‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 117 sur 448 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

On parle de la première cause de cettenuit, el on montre que c'est la privation que les passions souffrent.

Nous appelons nuit, en cet endroit, la privation du plaisir dont les passions sont privées en toutes choses; car comme la nuit naturelle est la privation de la lumière et des objets visibles, de sorte que les yeux ne peuvent les voir, de même on peut donner le nom de nuit à la mortification des passions. Car, lorsque l'âme se prive en toutes choses des plaisirs que les passions recherchent, on peut dire qu'elle demeure dans la nuit , et qu'elle est dépouillée de toutes les choses qui peuvent la soutenir; ou, pour donner plus de clarté à celte vérité, comme les yeux de l'homme se nourrissent de la lumière du jour et des objets qu'elle leur découvre, et comme le défaut de celle lumière les empêche de s'en repaître, de même l'âme en se servant de ses passions, se nourrit des choses qu'elle goûte par l'opération de ses puissances. Mais, lorsqu'on mortifie les passions, l'âme ne reçoit plus d'aliments des créatures; et de celte façon elle est remplie d'obscurité, et destituée des objets que les passions lui présentaient.

Les exemples qui regardent les puissances de l'homme feront mieux entendre celle matière ; en voici quelques-uns des plus propres à l'expliquer. Lorsque l'âme soustrait à sa passion les objets qui peuvent plaire à l'ouïe, elle est au regard de ce sens, dans la privation des choses qui le touchent; elle se trouve dans le même état à l'égard des yeux, lorsqu'elle renonce au plaisir des objets qui peuvent les satisfaire. 11 faut ainsi juger de l'attouchement, du goût, de l'odorat; de sorte que quand l'âme mortifie sa passion, en rejetant le contentement que les créatures lui donnent, elle est dans une profonde nuit, c'est-àdire, dans une er.tière privation en ce qui regarde les choses créées. La raison est parce que, selon les philosophes, l'âme est semblable à une toile blanche où l'on n'a peint aucune figure; de même, suivant le cours

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