‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 144 sur 448 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

On commence à traiter de la seconde partie, ou de la seconde cause de cette nuit qui est la foi, et on prouve par deux raisons qu'elle est plus obscure que la première et la troisième partie de celte nuit.

Il faut maintenant parler de la seconde partie de cette nuit qui est la foi ; c'est l'admirable moyen d'aller au terme qui est Dieu ; c'est la seconde cause, ou la seconde partie de cette nuit au regard de l'âme. Car la foi qui est entre Dieu et l'âme, est comparée à la minuit ; de sorte que nous pouvons dire que l'âme est alors dans une plus grande obscurité, que n'est la première et la troisième partie de cette nuit, puisque la première partie de la nuit du sens est semblable à la première partie de la nuit naturelle, où les objets matériels commencent à disparaître à nos yeux, quoiqu'elle ne soit pas destituée de toute lumière comme est la minuit; la troisième partie qui est l'aurore, n'est pas aussi si obscure, puisqu'elle est proche de la lumière du jour et des rayons du soleil. On compare cette partie à Dieu ; car quoique Dieu soit à l'âme une nuit aussi obscure que l'est la foi, toutefois lorsque l'âme a passé par les trois parties de celte nuit qui lui est naturelle, Dieu répand surnaturellement dans elle la clarté, d'une manière sublime, supérieure, et connue par une douce expérience; et c'est en ce temps-là que l'union parfaite avec Dieu commence : ensuite elle s'achève dans la troisième partie de la nuit, qui est sans doute moins obscure que les deux autres nuits.

Deplus,cet!e seconde nuit de la foi est plus obscure que la première ; parce que la première regarde la partie inférieure, de l'homme, et conséquemment elle est extérieure; mais la seconde regarde la partie supérieure et raisonnable, et par une suite nécessaire elle est intérieure et plus obscure ; car elle dépouille l'âme de sa lumière raisonnable, ou pour mieux dire, elle l'aveugle, non pas en détruisant sa raison et sa lumière, mais en élevant l'âme à la lumière surnaturelle de la foi, et en la perfectionnant par les actes de la foi dans les choses divines et dans la manière de les connaître; c'est pourquoi cette foi ressemble à la minuit, qui est la partie la plus obscure de toute la nuit.

Nous devons donc montrer ici que cette seconde partie de la nuit, c'est-à-dire la foi, est une nuit à l'esprit, comme la première partie est une nuit au sens. Nous parlerons aussi des choses qui lui sont contraires, et de ce que l'âme doit faire pour entier en cette nuit par ses opérations ; car pour ce qui louche la manière passive d'y pénétrer, c'està-dire , les opérations que Dieu fait dans l'âme pour l'y introduire, nous en traiterons dans le troisième livre.

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