PREMIERE LETTRE
Idée générale des OEuvrcs spirituelles de saint Jean de la Croix.
Madame,
Pour vous obéir, je traiterai dans ces lettres ce qui concerne la doctrine spirituelle de saint Jean de la Croix : entreprise fort supérieure) à mes forces ; mais je mets ma conGance dans le Père des lumières, j'implore la protection du grand saint qui nous a donné ces œuvres , et je soumets tout ce que je vous dirai à votre judicieuse critique.
Outre cette première lettre, qui n'est destinée qu'à vous présenter le plan général de ces œuvres spirituelles , je vous en écrirai neuf autres, dont huit contiendront l'analyse de tout l'ouvrage, et la dernière fera voir la solidité et la sûreté de tout ce qu'enseigne notre saintautcur. J'ai cru celte lettre nécessaire, pour montrer que saint Jean de la Croix ne favorise en rien les erreurs des quiétistes. Je n'ai pas tous les livres qui me seraient utiles pour traiter cette matière, mais je dirai l'essentiel.
Il y a quatre traités dans lesOEuvres de saint Jean de la Croix, dont la traduction a été donnée en notre langue sur la fin du dernier siècle ; traduction assez soignée pour le style ; je la suppose Adèle et conforme au texte espagnol que je n'ai point ; ainsi je n'en puis faire la comparaison. Ces quatre traités sont la Montée du Carmcl, la Nuit obscure de l'Ame, la Vive Flamme, de l'amour, Cantiques spirituels de l'âme et de Jesus-CItrist, son époux. Je ne dis rien de quelques lettres placées à la On
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du volume (1J ; elles n'ont point de rapport aux quatre traités, ni des Précautions , Sentences et Maximes qui ne sont que des extraits de la doctrine du saint auteur.
Il me semble, madame, que les deux premiers traités auraient pu être présentés sous le titre de Nuit obscure de l'âme ; car dans le premier traité il est tout à fait question de cette nuit, et très-peu de la Montée du Carmel. Je considère donc, sauf meilleur avis, celle Montée du Carmel comme le titre qui conviendrait à loul l'ouvrage , étant certain que les quatre traités conduisent au sommet de celte sainte montagne qui était dans les vues de saint Jean de la Croix , une figure de la conlemplalion ; mais celte remarque est peu importante par rapport à la doctrine essentielle du livre , et je ne la fais que pour mettre plus d'ordre dans mes idées.
Les deux premiers traités sontprécédésdecantiquesaunombredehuit, mais deux seulement sont ex pliqués dans luMontée du Carmel ; les mêmes sont encore traités dans \a.Nuit obscure de l'dme, et l'on y ajoute en peu de mots, l'exposition du troisième. Il n'est rien dit des cinq autres ; ce qui prouverait peut-être qu'il s'est perdu quelque chose de ces deux traités. Le traducteur ne nous donne point d'éclaircissement sur cela.
La Vive Flamme de l'amour est aussi précédée de cantiques : ils sont au nombre de quatre, et tous expliqués. Il en est de même des cantiques spirituels au nombre de quarante , ils ont tous leur paraphrase. Ces cantiques, au reste, ne sont pas l'objet principal de ces œuvres ; je les considère comme des textes qui donnent lieu aux explications qu'on trouve dans le cours de l'ouvrage. Les quarante cantiques qui forment le dernier traité , sont dans le Style du Cantique des Cantiques de Salonioii, et l'ou y a inséré plusieurs figures et plusieurs expressions tirées de ce livre sacré.
Les deux premiers traités, la Montée du Carmel et la Nuit obscure de l'dme , sont la partie la plus instructive de ces œuvres ; et les deux derniers, la Vive Flamme de l'amour, et les Cantiques spirituels en sont la parlie la plus affectueuse. J'insisterai fort sur le premier livre de la Montée du Carmel, parce qu'il contient, ce me semble, les principes de tout ce qu'enseigne et recommande saint Jean de la Croix. Je vous demande, madame, la permission de vous écrire trois lettres sur ce seul livre. Je suis, etc.