‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 156 sur 448 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

De quelle manière la foi est à l'entendement un moyen prochain et proportionné, pour élever l'âme à l'union divine. On apporte quelques passages et quelques figures de l'Ecriture sainte pour prouver cette vérité.

On peut recueillir de ce que j'ai dit jusqu'ici que l'entendement, pour avoir les dispositions propres à l'union divine , doit être épuré et vide , non-seulement des objets qui frappent les sens, mais aussi de toutes les choses qu'il peut connaître avec évidence : de telle sorte qu'il soit tranquille en lui-même, et solidement établi en la foi ; car la foi seule est un moyen prochain et proportionné pour unir l'âme à Dieu ; puisqu'il n'y a point d'autre différence, sinon qu'on voit Dieu, ou clairement par la vision béatifique, ou obscurément par les lumières de la foi. Car la foi nous le propose tel qu'il est, immense, infini, un en nature, trin en personnes; et de cette manière la foi est le moyen par lequel Dieu se découvre à l'âme dans sa divine lumière, qui surpasse la portée de tout entendement humain. Ainsi plus la foi est grande, plus l'union de l'âme avec Dieu est étroite. El c'est ce que saint Paul a voulu signifier quand il a dit, que quiconque s'approche de Dieu doit croire qu'il y en a un (Hcbr., XI, G) ; c'est-à-dire qu'il doit aller à Dieu par la foi. Ce qui se fait lorsque l'entendement étant aveuglé en lui-même, est élevé par la foi seule, et lorsque Dieu s'unit à l'esprit par la foi, et qu'il se tient caché dans ses ténèbres , selon la portée de David ; Il y a un nuage, dit-il, sous ses pieds, et il est monté sur les chérubins, et il a volé sur les ailes des vents , et il s'est caché dans des nuées ténébreuses qui le couvrent de tous côtés comme un pavillon (Ps. XVII, 10, tl, 12), Ces paroles': Il y a un nuage sous ses pieds , et il s'est caché dans des nuées ténébreuses qui le couvrent de tous côtés comme un pavillon, représentent l'obscurité de la foi où Dieu se cache. Et celles-ci : // est monté sur les chérubins , et il a volé sur les ailes des vents, nous apprennent que Dieu vole el s'élève au-dessus des forces de l'entendement. Car les chérubins signiGent des esprits intelligents. El les ailes des vents ne sont autre chose que les sublimes connaissances de l'entendement ; el comme l'être de Dieu esl infiniment au-dessus de toutes ces choses, il n'est point de créature qui le puisse concevoir. Nous en avons une figure dans les saints livres. Lorsque Salomon eut achevé le temple de Jérusalem, Dieu y descendit dans un nuage cl remplit tellement le temple, que les Israélites ne purent le voir : et Salomon dit alors ces paroles : Le Seigneur a promis de demeurer dans une nuée (III Reg. VIII, 12). Lors aussi que Moïse était sur la montagne de Sinaï, Dieu lui apparut environné d'un nuage (Exod. , XIX, 9). Toutes les fois enfin qu'il a eu quelque commerce sensible avec les hommes, il ne s'est montré que sous le voile des ténèbres , comme il est marqué dans le livre de Job [Job, XXXVIII, 1 ; ibid. , XL , 1). Ce saint homme assure que Dieu lui parla du milieu d'un nuage épais; ce qui nous montre l'obscurité de la foi, sous laquelle la divinité , lorsqu'elle se communique à l'âme, se lient cachée. Communication qui sera parfaite, lorsque, selon la doctrine de saint Paul, ce qui est imparfait cessera, c'est-à-dire les ténèbres de la foi (I Cor., XIII, 10), et lorsque la perfection sera venue, c'est-à-dire la clarté de Dieu. La conduite de Géiléon, dans la guerre qu'il fit aux Madianiles. exprime encore celte vérité

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