OUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
savoir, la notion de Têtre qui embrasse d'une manière absolue tous les individus de la nature. Quand don(^. nous rapportons les individus de la nature à ce genre unique, et qu'en les comparant les uns aux autres nous reconnaissons que ceux-ci ont plus d'entité ou de réalité que ceux-là, nous disons qu'ils ont plus de perfection; et quand nous attribuons à certains individus quelque chose qui implique une négation, comme une limite, un terme, une certaine impuissance, etc., nous les appelons imparfaits , par cette seule raison qu'ils n'affectent pas notre âme de la même manière que ceux que nous nommons parfaits; et ce n*est point à dire pour cela qu'il leur manque quelque chose qui soit compris dans leur nature, ou que la nature ait manqué son ouvrage. Rien en efifet ne convient à la nature d'une chose que ce qui résulte nécessairement de la nature de sa cause efhciente, et tout ce qui résulte nécessairement de la nature d'une cause efficiente se produit nécessairement.
Le bien et le mal ne marquent non plus rien de positif dans les choses considérées en elles-mêmes, et ne sont Autre chose que des façons de penser, ou des notions que nous formons par la comparaison des choses. Une seule et même chose en effet peut en même temps être bonne on mauvaise ou même indifférente. La musique, par exemple, est bonne pour un mélancolique qui se lamente 8nr ses maux; pour un sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise. Mais, bien qu'il en soit ainsi, ces mots de bien et de mal, nous devons les conserver. Désirant en effet BOUS former de l'homme une idée qui soit comme un modèle que nous puissions contempler, nous conserverons à ces mots le sens que nous venons de dire. J'entendrai donc par bien, dans la suite de ce traité, tout ce qui est pour nous un moyen certain d'approcher de plus en plus dn modèle que nous nous formons de la nature humaine; par mal, au contraire, ce qui nous empêche de l'atteindre. Et nous dirons que les hommes sont plus ou moins parfaits, plus ou moins impaildiU^ ^\^\^^£&.
i86 £thïqu£.
qu'ils se rapprochent ou s'éloignent plus ou moins de ce même modèle. Il est important de remarquer ici que quand je dis qu'une chose passe d'une moindre perfection à une perfection plus grande, on réciproquement, je n'entends pas qu'elle passe d'une certaine essence, d'une certaine forme, à une autre (supposez, en effets qu'un cheval devienne un homme ou un insecte : dans les deux cas, il est également détruit) ; j'entends par Uà que nous concevons la puissance d'agir de cette obose^ entant qu'elle est comprise dans sa nature, comme aug^^mentée on diminuée. Ainsi donc, en général, j'entendrai par perfection d'une chose sa réalité ; en d'autres ternes » son essence en tant que cette chose existe et agit d'uae manière déterminée. Car on ne peut pas dire d'ua^ chose qu'elle soit plus parfaite qu'une autre parce qu'elle persévère pendant plus longtemps dans l'existence. L«a durée des choses, en effet, ne peut se déterminer d'içr&tf' leur essence ; l'essence des choses n'enveloppe aucfOKe durée fixe et déterminée; mais chaque chose, qu'dle soit plus parfaite ou qu'elle le soit moins, tend & persévéra* dans Têtre avec la même force par laquelle elle a coa^^ mencé d'exister; de façon que sous ce point de vuetottt^» choses sont égales.
DÉFINITIONS
I. J'entendrai par bien ce que nous savons certlriit^ ment nous être utile.
n. Par mal, j'entendrai ce que nous savons certains-' ment faire obstacle à ce que nous possédions un certain' bien.
Sur ces deux points ^ voyez la fin de la préface qui précède» in. J'appelle les choses çat\i(i\x\v^tfts contingenfes, edT
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tftnt que nons ne trouvons rien en elles, à ne considérer que leur essence, qui pose nécessairement leur existence on qui nécessairement l'exclue.
IV. Ces mêmes choses particulières, je les appelle /kwtlMes, en tant que nous ignorons, à ne regarder que les causes qui les doivent pro^^uire, $i ces causes sont déternrfnées â !es produire.
Dans le SchoL 1 de la Propos. 33, port, i,je n'ai fait aucune différence entre le possible et le contingent, parce qu'il n'était pas nécessaire en cet endroit de les distinguer soigneufement.
V. J'entendrai, dans ce qiii va suivre, par passions contraires, celles qui poussent ITiomme en divers sens, îuoiqu'elles soient du même genre; par exemple, la P " < NBgrfté et l'arrariae, qai sont deux espèces d'amour, ^tMï (fiffèrent point par leur nature, mais seulement par
VL Vêi eiiillqné, dans les Scholies 1 et 2 de la Propos. 18, part. 3, Mixqaels j« renvoie, ce que j'entcu* ^ais par une -passion pour une chose future, présente ^ti passée.
Mais il convient de remarquer, en outre, que nous sommes aussi incapables de nous représenter distincte- *^ont. les distances de temps que celles de lieu, passé une ^rtaine limite: en d^aatres ternes, de même que des ^l>jets éloignés de nous de plus de deux cents pieds, ^*est-à-dire dont la distance, par rapport au lieu où nous ^^mmes, excède celle que nous nous représentons ^tinctement, nous semblent également éloignée, de fiiçon que nous les imaginons d'ordinaire comme situés ^ la même place, ainsi, quand nous venons à nous Représenter des objets dont Texistence dans le temps t^t séparée du moment présent par un intervalle plus hmg que ceux que nous sommes haintués à imaginer, h&fas nous représentons tous ces objets comme égale- Hâtent éloignés du présent et nous les rapportons en quei-^ ^inee sorte à an seul momeai du temps .
188 fTHIQUE.
Vn. La fin pour laquelle nous faisons une action, c'est pour moi Tappétit.
Vm. Vertu et puissance, à mes yeux, c'est tout un^ en d'autres termes {par la Propos, 7, part. 3), la vertu ^ c'est Tessence même ou la nature de Thomme, en taalfc qull a la puissance de faire certaines choses qui se peuvent concevoir par les seules lois de sa nature eUe^ même.
AXIOME
Il n'existe dans la nature aucune chose particulière qui n'ait aii-dessus d'elle une autre chose plus puissante et plus forte. De sorte que, une chose particulière étant donnée, une autre plus puissante est également donnée, laquelle peut détruire la première.
PROPOSITIONS
Propos. 1. Bien de ce qu'une idée fausse contient de postf^i n*est détruit par la présence du vrai^ en tant que vrai.
DÉMONSTR. L'erreur consiste dans la seule privation S^ ^ connaissance qu'enveloppent les idées inadéquates (pa^^ la Propos. 35, part. 2 ) , et il n'y a rien de positif dans c^ ^ idées qui les fasse appeler fausses {par la Propos. 3^> part. 2). Tout au contraire, en tant qu'elles se rapportei»'^ à Dieu, elles sont vraies {par la Propos. 32, part. 2). &^ donc ce qu'une idée fausse a de positif était détruit pa^ la présence du vrai, en laal qvi^ Nï^i^ il faudrait don^^
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qu'une idée vraie se détruisît elle-même, ce qui est absurde {par la Propos. 4, part, 3). Donc, rien de ce qu'une idée fausse, etc., C. Q. F. D.
ScHOL. Cette proposition se conçoit plus clairement encore par le Coroll. 2 de la Propos. 16, part. 2. Car une ,f image, c'est une idée qui marque la constitution présente du corps humain bien plus que la nature des corps extérieurs ; et cela, non pas d'une manière distincte, mais avec confusion. Voilà l'origine de l'erreur. Lorsque, par exemple, nous regardons le soleil, notre imagination nous dit qu'il est éloigné de nous de deux cents pieds environ; et cette erreur persiste en. nous tant que nous ignorons la véritable distance de la terre au soleil. Cette distance connue détruit l'erreur, mais elle ne détruit pas l'image que se forment nos sens, c'est-à-dire cette idée iu soleil qui n'en exprime la nature que relativement à l'affection de notre corps; de telle sorte que tout en connaissant fort bien la vraie distance qui nous sépare ^u soleil, nous continuons à l'imaginer près de nous. Ce '^'est pas , en effet , ainsi que nous l'avons dit dans le Schol. de la Propos. 35, part. 2, parce que nous igno- ''ous la vraie distance où nous sommes du soleil, que ^Otis l'imaginons près de nous; c'est parce que l'àme ^e conçoit la grandeur du soleil qu'en tant que le corps ^U est affecté. Ainsi, quand les rayons du soleil, tombant ^Ur la surface de Teau, se réfléchissent vers nos yeux, ^ous nous représentons le soleil comme s'il était dans * eau, bien que lious sachions le lieu véritable qu'il occupe. Et de même, toutes les autres images qui trompent ï^otre âme, soit qu'elles marquent la constitution natu- ^lle de notre corps, soit qu'elles indiquent l'augmentatîon ou la diminution de sa puissance d'agir, ne sont jamais contraires à la vérité, et ne s'évanouissent pas à aa présence. Du reste , s'il arrive , quand nous sommes aous l'empire d'une fausse crainte , que des nouvelles Vraies que nous recevons la fassent évanouir, il arrive aussi , quand nous redoutons un mal qui doit certaine-
ment arriver, que de fausses nouvelles dissipent nos appréhensions. Et, par conséquent, ce n'est pas la présence du vrai, en tant que vrai, qui détruit les impressions de rimagination ; ce sont des impressions plus fortes, qui, de leur nature, excluent l'existence des choses que l'imagination nous représentait, comme noua l'avons montré dans la Propos. 17, part. 2.
Propos. 2. Nous pâtissons en tant seulement que notus sommes une partie de la nature, laquelle partie ne se petit concevoir indépendanjenent des autres,
DÉMONSTR. On dit que nous pâtissons , quand il survient en nous quelque chose dont nous ne sommes la cause que partiellement {par la Déf, 2, part. 3), en d'aii^ très termes {par la Déf, impart. 3 ), quelque chose qixî ne se peut déduire des seules lois de notre nature. Noas pâtissons donc en tant que nous sommes une partie ^eld nature , laquelle ne peut se concevoir indépeudammejat des autres.
Propos. 3. La force , par laquelle V homme persévère dans t existence^ est limitée, et la puissance des causes extérieures la surpasse infiniment.
Demonstr. Gela résulte évidemment de l'axiome qui précède. Car l'homme étant donné , quelque chose de plus puissant est aussi donné; appelons-le A: A lui-même étant donné» quelque chose de plus puissant, B, est aussi donné, et de même à l'infini; conséquemment , la puissance de l'homme est limitée par la puissance d'une autre chose , et elle est infiniment surpassée par la puiafiance des causes extérieures. C. Q. F. D.
Propos. 4. // est impossible que l'homme ne soit pas um partie de la nature, et qu'il ne puisse souffrir d'autres chœnf g^ments que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il est la cause adéquate,
DÉMONSTR. La puissance par laquelle les choses particulières , et parlant l'homme , conservent leur être , c'est la puissance même de Dieu ou de la nature {par le CorolL de la Propos. 24, part, 2), non paaetv ta\it<\\i'infinie, mais