CHAPITRE DOUZIÈME
On traite des représentations imaginaires et purement naturelles. On montre de quelle nature elles sont, et qu'elles ne peuvent être un moyen proportionné pour arriver à l'union de Dieu, et combien elles nuisent à rame, lorsque l'âme ne s'en détache pas.
Avant que nous parlions des visions qui sont présentées surnalurellement à l'imagination et à la fantaisie, il est nécessaire de traiter des représentations que ces sens intérieurs forment naturellement afin que nous passions des plus petites choses aux plus grandes, et des plus extérieures aux plus intérieures, jusqu'à ce que nous parvenions aux recueillement intime où l'âme s'unit à son Dieu.
Il s'agit donc maintenant de deux sens corporels et intérieurs, à sa-. voir l'imagination et la fantaisie, dont l'un sert à l'autre selon l'ordre naturel qu'ils ont ensemble. Car la fantaisie, qu'on appelle aussi la ratiocinalive, fait une espèce de raisonnement imparfait, et l'imaginative
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LA MONTEE DU MONT-CARMEL
forme 1rs images des choses que les sens extérieurs perçoivent.
El pour ce qui regarde notre dessein, ce que nous dirons de l'un de ces sens se doit entendre aussi de l'autre, comme si nous pai lions des deux ensemble; et ou doit appliquer à un seul, ce que nous écriions de l'un et de l'autre.
Or, on appelle images, représentations ou figures corporelles, tout ce que ces deux sens intérieurs forment, en opérant eux-mêmes parleurs forces naturelles : et de celte sorte ces deux puissances contribuent par l'usage de ces espèces, à la méditation qui renferme le raisonnement et le discours; comme il arrive lors, par exemple, qu'on s'imagine Jésus-Christ attaché à la colonne ou à la croix, ou qu'on se représente Dieu même revêtu d'une grande majesté et assis sur un trône fort élevé, ou la gloire céleste comme une très-belle lumière, ou les autres choses divines et humaines, qui peuvent frapper l'imagination.
L'âme doit se vider de toutes ces représentations corporelles, pour être participante de l'union de Dieu. Elles n'ont nulle proportion avec Dieu, et ne peuvent non plus que les objets matériels des sens extérieurs, conduire l'âme à cette union. La raison est, parce que l'imagination ue se peut Dgurer que ce qu'elle a reçu par la vue, ou par l'ouïe, ou par les autres sens extérieurs, et tout au plus elle peut former les images des choses qui sont venues parles sens jusqu'à elle, lesquelles ne sont pas néanmoins plus nobles que les objets mêmes de ces sens. En effet, quoique l'imagination se représente des palais de pierres précieuses et des montagnes d'or, parce qu'elle a reçu des sens extérieurs les images des pierres précieuses et de l'or; néanmoins tout cet ouvrage n'est ni plus excellent ni plus grand, que la substance d'un grain d'or et d'une pierre précieuse, quoique l'imagination ait fait en ellemême avec art et avec ordre, la composition de ces palais et de ces montagues. Et parce que les créatures n'ont nulle proportion avec l'essence divine, il est constant que toutes celles que l'imagination se représente, ne peuvent être à l'âme un moyen prochain pour s'unir à son Créateur.
• El de celte manière ceux-là sont éloignés de Dieu, qui se servent de ses figures imaginaires pour le connaître; par exemple, ceux qui se l'imaginent comme un grand feu, comme une lumière éclatante, ou comme quelque chose de semblable. Car quoique ces sortes de représentations soient nécessaires à ceux qui commencent à s'exercer en la méditation, pour s'enflammer de l'amour divin par l'entremise des sens, et pour donner à leur âme de la nourriture spirituelle; quoique ces opérations soient aussi des moyens éloignés de s'unir à Dieu, et que les personnes spirituelles doivent ordinairement passer par là, pour arriver à leur terme qui est leur repos dans le Seigneur ; toutefois il faut user tellement de ces choses, qu'on se contente d'y passer : car si on s'y arrêtait toujours , on n'atteindrait jamais au terme de l'union divine, qui n'a nulle proportion avec ces moyens éloignés. On comprendra facilement cette vérité parla comparaison suivante. Comme les degrés d'un escalier n'ont rien de semblable à la chambre où ils conduisent ; et comme celui qui veut monter à cette chambre, les doit tous passer de telle sorte, que s'il s'arrêtait à quelqu'un d'eux, il n'irait pas à son terme : de même ces moyens n'ont rien qui approche de Dieu; on n'en doit user qu'en passant; il ne faut pas y demeurer; et si l'on s'y attache, on ne parviendra jamais à cette union.
C'est pourquoi celui qui désire de s'unir à Dieu de celte manière, doit s'élever au-dessus des considérations, des figures imaginaires et des impressions des sens intérieurs; puisqu'elles n'ont nulle proportion avec Dieu, qui est le terme qu'il cherche, comme saint Paul même l'euseigne dans les Actes des apôtres : Nous ne devons pas, dit-il, nous
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