‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 1 sur 448 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

.4u roi Philippe II.

Jésus.— 1. La grâce de l'Esprit-Saint soil toujours avec Voire Majesté. Amen. Je ne Joule pas que Votre Majesté ne soit bien persuadée de £■mon exnclitude à la recommander habituellement à Dieu dans mes pauvres prières. Quoique ce soit bien peu de chose, à cause que je suis si misérable, c'est, d'un autre côté, quelque chose que je fasse prier les >M< religieuses déchaussées des monastères de notre ordre , qui servent si $►« bien Noire-Seigneur. Celles de la maison d'Avila, où je me trouve en (m! ce moment, prient également pour Voire Majesté, pour la reine et pour * J* le prince royal, a qui Dieu veuille donner une longue vie. Le jour ou J4< Son Altesse Royale a été proclamée solennellement héritière du trône, nous avons fait des prières particulières. Nous ferons toujours de *°|| même. Ainsi donc, plus notre ordre s'étendra, plus Vos Majestés y ga- Cpï ** gneront. ^i

2. Je prends donc la liberté de supplier Votre Majesté de nous favoriser en certaines choses que lui fera connaître le licencié Jean de Padille, à qui je m'en rapporte. Votre Majesté peut l'en croire. Son zèle éprouvé lui a mérité ma confiance pour celte négociation. L'affaire ne ^ saurait être divulguée sans préjudice pour le bien qu'on se propose, *<^ qui est l'honneur et la gloire de Noire-Seigneur. Que sa divine majesté rous conserve aussi longlemps que la chrétienté aura besoin de vous. E2 Au milieu des persécutions et des travaux où se trouve la religion, j£§ j|j*j c'est pour l'Eglise un grand soulagement que Dieu lui ménage un aussi ^^ grand défenseur et un appui aussi puissant que Voire Majesté. De la maison de l'Incarnation d'Avila, le 11 Juin 1573. »=^ L'indigne servante et sujette de Votre Majesté

>M< Thérèse de Jésus, carmélite.

>3°=*s NOTES.

£x«< N. 1. On aime avoir la Sainte faire prévaloir auprès du roi les prières de ses sœurs

g f; sur les siennes. Elle est si misérable, que ses prières n'ont aucun prix; mais relies Kja de ses sœurs, bonnes servantes de Dieu, ne sont pas inutiles. Or, c'est elle qui les )£# fait prier pour le roi et pour la famille royale. Celte pieuse attention esl mise en »<^ avant par la Sainte comme un doux moyen d'insinuation. Après s'èlre ainsi ménagée la confiance du monarque, elle le dispose à s'en rapporter au licencié P.idille, JJLm son confident, qu'elle lui envoie pour nue communication secrète : la nature de cette >***< affaire, qui es! pour la gloire de Ùieu, nous reste inconnue.

A la lin du nombre 1, la Sainte dit au roi que plus on priera pour lui, plus i) y

s. th. m. 1

G LKTTaB II.

gagnera. Lorsqu'on prie pour nous, c'èsi donc pi nr nbiis un avantage. A la fin <.lu nombres, elle dit que, pour l'Eglise affligée ei persécutée, un bon prince est nn don de l'ieu. Mai- les prières peur le prince contribuent à le rendre bon. C'est donc à la prière une Dieu accorde i e don, connue les autres.

On raconte de Philippe 11 l'anecdote suivante : il assistait à Valladolid à un auto-da-fé ; l'un des condamnés s'avança, en louant à la main une épée, ei dit au prince Castillan : Sire . comment me laissez-vous brûler, étant un homme lel que je .suis? Le roi lui répondit : Je porterais moi-même le bois pour faire brûler mon propre fils, s'il était «h. si méchant que vous Filet.

On rapporte aussi «| tic se ffôffvânl à Valence, il assista à une messe solennelle, et que comme on venait lui donner la paix, il dit au ministre : Allez, donnez-la à l'archevêque le premier.

I.o premier de ces deux traits ne vaut pas assurément le second; ils témoignent néanmoins, l'un ei l'autre, de son respect el de son zèle pour la religion; mais on remarque que ce zèle n'était pas aussi éclairé qu'il était grand. En ci' leinps-là, les Meilleurs mis ne voyaient pas encore que Dieu ne veut pas la mort de ses ennemis, muis leur conversion; el le gentilhomme condamné au feu était un hérétique. Ainsi son aveugle entêtement le damna, et le fanatisme le lit brûler. Les feux de l'Inquisition sont éteints aujourd'hui, tuais l'obstination de l'hérésie dure toujours.

A monseigneur l'L'minentissime Cardinal, Archevêque de Tolède, don

Gaspard de Quiroga.

Jésus. — 1. La grâce de l'Espril-Sainl soit toujours avec voire illustrissime seigneurie. Les deux lettres que j'ai reçues de Votre Etninence, ont été pour moi une grande faveur et une douce consolation. Jt baise les mains à votre illustrissime seigneurie et je les lui baise bien des fois. Ce que vous me demandez est déjà fait. J'ai donné l'habit à noire très-chère sœur Hélène de Jésus, qui vous le marque elle-même, da«s sa lettre ci-jointe. J'espère en Noire-Seigneur que celle prise ù'habit sera pour .-a plus grande gloire, pour le bien du saint ordre de sa divine Mère, et que voire nièce en sera plus utile à voire illustrissime seigneurie, puisque plus elle croîtra en sainteté, plus ses prières seront agréables à Dieu.

2. Je remercie beaucoup sa divine majesté de la bonne santé dont j'apprends que vous jouissez. Puissiez-vous en jouir de longues années; c'esl le voeu de toutes lés servantes de votre illustrissime seigneurie , qui sonl dans celle maison. J'ai la confiance que cette grâce nous sera accordée en leur considération, parce que je sais qu'elles sont de saintes âmes; pour moi, je n'y puis presque rien, car je suis si peu de chose. Cependant je ne perds pas le souvenir de Votre Eminence, el je me la rappelle particulièrement chaque jour, lorsque je suis en présence de Dieu.

C'est notre père provincial qui est allé donner l'habit a notre nouvelle sœur et, depuis, il m'a écrit pour m'esprimer la grande satisfaction qu'il en avait éprouvée.

Avila, de la maison de Sainl-Joseph, le 30 octobre 1581.

NOTES

Hélène de Quiroga , postulante depuis douze ans , n avait pu se faire admettre , parce que son oncle, rarclrçyâa.uftjifi ïoJèils s'opposait à son entrée en reliaion.

sa

sa |

pi

Yt-^

Or*

*<* TiW «■«

Enfin il y conseniit, el il écrivit par deux l'ois à ce sujet à sainte Thérèse, qui lui répondit la lettre qu'on vient de lire.

La trente-troisième de ce tome , adressée au pète Gracian, est sur le même sujet.

A la lin du nombre 1, même doctrine qu'à la fin du N. 1 de la première lettre. Puis, elle est encore si peu de chose! Il faudra bien nous familiariser avec celte humilité. Que dis-je'.' niais il nous serait bien plus utile de l'acquérir

A madame la très-excellente el très-illustre duchesse d'Albe

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit toujours avec Votre Excellence. Amen. J'ai appris ici une nouvelle qui m'a causé une grande joie; c'est la conclusion du mariage de don Fadrique avec dona Marie de Tolède. La pensée que Voire Excellence doit en éprouver un grand contentement me soulage de toutes mes peines : cependant je ne tiens pas cet arrangement de personnes qui m'en donnent l'entière assurance, mais seulement une forte présomption. Je supplie Votre Excellence d'avoir la bonté de me faire connaître au juste ce qui en est, ■fin que je puisse m'abandonnera une joie complète. Plaise à Notre- Seigneur que ce soit pour son plus grand honneur el pour sa plus grande gloire ! j'espère qu'après l'avoir prié si longtemps, il en sera ainsi.

2. On me dit aussi que Son Excellence M. le duc nous fail à tous une grande faveur. Je dis à Votre Excellence qu'elle est si grande que.... si Son Excellence nous procure cet avantage, c'est comme si elle nous délivrait de la captivité de l'Egypte. On m'a rapporté que Son Excellence avait commis la décision de celle affaire au P. Fr. Pierre Fernandez. Ce choix est le meilleur possible, parce que ce père connaît les chaussés et les déchaussés. En vérité , c'est un coup de la Providence. Je prie Dieu de conserver Son Excellence pour le soulagement des pauvres et des affligés. Je lui présente mes très-humbles hommages, et je le remercie de la faveur insigne qu'il nous accorde. Vous, Madame, je vous supplie de me faire la grâce d'appuyer de tout votre crédit le dessein d'envoyer à la cour le P. Fr. Pierre Fernandez, afin qu'il presse celle affaire. Ne perdez pas de vue qu'elle intéresse la sainte Vierge, Notre-Dame, qui a besoin d'élre défendue par des personnes puissantes dans cette guerre que le démon fait à son ordre. Combien de personnes qui ne voudraient pas y entrer, si dispensaient devoir être toujours assujetties à ceux à qui on l'est aujourd'hui ? Je ne puis assez vous dire combien nous sommes heureuses, depuis que nous sommes gouvernées par nos Pères. J'espère donc de Notre-Seigneur que cette affaire aura un bon succès. Que la divine Marie nous conserve bien des années Votre Excellence, avec la sainlelé que je ne cesse de lui demander pour elle. Amen. A Saint-Joseph d'Avila, 2 décembre 1577.

La servante de Votre Excellence,

«3£3£GffîCffî&gJ

rassa

NOTES

L'année do la date est douteuse; on hésite entre 77 et 78. Esl-ce un grand malheur T

J'ai l'honneur de vous prévenir, leclenr, une fois pour toutes, que la bienheureuse Maintenon Castillane traite habituellement dans ses lettres de ses vues el de ses moyens de réforme, des obstacles qu'elle rencontre, dos oppositions qu'on lui fait, des services, du dévouement de ses nombreux amis cl de ses protecteurs puissants; des calomnies et des persécutions de ses ennemis, qui, parfois, la font trembler; de l'étal de ses maisons , des progrès de ses filles dans les voies de la sainteté et de la perfection . de l'extension de son ordre . de l'acquisition de nou- \ elles maisons, de lions el de mauvais choix do religieuses, etc. Or.il y a deux cent cinquante ans que toutes ces choses sont des faits accomplis, cl, quoiqu'elles aienl ici pour historien celle qui y a eu la principale part, le détail en est rarement complet; ce sont ordinairement des récils tronqués, ou parce que les destinataires de ses lettres ou ses correspondants devaient l'entendre à demi-mot, ou parce qu'elle no leur communiquait qu'un coté des affaires el qu'elle dérobait à leur connaissance ce qu'il eùi élé inutile ou dangereux qu'ils connussent. De là. des obscurités que je n'éclaircirai pas toujours. Au lait, la seule lecture du teste vous donnel-elle l'intelligence des matières traitées dans ces lettres? vous n'avez, pas besoin des noies, je ne les ai pas faites pour vous. Mais combien êlcs-vons de lecteurs doués do celle perspicacité? Fussiez-vous une douzaine, j'ai dû faire les notes pour les autres el les leur faire lire avec plaisir et utilité pour l'intelligence des choses el de la doctrine céleste de la Sainte. Ai-je léussi ï

Dans le N. 1 de la lettre précédente, la Sainte félicite la duchesse d'Albe du mariage de son fils don Fadrique avec dona Marie de Tolède, donl le père était viceroi de Sicile. En épousant sa cousine germaine , car il y avait consanguinité entre ces deux maisons, ce jeune seigneur fait un parti aussi riche que brillant, et la Sainte espère que celte union sera pour la gloire île Dieu. Kl le envisage la chose sous le rapport de la vie présente et de la vie à venir, el elle en augure bien.

Au N. i. se trouve une lacune; il manque dans l'original deux lignes d'écriture. Touché des injustes persécutions que les cannes mitigés, ou chaussés faisaient éprouver aux déchaussés, le duc d'Albe avait pris à cœur d'obtenir une séparation de provinces, el c'esl dans cette vue qu'il venait demander à la cour, où il se trouvait, Irère Pierre Fet nandez, comme l'homme le plus propre à le seconder dans celle entreprise. Sainte Thérèse l'a appris; elle le marque à la duchesse , auprès de qui elle relève ce service, en la priant d'assurer par son crédit le succès de celle importante démarche, dout dépend la tranquillité de l'ordre de lu sainte Vierge, où l'on n'a commencé a respirer que depuis que les déchaussées ont été gouvernées par leurs pères. Sans cette mesure, on ne trouverait pa* à l'avenir de nouveaux sujets. La Sainte prie. Dieu pour le duc, sou protecteur, et pour la duchesse.

A madame l'illustrissime dona Louise de la Cerda, seigneuresse de

Malagon.

Jésus. — 1. L'Esprit-Sainl soil avec vous, Madame. Je voudrais bien vous écrire longuement ; c'est dans l'espoir d'en avoir le temps que j'ai remis de le faire à mon dernier jour; car je pars demain , qui sera le 19 mai; mais j'ai eu tant à faire, qu'il ne m'est pas resté un instant disponible. Je vous écrirai par le IV Paul Hernandez. Bien qu'il ne m'ait donné aucunes nouvelles depuis son dépari d'ici , je serai sans vengeance, et je lui ferai part de ce que vous me marquez. J'ai remercié Noire-Seigneur que vous ayez fait un si bon voyage ; nous le lui avions bien demandé. Qu'il plaise à sa divine mère que tout le reste aille aussi bien.

2. .Ma santé esl bonne et chaque jour elle gagne dans celle ville. Toutes les sœurs se portent bien. Il n'y a déjà plus aucun mécontentement parmi elles, et d'un jour à l'autre elles me donnent de nouveaux

iiiiiimifiiiimiiimiimffiiiffliiiiiiiiiiii]

"TOEg

Mj

sujets de contentement. Je dirai à Votre Seigneurie que trois des quatre qui nous sont arrivées, sont d'une grande oraison et plus parfaites que l'autre. Elles sont telles que vous pouvez être assurée , madame, que, quoique je m'en aille, elles ne manqueront à aucun point de la perfection , surtout tant qu'elles auront les directeurs actuels. Je demande à Dieu de nous le conserver ici longtemps (un ecclésiastique qui accompagnait madame Louise de la Cerda); car je m'en remets tranquillement de tout sur lui et sur le curé. 11 vous présente bien ses respects, eton trouve, je ne sais comment, que vous l'ayez oublié : j'ai pris sur moi, en m'acquillant de la commission dont vous m'aviez chargée, de lui l'aire vos compliments. Nous lui avons de bien grandes obligations.

3. Je ne comprends pas pourquoi Votre Seigneurie a différé de faire parvenir mon envoi à maître Avila. Pour l'amour de Noire-Seigneur, n'attendez pas plus longtemps; expédiez un exprès. On me dit qu'il n'y a qu'une journée de marche. Ce serait mal s'y entendre que de compter sur Salazar; s'il est recteur, il ne pourra pas aller chez vous, et alors, combien moins le père Avila. Si vous l'avez encore, hâtez-vous donc de l'envoyer , je vous en prie; ce retard me contrarie tellement, qu'il me semble que le démon seul en est cause. M. le licencié m'a bien impatientée, car je l'avais averti de prendre ce livre en passant, lors de son départ, et je crois que le démon ne peut souffrir que le saint le voie ; la raison, je ne sais la trouver... Je vous supplie encore une fois, Madame, de l'envoyer le plus tôt possible et de ne pas négliger ce dont je vous ai chargée pour Tolède. Songez que la chose est peut-être plus importante que vous ne le pensez.

Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.

NOTES

L'original de celle leiire esi daté de Malagon 18 mai 1508 , ei il est conservé dans la maison des déchaussées de Bajulence. Nous n'avons traduit que la moindre partie de celle longue lettre, dont le reste est perdu. Les nombreux curieux qui l'ont lue, à force de la manier, ont effaré récriture , usé et lacéié le papier. Nous regrettons qu'elle ait tant souffert, sans doute, comme c'est l'ordinaire, à cause de son mérite; et nous nous en tenons à signaler les plaintes anières de notre Sainte sur le relard mis par Louise de la Cerda, fondatrice de la maison des déchaussées de Malagon , à envoyer au père Jean d'Avila, sa vie , qu'elle l'avait chargée de lui remettre, pour la lui faire examiner.

A madame l'illustrissime dona Gitiomar, Pardo et Tavera.

Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, Madame. Le Seigneur n'a pas voulu que j'eusse le plaisir de recevoir une lettre de vous ; c'est que ce qui en aurait été le sujet n'était pas de nature à donner du contentement. Que Dieu soit en tout béni ! Il paraît qu'on l'aime bien dans votre maison, puisqu'il l'afflige de tant de manières différentes , afin que prises avec patience, comme elles le sont, ces afflictions lui donnent lieu de vous accorder des faveurs plus signalées encore. C'en sera

kii

Une assez grande, si par là on comprend bien le peu de cas qu'il faut faire de celte vie, qui ne cesse de nous avertir qu'elle est périssable, et qu'il faut aimer et chercher celle qui ne doit pas avoir de fin. Nous prions ici Noire-Seigneur qu'il lui plaise de donner la sanlé à madame Louise (de la Cerda) et à M. don Jean. Lorsqu'il y aura du mieux, lirez-moi, je VOUS, prie, de l'inquiétude que vous venez de me causer. Je me recommande aux prières de mesdames dona Isabelle et dona Catherine. Je vous conjure de prendre courage , afin d'en donnera madame Louise. Certes, ce serait tenter Dieu, que de rester plus longtemps en ce lieu-là. Que sa majesté vous conduise par la main et vous accorde tout le bieu que je vous désire et que je lui demande pour vous. Amen. Je forme les mêmes vœux pour madame dona Catherine. Nous sommes aujourd'hui le 22 octobre , et c'est le jour que j'ai reçu

votre lettre.

L'indigne servante de Dieu ,

Thérèse de Jésus.

notes.

Qui est intéressé à savoir l'année inconnue de la date de cette lettre de consolation? Qui me saura gré de lui avoir appris que dona Guiomar était nièce du cardinal Tavera, archevêque de Tolède, et li Ile d'Arias Pardo et de Louise de la Cerda? De telles noies ne sauraient èlre du goût d'un leeieur français; j'en ferai peu.

En voici deux doctrinales : le sujet en est important.

Puisque l)ieu I'uf/lige de tant de mçmèwt , il parait qu'il aime bien voire maison, dil la Sainte à madame Guiomar. 0 Théièse! en qtn/i faites-vous donc consister l'amour de Dieu pour >es serviteurs? Qui vomira le servir pour des afflictions'! C'est que vous savez la doctrine de Saint Paul : Vu moment de tribulation est gros, dil la saint Apôtre, d'un poids éternel de gloire. Ames eliréliennes, vos peines fugitives sont donc des messages de l'amour de votre Dieu, de l'or pur recouvert d'un plomb vil, des acquits de vos délie» et des promesses authentiques d'un immense bonheur! COnsolea-vouS et réjouissez-vous. Vous aurez compris sainte Théièse.

Elle ajoute que tes ajpiclions nous avertissent que cette vie est périssable et mêpritable. Il parait que madame Guiomar et madame Louise de la Cerda , sa mère , étaient malades. Quoi de plus insultant que les maladies , pour la condition des grands! au sein des richesses et du luxe, tout à coup leur bonheur s'arrêie et se change en deuil! ils sentent l'aiguillon malicieux de la douleur, et ils craignent qu'il ne soit empoisonné et ne leur cause la mon. Les maladies les avertissent donc qu'ils sont hommes et mortels. Ces léHexions leur sont-elles donc inutiles l S'ils lie perdaient ni l'une ni l'autre de vue, les grands seraient les dieux des ville, et des villages. Celle idolâtrie n'est pas à craindre.

A madame l'illustrissime dona Maria de Mendoze. Jésus. — 1. La grâce do l'Esprit-Saint soit toujours avec Votre Seigneurie. Amen. J'ai été bien inquiète de vous , Madame, pendant ces mauvais temps, dont je craignais que la rigueur ne vous lit du mal, et il me paraît que mes craintes n'étaient que trop fondées. Dieu soit béni de ce qu'un jour nous serons dans l'éternité où il n'y a aucun changement de temps. Veuille sa majesté que nous passions celui de la vie de manière à mériter de jouir d un si grand bien. La lerre m'a éprouvée de telle façon que je pourrais croire que je n'y suis pas née ; c'est tout au plus si j'ai jamais eu une bonne sanlé six semaines de suite , encore

îi

était-ce au commencement, parce que le Seigneur a vu que, sans un peu de santé, il n'y avait pour moi rien à faire ; mais maintenant c'est sa majesté qui fait tout. Pour moi, je ne suis occupée qu'à me soigner ; surtout depuis trois semaines qu'il m'a envoyé, avec une fièvre qu irte, un bon point de côté et une esquinancie. Ce serait assez d'un seul de ces maux pour me causer la mort, si Dieu le permettait, mais il ne parait pas qu'il en ait déterminé aucun à me procurer ce bien. Après trois saignées, je me suis trouvée mieux ; la fièvre quarte m'a quittée, mais j'ai toujours une fièvre de chaleur qui ne me quitte pas , et je me purge demain. Je suis déjà ennuyée de me voir si infirme. Il est vrai que j'entends la messe, mais autrement je reste dans un coin , sans en pouvoir sortir. Un mal de dents que j'ai depuis un mois et demi est encore ce qui me fait souffrir le plus.

'2. J'entre dans tous ces détails , Madame , afin de me disculper de ne vous avoir pas écrit.el pour que vous voyiez les grâces que le Seigneur m'accorde en m'envoyant ce que je ne cesse de lui demander. Certainement, il me paraissait bien impossible , lors de mon arrivée ici , vu ma mauvaise santé et ma faible complexion , de soutenir tant de fatigues ; car j'étais accablée des affaires ordinaires, de ce qui se passe dans les monastères, et de bien d'autres intérêts étrangers à cette maison ; mais c'était pour me faire voir que tout est possible en Dieu, comme dit saint Paul. Malgré mon peu de santé, il me donne tant à faire, et il me donne en même temps la force de tout faire. J'en ris parfois : il me laisse sans confesseur, et dans un tel abandon que je n'ai personne pour me conseiller et me soulager, et qu'il me faut tout faire à ma guise. Tandis que pour le soin de ma santé rien ne manque, ni attentions charitables, ni bons services; les habitants de l'endroit me font tant d'aumônes, que je ne suis à la charge de la maison que pour la nourriture, et j'ai eu beau m'y opposer. II ne nous reste presque plus rien de ce que madame dona Madeleine nous a donné; avec cette aumône et celle plus abondante que nous avons reçue de Votre Seigneurie et de quelques autres personnes , nous avons donué jusqu'à ce moment un repas aux plus pauvres.

3. Il m'est pénible de voir souffrir ces pauvres filles, maintenant qu'elles me paraissent si tranquilles et si bonnes, et certainement elles le sont. Il y a bien de quoi bénir Noire-Seigneur du changement qu'il a opéré en elles. Les plus révoltées sont celles qui sont maintenant les plus contentes et le mieux avec moi. Durant ce carême , on ne visite ni hommes, ni femmes, à moins que ce ne soient des pauvres, et il y en a bien assez pour celte maison. On passe par tout cela avec une grande paix. En vérité, il y a ici de grandes servantes de Dieu, et presque toutes font des progrès. C'est n'a prieure qui fait ces merveilles. Pour qu'il n'y en eût aucun doute, Noire-Seigneur a voulu que je ne sois venue ici que pour montrer de l'horreur pour la pénitence, et faire voir que je ne m'entends qu'à soigner mon corps.

i. Maintenant, pour qu'il ne me manque aucun genre d'affliction, la prieure do voire maison (de Valladolid) m'écrit que Voire Seigneurie ^M veut y faire recevoir une religieuse, et que vous êtes fâchée contre j*>3 moi, parce qu'on vous a dit que je m'y opposais, quoique j'aie envoyé 2,^ l'autorisation de L'admettre, ainsi qu'une autre , présentée par le père Ç3

\ Ripalda. J'ai pensé que vous aviez élé induite en erreur, et, si je l'avais £3 fait, j'en serais bien fâchée ; car Votre Seigneurie est en droit de me ?£*} faire des représentations et de me donner des ordres. Je ne puis croire |Mj que Voire Seigneurie m'ait retiré ses bonnes grâces , sans m'en rien dire, à moins qu'elle ne me le signifie elle-même. Sans doute vous aurez pris cet expédient pour vous délivrer des importunités des sollici- ;*c^ leur*. S'il en est ainsi, je serai bien consolée. Quant aux pères de la Km compagnie, je sais m'entendre avec eux, mais ils ne prendraient jamais jj* une personne qui ne leur conviendrait pas, en vue de me faire plaisir. Voire Seigneurie veut-elle décidément que cette personne soit admise?

\ cela suffil. Nous pouvez commander dans cette maison et dans toutes

les autres, et compter sur mon obéissance. J'enverrai demander l'au- i*^ torisalion du père visiteur ou du père général ; car la postulante a un (*>ij

•' défaut qui, selon nos constitutions, l'exclut de notre ordre, et ce n'est ^ pas moi qui peux en dispenser , mais seulement un de ces deux supé- £Ï! rieurs. Elles apprendront à bien lire le latin, parce qu'il est exprès- £,*• sèment défendu de recevoir aucune postulante qui ne le sache bien g^l

S lire. S

5. Pour la décharge de ma conscience, je ne puis m'empécher de dire ïs à Votre Seigneurie ce que je ferais en pareil cas, après avoir recommandé la chose à Notre-Scigneur. Je parle, ainsi que je l'ai dit, en de- r*^

j hors de l'hypothèse d'une volonté arrêlée de votre part, parce que pour *«8

• ne pas vous indisposer je suis prête à tout, et je ne vous en parle plus; S*i mais je prie seulement Voire Seigneurie d'y bien réfléchir et de cher- S$ cher davantage le bien de sa maison, car lorsque vous verrez que tout ^ n'y va pas très-bien, vous en aurez du chagrin. Dans une maison où il &$ y aurait un grand nombre de religieuses, on pourrait passer plus faci- £*! lemenl sur un défaut quelconque, mais dans la vôtre, où il y en a si ^ peu , il serait nécessaire qu'elles fussent bien choisies. J'ai toujours remarqué que c'était votre intention, et j'en étais tellement convaincue que, quoique je trouvasse des sujets pour toutes les maisons, je n'ai osé en envoyer aucun dans la vôtre, parce que je n'ai pas rencontré une personne telle que je le désirais et aussi parfaite que le demandait une telle position. Ainsi , d'après ma manière devoir, on ne devrait admettre aucune des deux prétendantes, parce que je ne leur vois ni assez de sainteté, ni assez de mérite, ni assez de talents, pour que la maison puisse y gagner, et si elle doit y perdre , pourquoi Votre Seigneurie voudrait-elle qu'on les reçût? Pour les placer, il y a assez d'autres monastères, où, comme je l'ai dit, les religieuses étant en grand nombre, leurs défauts passent presque inaperçus. Quant à votre maison, Madame, il faudrait que toutes celles qui y entrent fussent capa-

)txtj

bles de devenir prieures et de remplir quelque ofGce que ce lut qui se présentât.

6. Pour l'amour de Noire-Seigneur, réfléchissez-y bien , Madame, et ne perdez pas de vue que l'on doit toujours avoir plutôt égard au bien général qu'au bien particulier. Vos religieuses élanl cloîtrées, devant passer toute leur vie ensemble, et supporter mutuellement leurs défauts et toute la gêne de leur ordre, où le pire serait incontestablement qu'elles ne fussent pas d'accord, vous devez viser à leur épargner ce désagrément, vous qui prenez en tout nos intérêts. Reposezvous sur moi de cette affaire; si vous m'en chargez, je vous l'ai dit, je m'entends assez bien avec les pères. Que si cependant Votre Seigneurie le veut, rien n'empêchera que cela ne se fasse comme je l'ai dit; mais s'il en résulte de mauvaises suites, elles seront sous la responsabilité de Votre Seigneurie. Celle qui est présentée par le P. Ripalda ne me parait pas mal pour une autre maison. Pour la vôtre, il. faut en respecter les commencements qui ne permettent pas qu'on en ternisse l'éclat. Que le Seigneur en ordonne pour sa plus grande gloire et qu'il vous éclaire, Madame, afin que vous ne fassiez que ce qui convient ; qu'il vous conserve bien des années, comme je l'en supplie, car je ne me relâche pas de le faire quoique je sois plus malade.

7. Je baise bien des fois les mains de madame la duchesse, celles de Son Excellence ctde dona Béatrix, ainsi que celles de mesdamesla comtesse et dona Eléonore. Ecrivez-moi, Madame (je veux dire commandezmoi), tout ce que je dois faire pour vous plaire, car en mettant tout sur la conscience de Notre Seigneurie, je crois mettre la mienne en sûreté, et je ne pense pas faire en cela peu de chose, puisque de toutes nos religieuses il n'y en a pas une atteinte d'un défaut aussi notable et que je ne l'admettrais jamais moi-même pour rien au monde. Il me semble qu'elle serait un sujet continuel de mortification pour les autres qui sont si unies, et, comme elles s'aiment tant, elle leur ferait toujours compassion. Elles sont heureuses avec la bonne Madeleine; plût à Dieu qu'elles lui ressemblassent! C'est aujourd'hui le 7 mars 1572.

L'indigne servante de Votre Seigneurie, Thérèse de Jésus, carmélite.

La mère supérieure baise les mains de Votre Seigneurie, je suis trèsbien avec elle.

NOTES

Madame dona Marie de Mendoze, à qui la Sainte écrivit celte lettre, était un grande et pieuse daine (en Espagne, le nom de Mendoze est historique et illustre). La Sainte lui écrivit d'Avila, où elle était prieure du couvent de l'Incarnation. Sa lettre est remarquable pour l'adresse avec laquelle elle ramène cette dame làcliée contre elle. Revenons sur les moyens qu'elle emploie pour rentrer dans ses bonnes grâces et pour la détourner d'un "dessein qui la contrariait.

N. 1. La Sainte fait un noir bulletin de sa mauvaise santé.

N. 2. Elle s'en sert pour s'excuser de n'avoir pas écrit à madame de Mendoze. Elle n'aurait pas parlé de ses souffrances, si elles ne l'avaient empêchée d'écrire; car, si elle en a, c'est tout ce qu'elle ne cesse de demander à Dieu. Eu les racontant, elle ne se propose donc pas d'exciter la compassion. Du reste, elles ne nuisent pas à l'accomplissement de ses devoirs, ni à l'exercice de sa sollicitude pour ses monastères,

if *¥¥¥¥*"■*"¥¥*¥*¥¥¥ fl^«f Wf

*>-*¥¥*>' *"%'¥ »âS

mm^JtM*mAkkkM&

mn^miniîiffinmiiT^

grâce à Pieu qui pourvoit a toui .«ans se servir d'elle. Les aumônes d'Aviln abondent Su couvent, tant pitiur elle que p ur les rel gieuses les plus pauvres. Les aumônes de madame de Hcndoze ne som pas oubliées.

Y .". La (liaison n'est plus dans le trouble : toutes les sœurs sont contentes et admirables. L'honneur n'en appartient pas à jhérèse, majs à sa prieure (c'est àdire à la sainte \ iérgè). 1 liérèse n eue une vie - <':ienl:il'ii-em<-iii impénitente cl délicate ; elle ne l'ail que Soigner sa samé. Humble Thérèse ! mad. nie de Meiuloze. pensera-i-el|e que vous cherchez à l'eu) por 1er sur elle, lorsque vous niiez combattre Contre elle a armes blanches !

Y V. Après s'être montrée irréprochable à l'égard de celte dame, après avoir mis à découvert son inutilité au milieu des pros éi jiés de son ordre:, 'I héièso, inoffensive et malade, lui demande comment il se fait qu'elle se plaigne d'elle, parée que la prieure de Vallâdolid, où ilemeiire madatiie de Mëndoze, refuse de recevoir une lille borgne que telle dame veut dure admettre, ailîsï qu'une aoirc postulante, également peu convenable, présentée par le P. Ripa jda. L'étaient les |<ières delà compagnie de Jé>us, qui avaient mis en lée à celte il. mie de presser l'onuée aux Carmélites de ces deux lilles. Mais je suis bien avec ees pères, dil la Sainte, Remettez-vous-enà moi de celle affaire ;je les mettrai à la raison. L'une de vos protégées est frappée d'une irrégularité spécifiée dans nos constitutions; ce n'est pas moi qui peux en aceorder la dispense. Voilà ortie grande difficulté!

N. 5. j Voulez-vous qp'elle enire '.' ajouie-t-elle'. — Plutôt que de vous déplaire, j'y consens. Mais je dois vous dire, pour la Recharge de ma consç ence, ce que je ferais à Mire place : je prendrais la chose de plus haut ; je vous supplie (l'examinera fond ce qui en résultera pour la maison, el d'avoir égard au bien commun, plutôt qu'à l'avantage pari culier. » Puis elle mei dans le plus grand jour les inconvénients de l'admission de ces filles, et elle conclut par le legret qu'en aurait plus laid madame de Meoduze

N. G. Qu'on lui abandonne celle affaire, et elle lirera parti de ces sujets, sans nuire à ses maisons.

.N. T. Elle moi sur la conscience de celle dame sa persistance dans son dessein et les suites lâcheuses qui ne manqueraient pas n'en résulter. <>!> ! si elles étaient, ces deux lilles, comme la bonne Madeleine «ie Vailadol'nl, à la lionne heure !

Ah père Paul Hernaiule: de la compagnie de Jésus.

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soil avec vous, mon Père. J'ai reçu, il y a à peu près huit jours, une lellre de la prieure de Tolède, Anne des Anges, qui m'apprend que vous éles à .Madrid; j'en éprouve une grande consolation, car il nie semble que Dieu vous y a conduit pour me soulager un pou dans mes peines qui, je dois le dire à Voire Révérence, onl été si grandes depuis le mois d'août de l'année dernière, que ce me serait une grande douceur de pouvoir en diminuer le poids en vous en racontant quelques-unes, car de vous les dire toutes, ce serait impossible. Ce qui y me{ le comble, c'est de nous trouver en ce moment dans la position dont vous parlera le porteur de cette lettre, qui s'inléressant vivement à nous, en est sensiblement affligé et mérile toute notre confiance.

2. Le démon ne peut souffrir la véritable piété de nos déchaussés et de nos déchaussées, qui est telle, que je dois vous dire que vous seriez édifié de voir connue ils avancent dans la perfection. Il y a déjà neuf maisons de déchaussés, et il s'y douve un grand nombre de bons sujets. N'ayant pas encore de province séparée, ils éprouvent de la part des mitigés tant de tracasseries el de contrariétés, qu'on ne saurait les faire connaître par écrit. Tout noire bonheur, ou malheur, est maintenant, après Dieu, au pouvoir du nonce; el. pour nos péchés, les

mitigés l'ont si bien prévenu contre nous, et il a si bien ajouté foi à leurs rapports, que je ne sais où cela doit aboutir. On lui dit de moi que je suis une aventurière, un esprit inquiet, et que mes fondations ont été faites sans la permission du Pape, ni du Général. Ces misérables m"imputent en outre des relations qu'il ne convient pas de vous expliquer, avec notre P. Graciai) qui a été leur visiteur. Ces diffamations révoltantes sont à faire pitié. Après cela, je vous certifie, mon Père, qu'il est un des plus grands serviteurs de Dieu qui m'ait dirigée, et un homme de la plus grande honnêteté de mœurs et de la plus délicate pureté de conscience. Croyez bien, mon père, qu'en cela je dis la vérité; enfin, il a été élevé dans la compagnie, comme vous pouvez le savoir. C'est d'Alcala qu'est venue la cause du grand mécontentement du nonce contre le P. Gracian; il s'agit de peu de chose et il est bien peu en faute, ou même point du tout; il suffirait qu'on l'entendît. 11 en est de même de moi qui n'ai rien fait contre son service, au contraire, j'ai fait acte de soumission à un bref qu'il a envoyé ici, et je lui ai écrit une lettre avec la plus grande humilité que j'ai pu.

3. Je pense que cela vient d'en-haul, que le Seigneur veut que nous souffrions, que personne ne prenne la défense de la vérité et dise quelque bonne parole pour moi. C'est la vérité que je vous dis, pour ce qui me touche, je n'en éprouve aucun trouble ni aucune peine, mais plutôt un contentement tout particulier. Toutefois, il me semble que si la fausseté des propos de ces pères contre moi, venait à être reconnue, peut-être finirait-on par ne plus croire à ce qu'on dit de notre P. Gracian, qui est ce qui nous intéresse davantage. C'est dans cette vue que je vous expédie une copie de mes patentes d'autorisation, à cause qu'ils disent que notre position est irrégulière, parce que nos maisons ont été fondées sans licence. Je vois que le démon rassemble toutes ses forces pour discréditer ces maisons. C'est pourquoi je voudrais trouver des serviteurs de Dieu qui prissent leur défense. O mon père ! qu'on trouve peu d'amis dans l'adversité l

h-. On me dit que le président vous affectionne particulièrement et qu'il vous a fait venir à Madrid pour lui rendre service. Je crois que le nonce l'a informé de tout ce que je vous écris et même d'autres choses. Votre Révérence ferait beaucoup pour nous, si elle le détrompait, et elle le peut faire, comme témoin oculaire, puisqu'elle voit le fond de mon âme. Je suis persuadée que vous rendrez un grand service à Notre-Seigneur. Dites-lui qu'il importe de remonter jusqu'à l'origine de ce saint ordre qui, comme vous le savez, était si déchu. Ils disentque c'est un ordre nouveau, que ce sont des inventions nouvelles ; qu'on lise notre règle primitive, c'est uniquement celle-là que nous observons sans adoucissement et dans la rigueur, telle qu'elle était lorsque le pape l'approuva la première fois. Que l'on n'en croie qu'à ses yeux, que l'on examine notre genre de vie et celui des chaussés. Qu'on cesse de les écouter, car je ne sais d'où ils tirent tant de choses qui ne sont , pas, avec lesquelles ils nous font la guerre. Je supplie encore Votre Révérence de parler de ma part

- m iàWW

j6 LETTUE VU

au père qui confesse le nonce, de lui faire mes compliments et de lui faire connaître toute la vérité, afin qu'il fasse au nonce une obligation de conscience de ne pas divulguer des choses aussi préjudiciables, avant d'en avoir fait des informations. Ajoutez que quoique je sois bien faible, je ne le suis pas encore au point de Qu'abandonner à ce dont ils m'accusent. Ceci, vous le direz, si vous le jugez à propos; sinon, non.

5. Vous pourrez lui montrer, si bon vous semble, les autorisations de mes fondations, les patentes, dont une renferme un ordre de ne pas cesser d'en faire. Ayant demandé à notre père provincial la permission de ne plus en faire, il m'écrivit qu'il voudrait que je fondasse autant de monastères que j'ai de cheveux sur la ii'le. Il n'est pas juste qu'on décrie tant de servantes de Dieu par des faussetés. Puis, comme c'est dans la compagnie que j'ai été, comme on dit, élevée et formée, il me semble qu'il serait convenable de mettre la vérité en évidence, afin qu'un personnage de l'importance du nonce, qui vient réformer les ordres et qui est étranger à ce pays, sût qui il doit réformer et qui il doit favoriser, et qu'il lit justice de quiconque procède au moyen de pareils mensonges.

6. C'est à Voire Révérence de voir ce qu'elle a à faire; ce que je lui demande pour l'amour de Nôtre-Seigneur et de sa sainte Mère, c'est que puisque vous nousavez favorisées, depuisquevous nousconnaissez.vous le fassiez encore dans cette extrémité ; Noire-Seigneur et sa sainte Mère vous en récompenseront dignement. Vous devez aussi pour mon dévouement pour vous et pour faire réparation à la vérité, le faire de la manière que vous jugerez qui convient le mieux. Je supplie Votre Révérence de me donner avis de tout et particulièrement des nouvelles de votre santé. La mienne a été fort mauvaise, car c'est de toute manière que le Seigneur m'a éprouvée celle année. Toutefois, ce qui me concerne me ferait bien peu de peine, si je ne voyais avec un grand chagrin ce que souffrent pour mes péchés ces serviteurs de Dieu. Que sa divine majesté soit avec Votre Révérence, et la garde. Failes-moi savoir si yous devez séjourner longtemps dans celte ville, comme on me l'a dit. C'est aujourd'hui le jour de saint François.

L'indigne servante et la véritable fille de Votre Révérence, Thérèse de Jésus, carmélite.

NOTES

jCetttt letl.re fut écrile d'Avila, le & octobre 4578. Elle portait relie adresse : Au tt\s-magnifique et rêvhend seigneur, mon père, le docteur Paul Hernandez, de la compagnie de Jétus, Mon Seigneur, à Madrid, en main propre. Celle adresse autorisant Unis ces litres, on peut juger du mérite du sujet, j'enlends du destinataire.

Ou voit p:ir celte lettre qu'il s'en fallait encore quelque chose que la bonne Thérèse fût canonisée dans le temps où elle l'écrivit.

Au-si, dans le N. 1, on remarque qu'elle ne se donnait pas pour une bienheureuse; tonii f.iis elle regardait comme une attention pour elle de la Providence que Paul Hernandez se trouvât à Madrid, où il serait à même de la soulager un peu de ses peines, Llles furent grandes celle année-la, grandes pour elle et pour sa famille mystique; elles furent an comble. Mer Séga, prêtant l'oreille et ajoutant foi à la calomnie, déposa de son office le père Gracian et se mit lui-même à la lèle de l'ordre des déchaussés. 11 fut dit Qu'il était venu de Rome pour élouffer la réforme dans

ï$mmmmmwmm$i

** fc&#*

LETTIIE Tlll.

WK

son berceau. Ce fm dans celle vue qu'il donna d'abord un bief aux couvents pour les meure sous son obédience ; il lit emprisonner lloca et il consigna sainte Thérèse, à Avila réduisant ainsi la réforme sous sus ordres, api es lui avoir enlevé ses

chefs.

N. 2. Autres peines de la Sainte. Elle et, à son occasion, Gracia», puis son ordre dans son origine, sont tous le coup drs plus graves accusations. A la vérité, ces accusations sont sans preuves, puisque la calomnie ne saurait en avoir de véritables. Mais le noncey croit, etla réforme naissante n'est ni connue, ni jugée, ni dans des termes à l'être avantageusement. Quel chagrin pour la Sainte de voir ses grandes espérances à la veille d'être moissonnées dans leur première fleur par le démon ! Elle dément la calomnie auprès du P. demandez, en le priant, pour l'amour de Noire-Seigneur, pour l'honneur de l'ordre de la sainte Vierge et pour faire réparation à la vérité, de désabuser le uunce. Pour son compte, elle désavoue à la vérité le mal qu'on lui impute, mais elle e.^i prêle à le laisser croire. Je suis bienfaible, dit-elle, fin du N. 4. Toutefois, elle nie qu'elle soit coupable et même capable des faiblesses dont on l'accuse. Pourquoi, après lutit, Graciait et elle sont-ils vus par le nonce de si mauvais oeil? pour une chose ijui n'en mérite pas la peine, et qu'une explication éclaircirait à leur décharge.

N, 5. Elle justifie aux yeux d'ilernamlez l'origine de ses fondations, en lui envoyant une expédition de ses patente» d'autorisation. Celle justification emportait une présomption de la fausseté des accusations dirigées contre sa moralité et contre celle de Graciai;, accusé en outre d'être un nouveau Luther.

N. 4. Elle répète l'accusation faite à sa réforme d'être une invention nouvelle. La règle qu'elle fait observer est précisément la régie primitive des carmes. Elle prie lleniaudez de se servir du confesseur du nonce pour empêcher celui-ci de porter les choses à des extrémités plus fâcheuses, en l'avertissant qu'il est temps, avant tout, de faire des informations.

N. 5. Elle relève le contenu de ses patentes et l'ait connaître les intentions du général relativement uses fondations. Elle donne le moyen de se faire connaître cllcinènie ; on n'a qu'à s'informer dans l'ordre qui l'a élevée, de ce qu'elle esl. Le nonce ne s'y prend pas bien.

N. G. Elle léclame la protection d'Iiernandei, moins à cause des peines qu'elle éprouve, qu'à cause de celles lies serviteurs de Dieu, affligés pour ses péchés. Celte lettre méritait une analyse, ei le lecteur nous la passera.

Au père Fr. Jérôme Graciait de la Mère de Dieu. (Première.) Jésus. — 1. La grâce du Sainl-Esprit soit avec vous, mon père. Puisque vous êtes en roule pour vous rendre à voire destination, et que cette lettre ne vous trouvera pas à Madrid, je ne la ferai pas longue. Hier il nous est arrivé le P. provincial des mitigés, avec un maître, et peu après le prieur avec un autre maître. Avant-hier, nous avons reçu ici Gaspard Niéto. Je les ai trouvés tous déterminés à vous reconnaître et disposés à vous seconder dans la réforme de tous les abus, moyennant que d'ailleurs nous ne soyons point oulrés. Je les assure, comme je l'attends de votre paternité, que vous ne prendrez que des moyens de douceur, et je leur parle comme je pense.

2. Je n'ai pas été mécontente de leur réponse au sujet du brel, Molli proprio. J'espère en Notre-Seigneur que toui ira très-bien. Le P. Elie est beaucoup plus tranquille et rassuré. Je vous dirai qu'en commençant sans bruit et avec douceur, je crois qu'on avancera beaucoup l'ouvrage, dont on ne doit pas espérer de voir la fin en un jour. En vérité, il me semble qu'il y a de ce côlé des gens raisonnables et, de l'autre, il y en aura aussi. Sachez que Macaire est si terrible que, d'après ce qu'on m'en dit, il m'a donné de grandes peines nar rapport à son âme. On

18 LETTRE Mil.

m'a écrit qu'il devait aller incessamenl à Tolède. J'ai pensé qu'il voulait se rendre à sa maison qui a été visitée, pour ne pas se rencontrer avec mon Elizee. Je n'en serais pas fâchée, en attendant qu'il devienne plus raisonnable. Je tremble de crainte en voyant tant de bonnes âmes ainsi trompées.

3. On a exposé ce qui regarde la petite Thérèse aux lumières du docteur Henriqucz, qui est un des plus habiles hommes de la compagnie. 11 a repondu qu'il a trouvé dans les décisions du concile qui lui ont été envoyées, et qui avaient été arrêtées dans une assemblée de cardinaux tenue ad hoc, la décision qu'on ne peut donner l'habita une jeune personne âgée de moins de douze ans,niaisqu'on peuteependant l'éleverdans le monastère. C'est aussi l'avis de F. Baltazar le dominicain, tille est déjà ici avec son habit. C'est l'esprit familier de la maison, sou père en est i omble de joie, et toutes les religieuses en sont folles. Elle a l'amabilité d'un ange et elle charme nos récréations, en racontant des histoires des Indes, de la mer, mieux que je ne le ferais moi-même. Je suis heureuse de voir qu'elle ne leur cause aucun ennui. Il me larde que vous la voyiez. Dieu lui a fait une grande grâce et elle vous doit bien de la reconnaissance. Je crois que ce sera un grand bonheur que cette âme soit élevée loin des vanités du monde. Je commence à comprendre le prix du service que vous m'avez rendu , il n'est pas grand comme je l'entendais, mais en levant mes scrupules, il est plus grand encore.

4. .Maint' liant je me trouve un peu de charité. Bien que votre absence me soit très- pénible, je verrais avec plaisir que vous passassiez encore un mois à l'Incarnation pour corriger les abus qui y régnent et que l'on vous chargeât deladiriger.il vous suffirait de huit jours seulement,si vous y laissiez en paitant leF. Jean pour vicaire. Je sais sur quel pied sont les choses : du moment qu'elles (ces religieuses) se voieut un chef, elles se rendent à discrétion, quoiqu'au premier abord elles jettent les hauts cris. Elles nie font grand'pitié. Si le nonce avait voulu frapper un grand coup, ce devait èlre celui-là. Que Dieu y pourvoie,

car il le peut.

5. Il n'y a plus moyen pour Laurence de trouver des confesseurs

comme elie était accoutumée d'en avoir. Comme ils étaient loule sa consolation, elle n'en a donc plus aucune. Que Noire-Seigneur sait bieu blesser à l'endroit sensible l Le confesseur qu'on lui a donné craint fort qu'elle ne le goûte guère, dans les embarras où elle se trouve. Il fait maintenant aussi chaud qu'à Madrid au mois de juin, et mémo plus chaud. Nous avez très-bien fait de ne pas venir. J'ai mis le bon Padille au courant de ce qui regarde l'Incarnation. Je vous supplie d'en donner connaissance à mon P. Oléa et de lui offrir mes respects. Je lui ai écrit trois lettres, informez-vous s'il les a reçues. O Jésus ! qu'il en coûterait pour mettre lanl d'âmes dans le bon chemin! Je ne puis comprendre comment je souhaite de vous voir aujourd'hui dans des embarras que j'ai toujours tant redoutés pour vous; c'est que maintenant

ffîR

ils me paraissent moindres et moins à craindre. Que Dieu le veuille , vous soutienne et garde votre paternité. C'est aujourd'hui le 27 septembre 1575.

L'indigne servante et sujette de votre paternité, Thérèse de Jésus.

NOTES

N. 1. Le P. Graciai) que la Sainle ne croyait plus à Madrid, y éiait encore. Il y était venu dans l'intention de passer dans l'Andalousie. Le nonce Hormanele venu; de le nommer premier prélat île tous les déchaussés et visiteur apostolique des idformés de cette province. Ce père en avait donné avis à tous les pères de sa nouvelle obédience. Ceux dont parle la Sainte, et d'autres encore, se réunirent auprès d'elle pour décider si on tiendrait compte du bref de celte nomination, et si on reconnaîtrait le (fr.oil de visite qu'elle conférait, à Graciai). L'avis de ces messieurs fut pour l'affirmative, et cependant ils pissèrent plus lard à l'avis opposé. Telle est l'inconstance des hommes, de ceux mêmes qui ont le plus de mérite.

Sainle Thérèse donne à Graciait un conseil excellent, en l'engageant à prendre les voies de la douceur. Elle avait coinn encé elle-même par celles de la rigueur et elle s'en était mal trouvée. L'expérience lui avait profitéei l'avait ramenée à la bonne marche. Elle l'indique à son père. Elle avait reconnu que la sévérité assujettit bien le corps des inférieurs, mais qu'il n'y a que la bonté qui en gagne les coeurs.

N. 2. Elle donne aux pères aiidaloux l'éloge de gens raisonnables, parce qu'ils se sont soumis. L'obéissance délibérée est un acte de raison.

Elie était, à ce qu'on présume, prieur de la maison de Séville, etMacairede celle de Pâslranne, qui venait d'être visitée et ou, pour cette raison, il voulait rentier, afin d'éviter la rencontre de Graciait, dont il n'approuvait pas les pouvoirs et Contre lequel il avait une antipaihie naturelle. C'était pounaiii un excellent religieux. I i*habit ne lai L pas le moine enclin qui le porte ne l'est pas toujours en lout. Lecteur, voyez-le plutôt par vous-mêmes.

N. 5. Comme la Sainte est charmante avec son admiration pour les gentillesses de sa petite nièce! N'y louchons pas, nous gateriqns quelque chose.

N. 4. Elle préfère le bien de sa chère maison de l'Incarnation à son propre bien spirituel. Ceci ne l'ait pas moins l'éloge de Graciai) que celui du convint. Lorsqu'il aura imprimé le mouvement, Jean de la Croix fera le resle. Ile revéches qu'elles sonl d'abord, ces filles deviennent bientôt soumises, lorsqu'elles sentent une lois l'ascendant de l'autorité. Leur audace et leur faiblesse font également piiié.

N. 5. Laurence, c'est Théiè>e olle-mên-.e. Elle témoigne à son Confesseur son regret d'être éloignée de lui. Que Notre-Seigneur, dit-elle, sait finement nous blesser au vif! Ali ! c'est une divine attention de son amour de répandre un peu d'amertume sur l'exercice de la vertu, de peur que nous ne la prenions pour lui-même, et que nous ne lui déplaisions par une ardeur intéressée pour les moyens de lui plaire.

si

Au révérend père-Jérôme Grucian de la Mère de Dieu. (Seconde.) Jésus.— 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec votre paternité. Je vous ai expédié aujourd'hui des lettres par le grand courrier, il sera nécessaire de m'en accuser réception, car je crois qu'elles ont dû vous parvenir d'autant plus sûrement que le porteur est le frère d'une de nos sœurs.

2. Je vous disais que Tostade parlait pour le Portugal, le jour même que vous arrivâtes ici; qu'Infante et un autre prédicateur de l'Andalousie l'attendaient et lui avaient envoyé un exprès à Madrid pour lui donner des nouvelles. Béni soit le Seigneur qui l'a ainsi ordonné.

3. Vous saurez que les membres du conseil disent que si la permis-

miiiiniii

ili^I?^mi^^^^Ii:

sion dépend du procès, clic ne sera pas accordée, parce qu'il nous faudrait d'autres preuves que celles que nous avons. Que si on leur produit l'autorisation du nonce, par écrit, ils donneront la leur, sans autre formalité. C'est un conseiller auditeur qui en a prévenu confidentiellement don Pierre Gonzalez. Ecrivez-moi par les pères qui viendront de l'assemblée pour m'indiquer le moyen que je dois employer. Vous feriez même bien de consulter sur ce sujet des personnes de la cour, voire le duc ou d'autres. Je me doute que ce sont des lettres de Rome qui le retiennent (le nonce) cl l'empêchent de donner sa permission , parce qu'il me semble que déjà il en a accordé facilement une pareille au P. Antoine. J'ai pensé ensuite que si les chaussés trompent le pape par de fausses informations, et que nous n'ayons auprès de lui personne pour l'éclairer, ils obtiendront contre nous tout ce qu'ils voudront. Qu'il nous importe donc grandement d'avoir à Rome quelqu'un, parce qu'en faisant connaître comme ils y vont, on verra à découvert la passion. Je crois même que nous n'avons rien à faire jusque-là et que nos envoyés nous rapporteraient l'autorisation de fonder quelques nouvelles maisons. Croyez, mon père, que c'est un grand point d'être préparé *^ à ce qui peut arriver.

h. Je vous écris à la hâte et je ne puis que vous dire que toutes les

sœurs se recommandent à vos prières, et moi, à celles de tous mes

pères, en particulier du père prieur des Remèdes, quoique je sois

" fâchée contre lui. Je désire savoir si le P. Mariai) est arrivé. Dieu

garde votre paternité et la conduise par la main. Amen. Je suis bien

%* contente de voir le beau temps qu'il fait pour voyager. N'oubliez pas,

'??*, mon père, de me donner le nom de famille de l'évêque à qui je dois

adresser des lettres à Madrid. N'y manquez pas et marquez-moi en

quels termes je dois écrire l'adresse de mes lettres, comme aussi si je

peux les lui affranchir. C'est aujourd'hui le 5 septembre 1576. Nous

J| nous portons bien, et je suis joyeuse de voir que j'aurai ici toute

; Jj facilité pour vous écrire.

&*i Votre indigne fille et sujette,

** Thérèse de Jésus.

Prenez bien garde, mon père , de perdre le papier que je vous ai

donné. Je vous avais dit de le mettre dans la doublure de votre habit,

et vous ne l'avez pas fait. Ce serait un grand malheur, s'il venait à

£31 élrc perdu.

g*2 NOTES.

j * Lecteur, vous n'achopperez pas contre mon sérieux. Cependant je dois ici vous

%i dire: imbutalt in hue, dum lucem habelis; te sont paroles d'Evangile. Approchez ,W la lumière de vos pas pour considérer le chemin où von- marchez.

N. 1. La Saime vous dit que le porteur de cetie lettre fui le frère d'une déchaussée, et vous dites, qu'est-ce que cela me failï La connaissance de celte circonstance ne nie seiait pas moins inutile, quand Ions 1rs saints <e seraient réunis pomme l'apprendre. Je suis de voire avis. Lors duic que ce qui aura besoin d'éclaircis- £^ senienl sera un point de celle importance pour vous, el tout l'historique des affaires >*>* de la réforme des carmélites n'en a pas davantage pour un Français, ni même pour

22 un Espagnol contemporain de l'auteur de celle édition, n'attendez pas que j'assai- Cj sonne à grands frais la pâture d'une vaine curiosité. Les choses inutiles me répui»«tf

snent presqu'à l'égal des choses illicites. Au fond, elles le sont, un en rendra compte au jugement, ce qui témoigne que nos comptes seront assez chargés. Edi- Qons-nous des maxime* des saints, noire temps ne sera pis perdu.

N. 'X. Je connais voue faible ei j'en ai paie. Par pure charité et contre le principe que je viens d'établir, je vais vous due que Tostade était un des plus grands ennemis de la réforme. Arrivé de Rome dès le mois de mars, muni de pouvoirs contre les déchaussés, le o août, il demandait à Madrid l'autorisation du nonce et du roi, pour les exercer; sur le refus qui lui en lut l'ail, il partit pour le Portugal.

N. 5. On était en instance pour faire une fondation, probablement celle de Yalladolid, qui eut lieu colle année-là. Le conseil royal, voyant les contestations des chaussés et des déchaussés, refusait son approbation, avant d'avoir vu celle du Donce qui, comme la Sainte l'a deviné, la faisan attendre, parce qu'il avait reçu de Home des lettres qui le révoquaient de sa charge, contre l'intention du pape et celle du roi, fltii entendaient qu'd continuât de l'exercer pour favoriser rétablissement de nouvelles fondations.

N. 4. Je suis bien contente, dit-elle, de voir le beau temps qu'il fait pour voyager. C'est que le P. Gracian qui venait de passer à Tolède, où il avait vu la Sainte, se rendait deSéville à Almodovar, pour assister à rassemblée qui fut la première de l'ordre et se tint dans le mois de septembre.

Au père Fr. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Troisième.) Jésus soil avec Y. P. — i.Le porlenr de la présente arrive à l'instant,' el comme il ne me donne que très-peu de temps, je ne serai pas longue. Je bénis N'otre-Seigneur que vous soyez arrivé en bonne santé. Je vous ai déjà écrit par deux voies que Péralte partit pour le Portugal le jour même que vous passàles ici. Santelme m'a écrit aujourd'hui (et même le messager vous portera sa lettre) que nous n'avons rien à craindre, que Malhusalem (le nonce) est entièrement disposé à se rendre à noire désir devoir les aigles séparés, parce qu'il comprend que c'est indispensable.

2. On me marque aujourd'hui de Séville que le départ de Péralte y a causé une explosion générale d'hilarité el de contentement, que tout le monde dit qu'il s'était mis en tète de s'assujettir les papillons. Ce que le Seigneur a fait est assurément bien fait. Qu'il en soit béni à jaraais. Infante est venu me voir , il voulait une lettre pour Paul. Je lui ai répondu que je ne ferais rien de moi-même , qu'il lui parlât luimême, puisqu'il ne se trouvait pas compromis. Je pense que s'il conservait quelque espoir du retour de Péralte, il ne serait pas venu faire ses soumissions.

3. Je vous ai déjà écrit, mon père, au sujet de ce que vous dites de la prieure de Malagon. C'est une chose trop sérieuse pour la mettre sous ma responsabilité, cela ne peut se souffrir, et je n'ai pas le courage de m'y opposer, quand je vois que c'est votre volonté. Je vous supplie donc d'en faire pour le mieux, selon vos lumières, et de voir quelle serait celle qui conviendrait pour celte maison , où il en faut une capable d'être plus que sous-prieure; moi, je n'en vois pas d'autre que la prieure de Salamanque. Je ne connais pas celle dont parle votre paternité ; elle est encore bien novice et cette autre remplirait encore mal la place de prieure. Vous m'embarrassez beaucoup, mon père; recommandez cela à Dieu, et suivez ce qu'il yous commandera. Nous som-

s. th. m. 2

******** fe

^BS^i

simamsïaRîïiiïmiïSïïïRmmïiïsaiïiïîïiïï

if

mes dans de mauvaises circonstances pour faire voyager des religieuses. Que le Seignenr s'en mêle , car nécessite n'a pas de .loi. C'est aujourd'hui jeudi, le 6 septembre: je n'ai ni le temps d'écrire à mon père Fr; Antoine, ni de vous en dire davantage.

La servante et fille de V. R.

Celle lettre a été écrite le lendemain de la précédente. La Sainte y parle à peu près des mêmes si on en excepte la maladie de la prieure de Malagon et la

-site de lui < lioi-ir uiie suppléante.

.Y t. Pératte; entendez Tosiado. N. 2. Sanlelme, c'es' le P Oléa .Uithusalem, le nonce. L A sont les déchaussés, et les papillons, ses tilles.

La prieure de Malagon était dangereusement malade; il s'agiisaii de trouver une sous-piieme en élai de remplir se> fondions. La prieure de Salamanque, proposée parla Sainte, éiaii Anne de l'Incarnation, sa cousine germaine. On s'étonnera de i eue île- gna ! >n ; mais pourquoi ? la consanguinité ne devait pas nuire à cette dame, puisqu'elle ne nu. su pas à son mente. Un doit être pour ses proches encore plus sans injustice que sans préférence.

Au révérend père Jérôme Graeian de la Mère de Dieu. (Quatrième.)

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec votre paternité. Ne vous attendez pas, mon père, à conduire les choses tout d'un coup à la perfection. Quel est le fruit qu'on peut produire en passant deux ou trois jours dans ces maisons, que le P. Fr. Antoine ne le produise tout aussi bien ? On n'en est pas plutôt sorti qu'elles redeviennent ce qu'elles étaient auparavant , et c'est encore s'exposer à mille dangers.

2. Madame dona Jeanne est bien persuadée que vous faites ce que je vous conseille ; Dieu veuille que cela soit. Elle est restée trois jours, mais je n'ai iu I entretenir autant que j'aurais voulu, à cause des nombreuses visites qu'elle a reçues. Elle s'est liée avec le chanoine d'une étrnite amitié. Je vous assure que Dieu l'a douée des plus excellentes qualités. Elle a des talents et un caractère si remarquables, que je n'en ai vu que peu, ou point en ma vie qui y soient comparables. Sa simplirité et son ouverture me ravissent. En cela elle surpasse son fils de beaucoup. Ce me serait une bien grande consolation , si je me trouvais à portée d'avoir avec celte dame des relations habituelles. Nous étions aussi familières l'une avec l'autre que si nous avions passé ensemble toute notre vie.

3. Elle dit que son séjour à Tolède lui a été bien agréable. Dieu a fait qu'un a trouvé pour la loger la maison d'une dame veuve qui vivait seule avec ses domestiques. Ce logement lui a beaucoup convenu, et c'a été un grand bonheur que ce fût dans noire voisinage. On lui portait d'ici sa nourriture toute préparée. Vous m'avez donné la vie, mon père , en me permettant de posséder quelque chose, afin que je n'aie pas d'attache aux biens du couvent, ce qui me causerait de grands

rf ,

rrv.

sa

JOuTnHii

jgg LETTRE XJ. 23 **j

j£^ sonci3. Comme je nesnisnen moi-même, cette disposition m'accom- %~* ** mode très-bien. £3( 4. Vons avez bonne grâce de me dire de vous parler à voile décoo- jj^ï vertl il parait, mon père, que vons ne me connaissez pas. Je voudrais î*<«\ pouvoir vous ouvrir mes entrailles. Avec elle est restée jusqu'au der- *£ nier jour mademoiselle dona Jeanne , sa fille , qui m'a paru très-bien. r~*> Je suis bien affligée delà voir avec ces demoiselles; car elle a dit que >MJ •J^ véritablement elle ne s'y trouve pas aussi bien qu'ici. Je lui donnerais $£ l'habit de bien bon cœur, pour qu'elle se trouvât avec sa sœur, mon j£« £^ petit ange, qui est, on ne peut voir plus, fraîche et grasse. Mademoi- "" *^ selle dona Jeanne ne pouvait se rassasier de la voir et de l'admirer. ^ <£* Pierrotin, son frère, qui est venu aussi avec tout son bon sens, ne pouvait venir à bout de faire sa connaissance. Elle est ma seule récréation. £35 >»>*\ J ai eu nn long entretien avec mademoiselle dona Jeanne; c'a été tont **** ,j.<* à fait le dernier jour. Il paraîtrait qu'elle en a éprouvé quelque im- jj-jj pression, puisqu'elle a dit à Anne de Zurite, qui me l'a rapporté, qu'elle »« j£* en avait été occupée tonte la nuit, et qu'elle n'était pas fort éloignée de fr% £* se rendre à mes désirs et qu'elle y réfléchirait encore. Dieu le veuille. £^ J*"* Que votre paternité l'y exhorte ; vous voyez assez combien je souhai- &5 •»>*( terais de l'avoir avec moi. j*3 *<<^ 5. Madame dona Je;inne a été si ravie du contentement et de l'union *^5

des sœurs, qu'elle est partie bien décidée à envoyer au plus tôt made- *j

moiselle dona M.irie à Valladolid. Je crois même qu'elle se reprochait i***-.

K? d'avoir retiré mademoiselle dona Adrienne. Elle m'a para très-con- >**

*•*} tente, et je ne la crois pas dissimulée. Hier elle m'a écrit mille amitiés, |mj en me disant qu'elle n'avait éprouvé ici aucun sentiment de ses peines

ni de ses tristesses. On m'a déchiré cette lettre, ainsi que d'autres. J'en Lm ai reçu ces jours-ci nn nombre infini ; j'en perds la tête. Je regrette bien

* s qu'elle soit perdue, car je me proposais de vous l'envoyer. Madame »Jj

{J<i Jeanne y disait que le jour même de son départ d'ici, la fièvre tierce ^ *5 avait quitté monsieur Lnc Gracian et qu'il continuait à se remcltre.

Ohl que monsieur Thomas de Gracian est quelqne chose d'excellent ! ^ ** il me convient singulièrement. Il est aussi venu ici. Aujourd'hui j'ai »**j fait réponse à madame Jeanne, et je lui marque que votre paternité p>« est en bonne santé.

6. Comme il m'est venu à l'esprit de chercher quelle est celle des

£1 deux que vous aimez davantage, j'ai reconnu que madame dona Jeanne

J a un mari et d'autres enfants à aimer; mais que la pauvre Laurence

n'a autre chose sur terre que ce père. Que Dieu le lui garde! Amen:

car je fais mon possible pour la consoler. Elle me dit que Joseph l'a

rassurée encore une fois, et que depuis elle passe sa vie au milieu des

.tM peines, quoique sans soulagement.

j£S 7. Quelques mots sur l'assemblée. Les pères en reviennent trés-con-

tents, et je le suis infiniment de ce qu'on y a fait de bien. Dieu en soit glorifié 1 Pour ce conp, on vous donne cette fois de grandes louanges.

SIHHa

„ S4 * jî »

sairc de lnut examiner.

Tout vient de sa main, et ainsi les prières, comme vous le dites, font sans doule beaucoup. Ce qui m'a fait un extrême plaisir, c'est de voir qu'on a désigné le père Roca pour aller exciter l'émulation dans les >♦>* maisons : c'est une mesure excellente et très-proGtable. Je suis contenue avec lui qu'il insisterait beaucoup sur le travail des mains qui est d'une importance infinie. Il m'a dit qu'il en écrirait à votre paternité, ^ parce qu'il n'en a pas été question dans l'assemblée. Je lui ai fait ob- *^ server qu'il est prescrit par les constitutions et par la règle; et pour- *J quoi, sinon pour qu'on le fasse observcr?Il m'a encore appris, et je ne •f* pouvais le croire, qu'on avait expulsé de l'ordre ceux qui ont failli. £jj Or, c'est une ressource bien précieuse que d'avoir ce droit 1

8. Il m'a parlé aussi des démarches qui se font pour nous obtenir une province séparée, par l'entremise de notre P. général; en employant tous les moyens à notre disposition. Aussi bien c'est une guerre intolérable que d'être mal avec le prélat. Si on peut en finir à force d'argent , Dieu en fera trouver assez à ceux qui sont à la tête de celte affaire. Pour l'amour de Dieu, mon père, pressez autant que vous pouvez leur départ; ne le regardez pas comme accessoire, car c'est le principal. Si le prieur de la Penuela est si bien avec le P. général , il irait bien pour l'accompagner avec le P. Marian. Quand même on ne pourrait pas réussir auprès du pape, cela ne fait rien. Mais cet autre ferait (rès-bien, el les circonstances sont tout à fait favorables. Avec les bannes dispositions que nous voyons à Malhusalem, je ne sais ce que nous alternions.: c'est se cantejiler ici de rien et trouver sa perle dans sa bonne fortune.

9. Sachez qu'un ClcrC, qui est mon ami , m'a dit ce matin, et il me communique ce qui se passe dans son âme, qu'il se tient très-assuré que Gilbert doit mourir bientôt; il m'a même dit que ce sera dans l'année ; qu'il avait eu d'autres fois les mêmes avertissements au sujet d'autres personnes, el que jamais ils ne l'avaient trompé. Le fait est '£& possible, lors même qu'on ne tiendrait aucun compte de cette prédic- ff* lion. Puis donc que ce n'est pas impossible, il est bon que voire paternité arrange les choses comme si cela pouvait arriver, afin que les affaires réussissent. Regardez donc les visites comme quelque chose de transitoire. Fr. Pierre Hernandez se servait de frère Angel pour faire £3 exécuter ce qui lui convenait dans la maison de la Visitation, et il se tenait de loin, et néanmoins il ne laissait pas d'être visiteur et de faire ce qu'il avait à faire. J'ai toujours gardé le souvenir de ce que ce provincial a fait pour vous , lorsqu'on était dans votre maison, el je ne voudrais pas, s'il élait possible, qu'on lui fil de la peine. On se plaint &>*! que vous vous laissez conduire par le P. Evangéliste. Il est après tout ** de la prudence que vous vous en défiiez , parce que nous ne sommes £<* pas tellement parfaits qu'il fût impossible qu'il ne fût prévenu contre *<* quelques-uns et en faveur de certains aulres ; de sorlo qu'il est néces- ^m

immreirasmii^

lïmess*»»-

IETTRE XI. 28

10 La prieure ae Maiagon va tant soit peu mieux, Dieu merci; mais, au dire des médecins, on ne doit pas faire grand cas de ce changement. Pour plusieurs raisons, je suis bien surprise que vous ne m'ayez plus parlé d'envoyer une sous-prieure à Maiagon, et que vous m'ayez même fait entendre que vous voudriez que j'allasse chercher la prieure. D'abord , je ne sais pas ce qu'il faut ; je n'ai ni assez de santé, ni assez de charité pour soigner des malades. Par rapport à la maison, et j'entends l'ouvrage, j'en fais beaucoup plus ici ; car les religieuses de Maiagon, ayant à leur tête Antoine Ruitz , n'ont que peu de chose à faire , et fût-il à propos que j'y allasse , vous le voyez , mon père, le temps est trop mauvais.

11. Vous me fournissez en outre une autre raison solide, c'est que vous ne me faites pas une obligation d'y aller, et qu'il ne vous paratt pas que cela soit nécessaire ; en conséquence, vous me laissez libre de faire ce qui me semblera le meilleur. Ce me serait une belle perfection, vraiment, si je croyais que mon sentiment vaut mieux que le vôtre! Comme on m'a dit que la prieure n'a plus ni sentiment, ni parole, ce qui sent assez l'exagération, j'ai fait dire qu'on chargeât Jeanne-Baptiste de la maison, parce que, selon moi, elle mérite la préférence ; car j'éprouve tant de répugnance à faire faire de longs voyages aux religieuses, que je ne m'y détermine qu'à la dernière force. J'ai écrit à la prieure de lire les lettres, si elle peut le faire, que c'est mon avis ; mais que si elle en juge autrement, elle peut les faire lire par qui elle voudra, parce qu'elle eu a le droit.

12. Elle n'a pas voulu de Jeanne-Baptiste, et elle a désigné Béatrix de Jésus, prétendant qu'elle vaut mieux (cela peut être, mais ce n'est pas mon opinion). Elle n'a pas voulu non plus d'Isabelle de Jésus pour maîtresse des novices, qui sont nombreuses. Elle l'a été néanmoins et elle a fait de bonnes novices, car quoiqu'elle n'ait pas beaucoup de talent, elle est bonne religieuse. Ce n'a pas été non plus l'avis du licencié ; ainsi Béatrix est chargée de tout et elle en est très-fatiguée. Si elle ne s'en acquitte pas comme il faut, on pourra en charger une autre. Pour ce qui est de la maison , une de la maison , ce me semble , fera toujours mieux qu'une venue d'ailleurs, tant que Dieu conservera la prieure. J'ai bien vu, mon père, que vous l'aviez fait pour procurer un peu de contentement à la prieure. Mais si vous me donniez la tentation d'y aller? Ce serait un peu fort : car à peine ai-jc songé à aller quelque part, qu'il me semble que tout le monde lésait. Du reste, s'il faut vous dire ma pensée, je ne serais pas fâchée d'y aller pour y passer quelques jours.

13. Nous eûmes hier la visite de madame Louise de la Cerda, et je pense finir de l'amener à donner, cette année, quatre mille ducats (elle ne devait en donner que deux mille). Le grand maître dit que si elle donne cette somme, de Noël en un an il y aura une maison de construite pour les religieuses, j'entends qu'elles pourront y entrer à

4 * cette époque. Entiii, il parait biea que c'est Dieu qui vous guiae, mon £J

4 *" père, car mon séjour dans celte maison ne lui sera pas moins avanta- j£j

geux, qu'il me sera agréable ; je suis si contente de me voir éloignée **

de ma parenté et d'autant plus qu'à Avila je suis prieure.

l'+. Je suis d'un caractère bien singulier: comme je vois que votre paternité n'a fait aucun cas de ma répugnance à rester ici, elle m'a ■•»<* donné un contentement extrême cl la liberté de lui manifester tous £* i* mes désirs et de lui exposer mes projets, parce qu'elle ne tient aucun !£5 compte de mes idées. E2

ï"2 15. J'ai engagé la maîtresse d'Isabelle à vous écrire, et si vous ne £2

vous rappelez pas son nom, voici une lettre d'elle : ohl comme elle *•* devient charmante ! comme elle prend de l'embonpoint et de la fraîcheur ! Que Dieu en fasse une saiule et qu'il vous conserve beaucoup plus que moi ! Pardonnez-moi d'avoir été si longue et prenez patience , c'est que vous êtes là-bas et moi ici ; je vais bien. C'est aujourd'hui la t»* veille de saint Matthieu, je vous prie de presser l'affaire de Rome; {$ inutile d'attendre au printemps, il fait déjà beau et je crois que c'est

ÏJj le momeut.

s** Votre indigne servante et sujette, (m|

Tolède, 20 septembre 1576. Thérèse dk Jésus. £$

+ î Mon père, ne vous tourmentez pas tant de ces religieuses, puisque £S

£J1 vous ne devez en être chargé que pour peu de temps, d'après ce que £5j

£$ dit Malhusalem. L'on assure qu'il a même dit à Péralle qu'il eût à se 4$

*^j hâter, qu'il arrivât dans deux mois et qu'il se tînt assuré d'avoir tous jjj

les pouvoirs. Oh I si je voyais notre affaire terminée 1 Que Dieu nous

vienne en aide et que sa majesté divine nous tire tous de ces per-

•*-*< plexités.

*^i NOTES.

Il s'en faut bien qu'il suit aisé d'entendre, sans explication, toutes les parties de JJU cette leure, qui était plus longue, quoiqu'elle le soit encore beaucoup. On en a %3i *^ perdu le commencement, où il paraît que la Sainte parlait de la visite qu'elle avait j*** •>* reçue d'un des pères de l'assemblée d'Almodovar, député pour lui faire paît de ce yp!i qui avait été arrêté. Ou présume que c'éiaii le P. Koca. ^^

N. 1. La Sainte fait observer à Gracian qu'il a besoin de modération dans fc* £* l'exercice de sa charge de visiteur. Les choses, lui dit-elle, n'atteigiieiii pas à leur

perfection ton! d'un coup. Ge n'est pas, ajouie-t-elle, en passant deux ou trois £3< \ç+i jours dans une uiai-on, qu'on peut la réformer d'une manière durable. fr**'.

N. -2. La daine ilona Jeanne, dont il est i|uestion dans ce nombre et dans plu- ^ 6ieurs autres <le celte lettre, est la mère du P. Gracian. Celle dame était venue £<*. passer trois purs à Tolède, avec sa famille. Les cillants qu'elle avait amenés avec )♦* **** elle et qui snnt nommés dans les nombres suivants, sont Pierre, Luc et Tliom >s, j-*^ ï^ trois de ses Sis; Marie, Jeanne et Adrienne, trois de ses filles. Sainte Tliérèse fait f* un éloge charmant de la mère: elle la luue même au préjudice du fils à qui elle '*>* '** écrit.

*£ N. 3 et 4. Le N. ônnus p.natt clair, la Sainte est si contente de M1 le Jeanne, sœur

J^J du P. Gracian, qu'elle lui donnerait volontiers l'habit pour la voir avec Isabelle de >»"* Jésus, nièce de cette demoiselle, qui en est de hoir compte émerveillée. Pierrotin, ou Pierre!, e-l un jeune frère du P. Gracian.

N. o. bona Marie et dona Adrienne sont deux sœurs du P. Gracian; Luc et Thomas sot 1 -es hères.

N. 6. Laurence, c'est Théièse. Joseph est Notre-Seigneur ; il a promis de nouveau a Tliérèse 'le ne pas lui Ater son père Gracian. .N g. A la lin, Maibusaleiu e*l le nonce ilorinauète. >MJ

éMI

iinnnmimk

fi

Et

N. 9. Le provincial était Françuis-Augusie Suarez, carme chaussé, ei Gilberl , lo nonce.

N. 10. Il paraîtrait que Gracias avait engagé sainte Thérèse à aller prendre a Malagnn la prieure malade, madame Brianda de Saint- Joseph, pour l'amener à Tolède et l'y soigner.

N. 12. 1-e licencié était Gaspard de Villanueva.

N. 13. Doua Louise était madame Louise de la Cerda.

N. 15. Isabelle était une-ceurduP. Graciai).

PosT-ScRiprLM. — Ces religieuses étaient des mitigées. Maihusalein est encore le nonce Hormanéte.

Passons sur les beaux sentiments que sainte Thérèse témoigne à Gracian, au sujet de sa mère et de ses frères et sœurs qu'elle a meué> avec elle a Tolède. Os sentiments sont une preuve louchante de la pure affection de 1 1 Sainte pour ce père, qui fut son plus cher confesseur. Après l'avoir bien flatté au moyeu de ces dons portraits de famille, elle se plaint vivement de ce qu'il l'accuse de ne pas lui parler à découvert. Elle était aussi line que sainte. Qu'on y prenne garde : toutes ses leluos en fournissent des preuves, je veux dire de l'an et de l'autre.

Au même P. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Cinquième.) Jésus. — l.La grâce del'Esprit-Saint soit avec votre paternité. Le Livre des Fondations louche à sa fin. Je pense que vous le lirez avec intérêt, car il en est digne. Voyez si je suis obéissante. Je crois avoir cette vertu, parce que chaque fois qu'on me commande une chose par plaisanterie, je voudrais sérieusement la faire, et je la fais plus volontiers que je n'écris ces lettres, qui sont pour moi des casse-téte assommants. Je ne sais comment j'ai eu le temps d'écrire ce que j'ai écrit, et i! ne laisse pas d'y avoir quelque chose pour Joseph (Notre- Seigueur), qui est celui qui donne des forces pour tout faire.

2. Moi aussi , je jeûne, car il fait peu froid ici et je n'y suis pas mal portante, comme ailleurs. De grâce, faites de ma part de grands compliments au P. Antoine, à moins qu'il ne valût mieux, lors même que vous pourriez m'excuser, ne pas lui faire connaître que je vous écris beaucoup, et à lui si peu. Je lui adresserai peut-être tout à l'heure quelques mots.

3. Si Santelme avait pris l'affaire de sa religieuse comme Nicolas , je n'aurais pas été aussi contrariée. Je vous assure que je ue sais ce qui me dit que dans cette vie on ne parvient pas à devenir tout à fait saint. S'il connaissait les raisons de la prieure pour la recevoir, et ce que la prieure doit à celui qui la présente I Plaise à Dieu, mon père, que nous n'ayons besoin que de lui seul. Du moins il gagnerait peu sur moi, car en voyant que la chose est contraire à la conscience, comme je le vois, le monde entier s'abîmerait en vain sur moi. Avec cela il dit qu'il ne s'y intéresse pas plus qu'à la première qui passe dans la rue. Voyez-moi cette vie I Et que ferait-il donc s'il s'y intéressait? J'ai grand'peur d'avoir à recevoir quelque chose de lui. Mariait en est étonné. Comme je m'attends qu'il vous en écrira , je prends les devants, afin que vous ne lui accordiez rien, car ou a déjà fait pour lui plus qu'on ne lui en devait; enfin, qu'il se mette à la raison, sinon, on se passera de lui. Toute ma consolation est que

as^ssxasmmBS^saBmBassBa^sB

Dieu me garde voire paternité dans une grande sainteté. C'est aujourd'hui la veille de la Toussaint ; j'ai pris l'habit le jour des morts. Priez Dieu de faire de moi une véritable religieuse du Carmel ; il vaut mieux tard que jamais. Mes salutations au fiscal , à Acosla et au recteur.

La servante indigne et la véritable sujette de votre paternité. S'il plaît à Dieu je le serai toujours , advienne que pourra,

Thérèse de Jésus, notes.

La S.iinte parle dans celte lettre du livre des Fondations qu'elle avait écrit par obéissance, ainsi qu'elle ledit dans l'avant-propos, et d'une postulante présentée par le P. Oléa. qu'elle nomme Saniclnie.

Il est fâcheux qu'il manque plusieurs lignes de celle lettre, remarquable par sa concision. La Sainte s'y montre d'une grande discrétion. Elle esl de l'année 1576. L'adresse était : -4 mon père , maure fra Jérôme Gracian, commissaire apostolique du Carmel.

N. 1 . Elle porte un jugement favorable de son livre des Fondations, et les habiles le tiennent pour le meilleur de ses écrits. 11 s'y trouve quelque cliose pour Joseph, c'esi-à-dire pour Noire-Seigneur. Je crois bien; tout esl pour lui. Aussi bien elle lui en fait les honneurs: Cesl lui, dit-elle, qui ttonne la force de tout faire.

N. 2. Elle profile du bemi temps et de sa bonne sanie pour jeûner. Le laboureur el le vigneron, lorsqu'ils se portent bien cl qu'il Fait beau, ne restent pas oisifs, et Thérèse cultive le champ et la vigne de son àme. Lecteur, n'avez-vous pas aussi une vigne du l'ère céleste a cultiver ? La vigne de sainte Thérèse est arrachée depuis plus de deux siècles. Est-ce que les façons qu'elle lui a données vous tiendront lieu de celles que demande la vôtre? Si vous n'y faites rien, vous serez sans vin. Avec quui paierez-vous dune votre divin Maître? Pourquoi lisez-vous ce que faisait sainte Thérèse? ou faites comme elle, ou laissez-moi ses lettres.

N. 3. Elle dit: Plaise à Dieu que nous n'ayons besoin que de lui seul! Pour jeûner et pour garder ses commandements, il en est ainsi. Quel bonheur! Pour le reste, il nous a assujettis savoir besoin de bien des gens et de beaucoup de choses. ISous

{touvons compter comme les passereaux, sur les choses nécessaires; mais sur les lommes? c'est qu'il n'y en a guère qui nous soient nécessaires. S'ils feignent d'eue pour nous, c'est aûn que nous soyons pour eux. Oh! les bons amis d'euxmêmes!

Sainte Thérèse a pris l'habit des carmélites le jour des morts. En le prenant, elle se proposait de mourir au monde. Elle ne s'y croit pas encore morte, parce qu'elle ne se regarde pas comme une véritable carmélite. Vous qui n'avez pas pris l'habit de son ordre, vous ne vous reprochez pas de n'être pas un véritable carme ou une vraie carmélite ; mais prenez-y garde : ce que la Sainte déplore, c'esl de n'avoir pas fait servirle genre de vie des carmélites à sa sanctification, comme elle pense qu'elle aurait dû le faire. Or, avez-vous fait servir à voire sanctification, comme vous l'auriez pu, le genre de vie que vous ave/, choisi? Si les regrets de Thérèse n'excitent pas les vôtres, pourquoi cherchez-vous à connaître les bons sentiments des saints? Est-ce que vous espéreriez, par hasard, que la connaissance de leurs vertus et de leurs mérites vous sauvera avec et malgré votre mauvaise vie?

Au même père Fr. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Sixième.;

Jésus.— 1 . La grâce du Saint-Esprit soit avec votre paternité, mon père, et vous donne assez de santé pour soutenir les fatigues qui vous attendent le long de ce carême , où je pense que vous aurez à aller prêcher d'un endroit dans un autre. Pour l'amour de Dieu, prenez bien garde de tomber dans vos courses ; depuis que j'ai eu un bras cassé, je suis beaucoup plus en crainte de pareils accidents. Mon bras est encore enflé, ainsi que la main, et il est couvert d'un cataplasme, qui mo fait l'effet d'un brassard, et je ne puis presque pas m'en aider.

fesemiïimïmmïiïiBmiïïïïïHmïBîïïi»»

mm

lettre xnr. 29

2. Il fait maintenant ici de fortes gelées , ce qui n'était encore arrivé qu'au commencement de l'hiver ; car le reste du temps a été beau , et il faisait bien plus froid à Tolède, du moins pour moi. Je ne sais si cela vient de ce qu'on a placé la porte que vous aviez commandée pour la petite pièce attenant à celle que vous avez désignée pour l'infirmerie ; mais elle est devenue une véritable étuvc.Quoi qu'il en soit, je m'en suis très-bien trouvée dans ces froids. Vous voyez toujours juste, mon père, quand vous donnez des ordres. Dieu veuille que j'obéisse toujours avec le même bonheur.

3. Je désire savoir si le P. Autoine de Jésus continue à aller mieux, et ce que fait le P. Marian à qui j'ai tant d'obligations. Faites, s'il vous plaît, mes civilités au père Barthélémy.

4. Je vous envoie ici une lettre que m'a adressée le P. Provincial (des jésuites), au sujet de l'affaire de Carillo. J'en suis bien contrariée, car je sais que je lui avais dit que je n'avais élé pour rien dans ca changement, ce qui est la vérité; et lorsque je l'avais appris, j'en avais élé bien fâchée, comme je vous l'écrivis alors, et j'avais même fait des vœux pour que la chose n'allât pas plus avant. Je lui écrivis pour lui en témoigner mon très-grand regret, comme je le jure au provincial dans la réponse que je lui fais. Ils sont tellement prévenus , qu'il m'a paru nécessaire d'appuyer avec tant de force, sous peine de u'étre pas crue, et il importe beaucoup qu'ils me croient, à cause de ce qu'ils nomment mes rêveries , et afin qu'ils ne pensent pas que c'est par ce moyen que j'ai persuadé Carillo, pendant qu'il n'y a rien déplus faux. Je vous assure, mon père, que leurs menaces m'intimident si peu , que je suis étonnée de la liberté que Dieu me donne et d'avoir dit au recteur (des jésuites d'Avila) que lorsqu'une chose me paraissait jusle, ni la compagnie, ni le monde entier, ne seraient pas capables de m'empêcher d'en poursuivre l'exécution, et que n'ayant élé pour rien dans cette affaire, je ne ferais rien non plus pour la lui faire abandonner.

5. Le recteur m'a priée , dans la supposition que Carillo se tiendrait tranquille, de lui écrire une lettre où je lui marquerais ce que je lui dis à lui-même, et qu'il ne peut donner suite à celte affaire sans encourir l'excommunication. Je lui ai demandé s'il connaissait les brefs. Mieux que moi, m'a-t-il répondu. Donc, ai-je ajouté, je suis sûre de lui, il ne fera pas une chose qu'il sait être une offense de Dieu. Il a prétendu que, dans son grand dépit, il pouvait très-bien s'aveugler et faire un coup de tête. Ainsi, je lui écris par la voie même dont il s'est servi pour m'écrire.

6. Admirez, mon père, quelle simplicité! J'ai des preuves certaines qu'ils l'ont vu, quoiqu'ils ne me l'aient pas donné à entendre. Je lui dis dans ma lettre de ne pas se fier à ses frères, que ses frères sont ceux de Joseph , parce que je sais qu'ils devaient le voir et que ce sont ses propres amis qui doivent l'avoir trahi ; cela ne m'étonne pas,

Es

tmmmmmmnmmmmmimmm^

i»,*' 30 LETTRE XIII.

parce qn'ils l'ont trop à cœur. Ils doivent craindre qu'on ne veuille

s'en faire un précédent ; je lui demande s'il n'y a point de déchaussés

parmi eux. Il répond qu'il y en a et que ce sont des franciscains,

mais que les déchaussés les avaient d'abord exclus de leur ordre , et j£*

£<* qu'ensuite ils leur avaient donné leur excorporalion. Je dis qu'on &$

+ * pouvait agir de même dans le cas présent ; mais ils ne le feront pas et

£X je ne pense pas à lui dire de ne pas le faire, mais à l'avertir, comme

j£j je le fais dans celle lettre, et à laisser l'affaire entre les mains de

Dieu ; car si c'est son oeuvre , ils y consentiront ; qu'autrement

*»* ( comme je le dis ici ) , j'ai consulté et je n'ai pu connaître si cela doit *<*

5£* pouvoir se faire. {£?

>>* 7. Ceux que j'ai consultés doivent se baser sur le droit commun , {£2

comme uu autre légiste qui m'assurait , lorsque je faisais la fondation £2i

de Paslranne, que je pouvais prendre une augusline, et il se trompait. |£*

Qu'ensuite le pape leur en accorde la permission , je ne pense pas £*<

ff* qu'ils l'y trouvent disposé, et les voies sont interceptées. Prenez de ■-*'

*<* votre côté des informations et avertissez Padille qu'il m'affligerait £*

*■*< grandement, s'il offensait Dieu; je crois bien qu'il l'entend ainsi, et

►* il ne le fera pas. to«

-»~ 8. C'est une affaire qui m'inquiète; car s'il reste parmi eux, main-

&% tenant qu'ils savent l'envie qu'il a d'être des nôtres , il perd tout le *^

** crédit dont il jouissait. S'il nous reste et que ce ne soit pas très-bien , £*j

ï* nous ne. devons pas le souffrir. Je ne perdrai jamais de vue ce que )£Jj

j* nous devons à la compagnie. Il a beau nous faire faute, je n'entends '*

jjaj pas que Dieu les abandonne. Ensuite , si on peut le recevoir, ne pas le **-«

faire parce que nous les craindrions, ce serait mal agir à son égard et *-♦

»-. mal reconnaître sa prédilection pour nous. Que Dieu conduise cette '**

£^ affaire et elle ira bien. Je crains bien qu'il n'ait pas été déterminé par £$

u^ ces choses d oraison, auxquelles on dit pourtant qu'il a une croyance î£Jj

£* aveugle. Je lui en ai parlé assez de fois , et cela ne sufGt pas. ££

9. Je suis encore en peine si les religieuses de Véas ne lui ont rien ï* dit à ce sujet; car Catherine de Jésus en montrait bonne envie. Ce £***

j** qu'il y a de bon en tout cela , c'est qu'il est un bon serviteur de Dieu. *<*

j- S'il se trompe, c'est en pensant f;iire la volonté de Dieu, et sa majesté *>*

to-y aura égard à lui. Mais ii nous a mis bien en train, et dans ce que je n-*

ES vous ai écrit que j'avais entendu de Joseph (Noire-Seigneur) , croyez i»>*

î^ que j'aurais fait tous mes efforts pour le détourner de sa démarche. <£%

* ,. Mais; bien que j'ajoute moins foi que lui à ces choses, je répugne j££

'** beaucoup à le détourner. Que sais-je, si ce ne serait pas empêcher £"|JJ

|j j un grand bien pour celle âme? Car croyez, mon père, qu'à mon ££

'£* avis, il n'a pas l'esprit de l'ordre où il est. *■*'

10. Il m'a toujours semblé que dans cette affaire il fallait en venir )** * à ce que m'écrivit Ardapille , qu'il fallait faire écrire à Joanès par les *>*<

JMJ

pères, pour lui marquer d'envoyer ici quelqu'un chargé d'en prendre £>*

connaissante J'en aurais été bien contente si cela s'était fait sans que *h

fi

ttf

j'y misse la main ; mais j'y ai vu bien des inconvénients, et je m'en suis excusée le mieux que j'ai pu. Je comprends maintenant que je le faisais pour noire bien, mais soyez bien persuadé, mon père, que si les choses ne viennent pas de fond, elles ne s'arrangeront que parles mains de Paul. Dieu le veuille , je le désire assez, et je suis grandement alfligée de voir que je suis la pierre d'achoppement de tout le monde. Ainsi que je l'ai dit plus d'une fois, le vrai remède , ce serait puul-ètre de me jeter à la nier, comme Jouas, afin d'apaiser la tempête; car ce sont peut-être mes péchés qui l'ont soulevée.

11. La prieure de Séville m'écrit de supplier votre paternité de leur accorder une dispense pour prendre une autre sœur de Blanche, la Portugaise, qui n'a pas, à beaucoup près, l'âge accompli. Il serait bon qu'on pût la recevoir; ce serait le moyen de décharger la maison du cens, car elle doit tant que je ne m'en souviens pas bien. Si, lorsqu'on leur paierait cette aulre dot (si celle-ci entrait), on voulait leur faire crédit de ce qu'elles doivent à l'autre, ou cesser de payer le cens ou ce qu'on leur donne pour la nourriture, ce ne serait pas un mal, car elles ne cessent de se plaindre qu'elles doivent énormément à cette Portugaise. Votre oalernilé examinera cela et en fera ce qui lui paraîtra le mieux.

12. Je ne sais plus en finir quand je vous écris. Ma sœur me fait toujours des compliments pour vous. Recevez-les maintenant tous en gros, de même que ceux de toutes les sœurs. Que Notre-Seigneur garde voire paternité et la conduise bientôt ici ; j'en ai grand besoin pour moi et pour bien d'autres choses : cela ne veut pas dire qu'il y en ail que vous ne sachiez pas. Dona Guiomar est malade; elle vient rarement ici, parce que sa mauvaise santé lui Ole ses forces.

13. Le plus tôt possible envoyez cette lettre au Père Salazar, par la voie du prieur de Grenade. Ayez soin, mon père, de n'y metlre aucun retard; car il importe de la lui envoyer, afin qu'il n'entreprenne rien, s'il n'a pas encore commencé. Ne vous pressez pas, c'est mon avis , de lui donner voire autorisation, parce que lout cela est pour son plus grand bien. Que Dieu vous donne ce qui est pour le vôtre, comme je le souhaite. Amen. C'esl le premier dimanche de carême. Cette leltre du père provincial , et la réponse, pourra servir dans l'occasion; ne les détruisez pas si bon vous semble.

L'indigne servante et fille de votre paternité, Thérèse de Jésus, notes.

L'original de cette lettre est conservé par les religieuses de Sainte-Anne, de Madrid. Elle fut écrile à Avila le 16 février 1578.

N. 1. Graeûiii était alors tantôt à Paslranne, tantôt à Alcala, d'où il allait prêcher le carême d'un endroit à l'autre , en attendant (pie le nonce Séga décidât quelque chose pnur la visite. La Sainte s'était cassé le bras gauche quelque temps auparavant : elle appelle agré>h'eiiiéiil une armure l'appareil qui lui conviait encore le bras cassé, et puis, quel Cri l'effet que lui faisait cet accident? ce sentiment est naturel.

N. 2. Vous voyez toujours juste, mon père, dit-elle à Graciai!. Quel c impliment

au sujet d'une porte ! Au sujet d'une fondation qui aurait été son ouvrage, il eût éié grossier. Puisst-je être <ms>i heureuse à vous obéir! on nu saurait porter plus loin la bonne grâce.

N. 5. Barthélémy de Jésus était secrétaire du P. Graciai). Voilà qui est intéressant.

N. i. Le P. provincial des jésuites éiait Je;m Suarez. Carilio était le P. jésuite Gaspard Salazar, qui voulait quitter la compagnie pour entrer dans la réforme. Le provincial Suarez n'entendait pas cette émigration. Un lui avait rapporté que ce dessein de Salazar était l'ouvrage de sainte Thérèse, qui lui aurait (ait croire qu'elle avait eu une révélation à ce sujet ; sur quoi le provincial avait écrit à la Sainte pour lui en témoigner son étonnemeni et son mécontentement. Elle s'en était dé- Iciidue dans une réponse où elle assurait n'avoir pris aucune part à cette détermination. Suarez , peu satisfait de ce désaveu , venait d'écrire une nouvelle lettre à l'illustre accusée. C'est la lettre du provincial qu'elle envoie à Gracian. Elle y jure qu'elle est étrangère à la détermination de Salazar.

Ce serment de sainte Thérèse ne manquera pas de faire froncer les sourcils à certains lecteurs. Sainte Thérèse n'avait aucun autre moyen de faire croire aux jésuites qu'elle était étrangère à la détermination de Carilio ou Salazar, que de le leur affirmer par serment, puisqu'ils ne l'en croyaient pas sur ses simples désaveux. Or, elle était liès-inléressée à en é:re crue, soit pour ne pas s'en faire à elle-même et a son ordre des ennemis, soit pour conserver l'union et la charité avec eux. D'autre part, c'était la pure vérité, et elle aurait fait tort à Salazar en ne la faisant pas connaître. Elle fai>ait donc serment pour la vérité, pour la justice et par nécessité. Mais dans ces trois conditions, le serment est un acte de religion par lequel on atteste l'indéfectible vérité de l'excellence de la nature divine, Est-il donc détendu aux saints de rendre gloire à Dieu, en le prenant pour vengeur du mensonge et de la fausseté?

C'était le recteur des jésuites d'Avila qui avait remis à la Sainte la lettre du provincial. Sa réponse à ce recteur témoigne fortement de sa fermeté pour la défense d'une cause juste.

N. 5. Salazar, dit-elle, ne fera pas une chose qu'il sait être une offense de Dieu. Quel éloge de ce père!

N. 7. La religieuse qui passa des Augustines dans la maison de Paslranne, était doua Catherine Machuche; elle fut redevable de son changement d'ordre à la haute protection de la princesse d'Ebuli, qui l'imposa d'autorité à sainte Thérèse.

Fin du N. 8 et au commencement du N. 9, il est question d'une révélation par laquelle Noire-Seigneur aurait fait connaître à la Sainte que Salazar entrerail dans son ordre. La Sainte en a parlé plusieurs fois à ce père, sans avoir l'intention de le lui faire croire, et cependant elle ne lui en a pas assez dit; il le croit aveuglément, el elle-même ajoute moins de [oi que lui à ces clioses. Qu'est-ce que cela signifie? Discutons les preuves de celle révélation : elles se réduisent uniquement à la véracité bien connue de la Sainte. Elle racontait celle révélation à Salazar, et Salazar qui connaissait sa lionne foi, croyait à son lécit : il croyait à un seul témoin qui doulail de lui-même; car la Sainte dit : Je crois moins que lui à ces choses. Celte révélation n'est pas sa raison pour croire ce père appelé à son ordre; A son avis, c'est parce qu'il n'a pus l'esprit de l'ordre de Loyola. Autant dire qu'elle ne juge pas de l'oppnrtunité du changement de ce religieux, par la révélation qu'elle en a eue. Ou die ccoit cette révélation véritable, ou non. Ce ne peui être qu'en la croyant fausse qu'elle fait biefl de ne pas en tenir compte; mais alors, pourquoi en faire tant d'élalage? Pour moi, je pense qu'elle l'a crue vraie, et que c'est par pure modestie qu'elle a renoncé à en faire usage et a s'en tenir à d'autres raisons , bien assurée qu'une chose révélée ne peut pas manquer d'avoir son accomplissement, soit que pour l'amener on fasse usage, ou non, de la révélation qui en est faite.

N. 10. Si les choses ne marchent pas, c'est qu'elle est pour elle et pour loul le monde une pierre d'achoppement. Si le vaisseau .de la réjorme est battu de la tempête, c'est tlle qui en est cause. Elle est un nouveau Jouas; il (aul la jeter à la mer. Eh bien! on ne l'en croit pas, et ce Jonas prétendu se trouve l'ange qui sauve le vais- 6i au battu de la tempête.

N. 11. La sœur de la Portugaise , Blanche de Jésus-Marie, était doua Françoise Fieyle, qui prit, en faisant profession cinq ans après, le noir, de Marie de Saint- Joseph. Le couvent, d'après celle lettre, devait considérablement d'argent a la mère île ces deux heureuses tilles.

- ■ ^^tiu^T^n^umti^^v-wtm

Au même père Fr. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Septième.)

1. — Jésus soil avec vous, mon père, et vous délivre de ces gens dont je vous parle. Je suis outrée de leurs indignités à l'égard de ces pauvres religieuses. Je les ai fait promettre d'obéir, à cause du scandale qui est déjà grand ; on a été ici de mou avis , en particulier les dominicains , ce qui m'a fait soupçonner qu'ils se faisaient la main les uns aux autres, car ils sont coalisés contre cette réforme, et j'étais rebutée d'entendre leurs clabauderies. Il y a longtemps qu'elles souffrent, et néanmoins je ne crois pas qu'elles eussent cédé, si je ne leur avais fait comprendre qu'elles le pouvaient sans préjudicier à leur cause.

2. Depuis que les déchaussés sont hors de la maison, leur procès n'a guère été poursuivi. J'ai donc écrit à Roques et à Padille que, si ce qui regarde les déchaussés ne prenait pas une bonne tournure , et s'il restait des visiteurs , ce n'était pas la peine de presser l'affaire au conseil royai, parce qu'il ne me paraissait pas convenable , lors même que les sœurs gagneraient que j'allasse dans leur maison, et qu'il me paraissait très-mal de ne pas y aller et de les abandonner après qu'elles ont tant soufiert. Après tout, je crois que je ne bougerai pas , d'autant plus qu'à ce que j'en vois l'affaire ne prend pas le bon chemin , et que le Seigneur cherche quelqu'un pour consoler ces bonnes âmes. J'en ai grand'pitié, car elles sont affligées , comme vous le verrez par ces billets que je vous prie en grâce d'envoyer au père Germain, atin qu'il les recommande à Dieu. 11 est heureux qu'il soit en liberté. Quant au frèreJean (de la Croix), je tremble de peur qu'ils n'inventent contre lui de nouvelles accusations. Dieu traite ses amis d'une manière bien trL-te; il est vrai qu'il ne leur fait pas d'injustices, puisqu'il n'a pas mieux traité son propre Fils.

3. Lisez, mon père, celte lettre que m'a apportée un monsieur de Ciudad Rodrigue , qui venait exprès pour cette religieuse. Il en dit beaucoup de bien ; s'il dit la vérité, elle nous sera une bonne acquisition. Elle porte '»00 ducats, cinquante par-dessus, et avec cela un bon trousseau. Celle* d'Albe me demandent une sœur; celle-ci désire aller à Salamanque, mais elle ira tout aussi bien à Albe, quoiqu'elle fût plus nécessaire à Salamanque à cause de la pauvreté de la maison. Elle peut aller où vous l'enverrez ; je m'abstiens de vous rien déterminer : elle paraît convenir également pour l'une ou l'autre de ces maisons.

k. Nous sommes en pourparler pour cette maison-ci avec deux postulantes qui apportent 1500 ducats de Burgos. Elles sont, dit-on , fort bien, et nous en aurions besoin pour l'ouvrage; en en cherchant une autre tout serait au grand complet. Donnez-nous votre autorisation. Voyez le. receveur de la compagnie pour la sœur de la prieure de Véas. J'ai envoyé la prieure de Médina prendre des informations : vous verrez là ce qu'on dit, et on doit en savoir plus long. Ne laissez pas de prendre garde à ce que vous faites : >e vous avertis que ce naturel ne se oerd

-oiilkfïliïii

guère. Enfin, quoique Anne de Jésus ne l'ail vue que deux ou trois fois, on doit le lui avoir dit. Je lui ai répondu romnie si j'avais su tout ce que je sais maintenant ; car, sans y réfléchir, en voyant qu'on ne l'avait traitée ni en frère, ni en sœur, et le frère est de la compagnie de Jésus, il m'a d'abord semblé qu'ils s'entendaient entre eux.

5. Je souffre déjà beaucoup d'avoir été si longtemps sans me confesser à vous. Je ne trouve pas ici de ce côlé les ressources que j'avais à Tolède, et c'est pour moi une grande peine. Voilà ce que je vous écrivais hier, et tout à l'heure on m'en dit tant sur les injustices qu'on fait à ces sœurs, que c'est une grande pitié. Je pense que les filles de celle maison ont peur de tomber entre les mains des mitigés, et je ne suis pas surprise qu'elles le craignent, car il y a vraiment de quoi craindre. Que Dieu vienne à leur secours et qu'il vous conserve. La nuit est avancée et le messager part demain. Nous sommes aujourd'hui le onze

mars.

L'indigne servante de votre paternité,

Thérèse de Jésos.

notes.

Celle leilre, datée du 10 et du \ 1 mars 1578, paraît avoir été écrite de Sainl-Joseph d'Avila.

N. 1. Grande affiire : l'élite el le plus grand nombre des religieuses de l'Incarnation avaient élu sainte Thérèse, prieure de leur maison. Sans doute Thérèse était digne de leurs suffrages; elle en était si digne, qu'elles eussent fait vainement le tour du monde pour en trouver une autre aussi digne qu'elle. Mais plus son mérite était émineut, et plus il Taisait ombrage; son élection était donc un honneur rendu au mérite, contrairement à l'usage. Toutefois, les contradictions qu'elle soulève vont faire rentier un peu notre élonnement ; ce qui est arrivé au Fils de Dieu, et toujours, avant el après lui, à la vertu, ne nous a pas accoutumés à la voir arriver aux honneurs, du moins sans que de noires intrigues el cabales ne lui vins enl à la tr verse. S»n suri ordinaire el le plus doux est d'èire méprisée et laissée im unie, liais lorsqu'elle parait trop et qu'elle est ini-e en évidence, ses ennemis se lèvent furieux ; ils aiguisent leurs langues et leurs traits empoisonnés pour la percer et se détiarras-er de sa présence qui leur e-t insupportable. Elle est propre à loute soi le de bien ; donc elle ne l'est pas aux grandes places, où l'on veut quelqu'un qui laisse faire tonte sorle demal. Tout le monde bal des mains à l'élévaiiuu d'un fnpon el d'un hypocrite. Contre celle d'un homme de mérite, d'une capacité reconnue el d'un grand cœur, tout le monde se récrie: Ou il ne Connaît pas les hommes, ou il n'a que de fausses lumières. Ob'. Thérèse, que vous manqua-t-il, lorsqu'on attaqua voue élection? nous l'ignorons. Vous lûtes sans doute accusée d'être une fanatique. Peu importe. A peine fn'-il question de faire louliiner cette élection, qu'il y eut un décb îuement général du côté des mitigé~, qui attirèrent dans leur parti les religieuses île l'Incarnation, qui n'avaient

pas d é lein voix à la Sainte. Le provincial Magdeleine, et un maître, nommé

Valdemore, se rendirent aussitôt au couvent, pour faire une information sur la manière doni les élections avaiei i éié faites. Ils en dressèrent un procès-verbal qui n'eut rien de conforme à la vérité, el ils prononcèrent, en vertu de ces mensonges,

In nullité de l'élection dé la S ie. Comme ils n'étaient pas compétents pour cet

ai i de juridiction, l'affaire fut portée au conseil royal. Elle était encore pendante, lors tue -la Sainte écrivit au P. Grac an q.iV//c les avait (ail consi'tilir à se soumettre et à nbéir provisoirement aux mitigés qui s'étaient emparés du gouvernement de la maison.

V i. (Jne devint le fameux procès? il dura trois ans, pendant lesquels Anne de Tolède fut prieure de la maison, et les pères de l'Observance n'obtinrent pas, comme ils s'y attendaient, le gouvernement intérimaire, qni fut donné au nonce. La Sainte d'il qu'elle est fort en peine de Jean de la Croix, et qu'elle craint qu'on n'inventa quelque nouvelle accusation contre lui. Elle en fut quitte pour la peur. Il prit impunément cette fois la défetue de ses religieuses, pour lesquelles il eut tant a

&mg^imm^ïmm

Page 1