. C'est leiirqiioi, qiiiand ils voient un ôtre se former dans la naiWi qui ne cadre pas avec l'exemplaire idéal quHls ont 0BCa4'an être semblable^ ils croient que la nature a été m Hfmiij qu'elle a manqué son ouvrage, qu'elle l'a lîiié imparfait. Nous voyons donc que l'habitude oïl sont \B hommes de donner aux choses le nom de parfaites 1^ d'imparfaites est fondée sur un préjugé plutôt que ir «ne vrme connaissance de la nature. Nous avons moné, en effet, dans l'Appendice de la première partie, que mature n'agit jamais pour une fin. Cet être éternel et ifini goe nous Dommons Dieu ou nature a^l coiûxcift» '^
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existe, avec une égale nécessité. La nécessité qui le fait être est la même qui le fait agir {Propos. i6,part. 1). La raison donc ou la cause par laquelle il agit, et par laquelle il existe, est donc une seule et môme raison, un& seule et même cause. Or, comme il n'existe pas à cause d'une certaine fin, ce n'est pas non plus pour une Six qu'il agit. Il est lui-même le principe de l'action comme il est celui de l'existence, et n'a rien à voir avec aucuae fin. Cette espèce de cause, qu'on appelle finale, n'est rien autre chose que l'appétit humain^ en tant qu'on le considère comme le principe ou la cause principale d'une certaine chose. Par exemple, quand nous disons que la cause finale d'une maison c'est de se loger, nous n'entendons rien de plus par là sinon que l'honune, s'étanf représenté les avantages de la vie domestique, a eu le désir de bâtir une maison. Ainsi donc cette cause finale n'est rien de plus que le désir particulier qu'on vient de dire, lequel est vraiment la cause efficiente de la maison; et cette cause est pour les hommes la cause première, parce qu'ils sont dans une ignorance commune des causes de leurs appétits. Us ont bien conscience, en effet, comme je l'ai souvent répété, de leurs actions et de leurs désirs , mais ils ne connaissent pas les causes qui les déterminent à désirer telle ou telle chose. Quant à cette pensée du vulgaire, que la nature est quelquefois en défaut, qu'elle manque son ouvrage et produit des choses imparfaites, je la mets au nombre de ces chimères dont j'ai traité dans TAppendice de la première partie. Ainsi donc la perfection et l'imperfection ne sont véritablement que des façons de penser, des notions que nous sommes accoutumés à nous faire en comparant les uns aux autres les individus d'une même espèce ou d'un même genre, et c'est pour cela que j'ai dit plus haut {Déf. 6, part. 2) que réalité et perfection étaient pour moi la même chose. Nous sommes habitués en effet à rapporter tous les individus de la nature à un seul genrOj auquel on donne le nom de généralissime,