‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 160 sur 448 · LIVRE II. CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XII

Ohl qu'heureuse est l'âme qui a pu vaincre celte ltête dontsaint Jean parle dans son Apocalypse (Apoc, XV, 2 ; XVI, 3), qui a sept têtes opposées aux sept degrés de l'amour divin, qui s'efforce de détruire chaque degré, cl qui combat l'âme dans chacune de ces sept demeures, lorsqu'elle travaille pour monter au plus haut degré de l'amour céleste. Assurément si elle se défend avec fidélité dans chaque degré, et si elle remporte l'avantage, elle méritera de passer de degré en degré jusqu'au dernier, après avoir coupé les sept lêtes, avec lesquelles la bête lui faisait une guerre si cruelle ; car, comme dit saint Jean : Celte bêle aie pouvoir de faire la guerre aux saints et de les vaincre (Apoc, XIII, 7j. Ce qu'elle exécute en les attaquant chacune dans ces degrés, avec toute la force de ses armes.

Si bien que c'est une chose affligeante d'en voir plusieurs , qui sont entrés dans ce combat de la vie spirituelle contre la bête, et qui n'ont pas assez de courage pour lui trancher la première tête, en renonçant aux choses sensibles. Que si quelques-uns en viennent à bout, ils' ne lui enlèvent pas néanmoins la seconde tête en rejetant les apparitions et les goûts dont nous parlons. Mais ce qui est encore plus digne de compassion, après que quelques-uns lui ont coupé non-seulement la première et la seconde tète, mais aussi la troisième qui représente les sens intérieurs, en passant de la médilalion à un degré d'oraison plus excellente ; au lieu d'entrer dans la pureté de l'esprit, ils donnent occasion à celle bêle de les assaillir de nouveau et de les surmonter, en sorte qu'elle ressuscite et rétablit sa première lêle, et alors la fin de ces genslà devient pire en leur rechute que leur commencement, parce que la bête prend avec elle sept autres esprits plus méchants quelle (Luc, XI, 26), et fait la guerre avec plus de cruauté qu'auparavant. L'homme spirituel doit donc se défaire de toutes les représentations, et de toutes les douceurs qui flattent les sens extérieurs, s'il désire couper la première et la seconde tête de ce monstre. Il doit en même temps entrer par l'exercice d'une vive foi, dans la première et dans la seconde demeure de l'amour, ne s'embarrassant nullement des choses sensibles, parce qu'elles sont un grand obstacle à la nuit spirituelle de la foi.

Ce qui prouve que toutes ces visions et tous ces sentiments ne peuvent être un moyen pour acquérir l'union divine, n'ayant nulle proportion avec elle, et donnant lieu au démon de tenter l'âme qui s'y plaît, et de la précipiter en plusieurs périls, et de la perdre sans ressource. D'où il s'ensuit qu'on doit abhorrer ces visions et ces sentiments, et qu'il ne faut jamais les recevoir, sinon rarement et en de certains cas, selon qu'une personne docte, spirituelle et expérimentée en jugera.

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