CHANTRE TROISIEME
De quelle manière In foi cal une nuit obscure à l'âme : on te prouve par la raison et par l'autorité de l'Ecriture.
Les théologiens enseignent que la foi est une habitude certaine et obscure, infuse dans l'âme : on l'appelle une habitude obscure, parce qu'elle nous incline à croire les vérités que Dieu nous a révélées, et qui surpassent nos lumières naturelles et la capacité de notre esprit. Cette lumière étant infiniment plus grande que la nôtre , elle est à l'égard de l'Ame aussi obscure que des ténèbres très-épaisses, parce qu'une lumière très-éelatante éteint une lumière très-petite, comme nous voyons que les rayons du soleil font disparaître les autres lumières, et qu'ils nous éblouissent la vue, ou plutôt ils nous aveuglent, n'y ayant nulle proportion entre la grandeur excessive de leur lumière, et la faiblesse extrême de nos yeux. De la même manière, la lumière de la foi surpasse par sa grandeur excessive et par son infusion surnaturelle, la lumière de notre entendement, parce qu'il ne peut connaître de lui-même que les choses naturelles, quoique Dieu puisse l'élever par une puissance extraordinaire à la connaissance des choses surnaturelles. C'est pourquoi il ne saurait avoir la connaissance des objets de quelque nature qu'ils soient, que par le moyen des sens extérieurs, et des images que l'imagination lui présente, comme des tableaux ressemblants aux choses que les sens perçoivent; si bien que c'est la puissance et l'objet qui forment la connaissance. De sorte que si on racontait à un homme des choses dont il n'aurait ni acquis la connaissance, ni vu la ressemblance eu peinture ou en quelque autre manière, il ne les connaîtrait non plus que si on ne lui en avait point parlé. Par exemple, si ou lui soutenait qu'il y a dans une île une espèce d'animal qu'il n'aurait jamais vu, et dont il ne trouverait aucune ressemblance dans les animaux, qui lui sont connus, il n'en concevrait aucune idée, quoiqu'on lui en rapportât beaucoup de choses. De même si on faisait à un aveugle-né la description de la couleur blanche ou rouge, il ne lui en resterait ni espèce dans l'imagination , ni connaissance dans l'esprit, parce qu'il n'en aurait point de Ggure ressemblante, n'ayant rien vu de semblable.
Ainsi avec quelque proportion la foi nous propose des choses que nous n'avons vu ni dans elles-mêmes, ni dans des objets naturels qui puissent nous en tracer l'image ; si bien que n'étant pas proportionnées à nos sens, nous ne pouvons les connaître naturellement. 11 faut donc que Dieu nous les révèLe, et que quand on nous les enseigne nous les croyions, en soumettant notre entendement et ses lumières naturelles aux lumières divines de la foi , et en nous aveuglant nousmêmes pour suivre ses connaissances obscures; car, comme dit saint Paul, la foi vient de l'ouïe, et l'ouïe de la parole de Jésus-Christ (Rom.t X, 17). Ce n'est pas une science qui entre dans l'esprit par nos sens, mais c'est le consentement que l'âme donne aux choses qui entrent par l'ouïe.
Cependant les exemples que nous avons apportés ne font pas assez concevoir combien la foi surpasse notre entendement. Il est constant qu'elle est beaucoup plus élevée au-dessus de nos lumières naturelles que nous n'avons fait comprendre ; car, bien loin de nous donner une science évidente , elle surmonte tellement toutes nos connaissances, qu'on n'en peut juger comme il faut , quelque parfaite contemplation que nous ayons. Nous parvenons aux autres sciences par la lumière de l'entendement; mais il est nécessaire de renoncera ces lumièret,
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