‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 129 sur 448 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

On établit, par des comparaisons et par des passages de l'Ecriture, comment les passions souillent l'âme.

Les taches de l'âme sont le quatrième dommage qui naît des passions déréglées, car elles font le même effet que fait la poix en ceux qui la louchent, et qui se gâtent les mains, dit l'Ecclésiastique [Eccl. XIII, 1). Pour entendre cette comparaison, il faut remarquer que les créatures sont semblables à la poix noire; que comme un diamant est plus noble et plus brillant que la poix noire, de même l'âme est plus excellente et plus sublime que les créatures; et que comme ce diamant serait fort sale si on le plongeait dans la poix fondue, de même l'âme est toute remplie d'ordures, lorsqu'en s'abandonnant à ses passions, elle s'attache aux choses créées, ou bien, comme la boue qu'on mêle avec de l'eau claire la trouble, et comme la suie qu'on jette sur un beau visage le défigure, de même le plaisir que l'âme prend dans les créatures, la corrompt et la rend difforme aux yeux de Dieu.

11 semble que Jérémie se représentait la beauté de l'âme et ensuite sa laideur, lorsqu'il disait dans ses lamentations : Que ses cheveux étaient plus blancs que la neige, plus nets que le lait, plus vermeils que l'ivoire, plus beaux que les saphirs; mais que son visage est devenu plus noir que le charbon, et que quand elle parait en public, on ne la reconnaît plus (Thren.lX, 7,8). Les cheveux signifient les affections de l'âme, lesquelles s'altachanl à Dieu, sont d'une admirable beauté. La neige, le lait, l'ivoire et le saphir expriment la beauté des créatures : mais les opérations de l'âme, pendant qu'elles sont régulières, les surpassent; et, au contraire, quand elles s'éloignent de Dieu et se tournent vers les choses créées, elles noircissent l'âme, et lui impriment une si horrible difformité qu'on ne peut rien imaginer d'assez laid dans la nature pour nous en donner une juste idée.

Or, ces souillures de l'âme ne viennent pas seulement du péché mortel ou la révolte de la passion l'engage; elles viennent encore des fautes légères qui privent l'âme de la parfaite union de Dieu, jusqu'à ce que la passion soit sortie de ses égarements. Qui peut donc comprendre la grandeur et la diversité des taches d'une âme qui s'est livrée au désordre de ses passions? Si on le pouvait expliquer, on serait touché d'une extrême compassion, de voir les plaies et les taches différentes dont les passions couvrent l'âme, chacune selon sa nature et sa vio-

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