‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 118 sur 448 · I.l\ RE I. tlIU'ITRE IV · texte numérisé non relu

I.l\ RE I. tlIU'ITRE IV

ordinaire de la nalure, elle n'a rien et n'acquiert aucune connaissance que par l'opération des sens, comme un prisonnier ne voit que par les fenêtres de la prison où on le tient dans les fers. C'est pourquoi quand elle rejette ce que les sens lui présentent, elle n'a ni objet, ni connaissance, et elle est dans l'obscurité et dans la privation de toutes choses, puisque c'est par ces seules ouvertures que la lumière et les créatures peuvent passer jusqu'à elle; car, quoiqu'il soit certain qu'elle voit, qu'elle entend, qu'elle flaire, qu'elle goûte et qu'elle touche par le ministère des sens, néanmoins si elle n'use pas de leurs opérations, elle n'en est non plus touchée que si elle ne connaissait aucun objet par la vue ou par l'ouïe, ou par quelque autre sens extérieur; et il lui arriverait la même chose qu'à celui qui fermerait les jeux au soleil, et qui demeurerait dans l'obscurité, comme s'il était aveugle.

C'est ce que le prophète-roi semble signifier quand il dit qu'il est pauvre, et qu'il est dans les travaux dès sa jeunesse (Psal. LXXXY1I, 16). Car, quoi qu'il possédât de grandes richesses, il ne s'y attachait nullement, et de cette sorte il était véritablement pauvre. Au contraire, s'il eût été privé des biens temporels, et qu'il les eût désirés de tout son cœur, on n'eût pu lui attribuer la vertu de pauvreté, puisque son âme, suivant le penchant de sa passion, eût été abondante en toutes choses.

Pour ces raisons, nous disons que la pauvreté de l'âme est une nuit obscure. Nous ne parlons pas dumauquement réel des créatures, puisque ce manquement n'en dépouille pas l'âme lorsqu'elle les recherche ; mais nous parlons de la pauvreté d'esprit, je veux dire de la privation du plaisir que les choses passagères nous donnent, parce que cette privation établit l'âme dans un parfait vide et dans une parfaite liberté ; les biens de la terre ne l'occupent pas, ils n'attirent pas son amour, ils ne peuvent avoir aucune entrée en son cœur, ils ne lui font aucun préjudice. Aussi est-ce la seule volonté et le seul désir qui lui nuisent.

Voilà la première nuit dont l'âme est environnée selon la partie inférieure de l'homme. II faut maintenant voir combien il lui est utile; si elle se porte à l'union divine, de sortir de sa maison pendant que l'obscure nuit des sens dure.

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