‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 168 sur 448 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

Il est quelquefois expédient à ceux qui avancent en l'oraison, et qui commencent à entrer dans la contemplation, de se servir du discours et des opérations de leurs puissances naturelles. On peut maintenant demander si ceux que Dieu commence à intor-

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duiro en ia contemplation surnaturelle, ne doivent plus reprendre la méditation ordinaire, ni le discours, ni les autres opérations de leurs puissances. On répond que la doctrine que nous avons expliquée jusqu'à présent ne se doit pas entendre de telle sorte que ceux qui commencent à jouir de celte connaissance affectueuse, ne doivent jamais user de la méditation, ni lâcher d'y retourner. Ils n'ont pas dans ces commencements une si parfaite habitude de celle connaissance amoureuse, qu'ils puissent, quand ils voudront, en faire les actes, ou s'y établir el y demeurer constamment. Ils ne sont pas aussi tellement éloignés de la méditation, qu'ils n'aient encore la puissance de méditer comme ils méditaient auparavant, et de raisonner quelquefois pour découvrir de nouvelles vérités. Lors même que suivant les trois marques que nous avons apportées, ils auront reconnu que l'âme n'a pas acquis ce repos el cette connaissance amoureuse, il est nécessaire qu'ils s'appliquent au discours dans l'oraison, jusqu'à ce que leur habitude soit tout à fait formée. Or, elle sera tout à fait formée, quand ils seront pénétrés de la douceur de celte connaissance, et qu'ils ne pourront incliner leur volonté à faire la méditation; car ceux qui profitent en celle voie, avant que de parvenir à la parfaite habitude de cette connaissance affectueuse, ils passent tantôt de l'état de la méditation à celui de la contemplation surnaturelle, et tantôt de l'état de la contemplation surnaturelle à celui de la méditation: de sorte qu'ils sont quelquefois plongés dans celte amoureuse attention à Dieu, sans faire agir leurs puissances naturelles sur les objets matériels, et quelquefois ils ont besoin de recourir à la méditation et au discours pour rentrer dans cette connaissance; et quand ils y sont rentrés, l'âme ne raisonne plus, et n'emploie plus ses puissances au regard des choses corporelles; mais elle reçoit plutôt celte intelligence et cette douceur que Dieu y produit surnalurellement , qu'elle n'opère elle-même par ses forces naturelles ; et il lui suffit alors de s'attacher à Dieu avec attention et avec amour, ne désirant point de rien voir, et en s'abandonnant à la conduite de Dieu, qui se communique alors à elle, comme la lumière du soleil se communique à celui qui tient les yeux ouverts, sans faire autre chose que de recevoir celte lumière. Il est seulement nécessaire pour participer avec plus de simplicité et d'abondance à celle lumière divine, que l'âme ne s'efforce point d'avoir d'autres connaissances sensibles, comme sont celles qui viennent des sens et du discours, parce qu'elles n'ont aucune proportion avec cette lumière toute pure et toute simple. C'est pourquoi, si l'âme voulait considérer dans ces moments-là, et comprendre des choses particulières quoique spirituelles, elle empêcherait par ces objets comme par autant de taches, le cours et l'infusion de cette lumière délicate, et elle souffrirait le même inconvénient que souffrirait celui à qui on metlrait un bandeau sur les yeux, et à qui on déroberait la vue des objets qu'il voyait auparavant.

Il s'ensuit de là qu'aussitôt que l'âme s'est dégagée de l'image sensible des choses matérielles, elle demeure en celle lumière pure et simple; et étant éclairée de la même lumière elle arrive à la perfection. Car cette lumière est toujours prête à se répandre dans l'âme ; mais les images des créatures que l'imagination représente s'oppose à son infusion, laquelle ne manque jamais de se faire, lorsque tous ces obstacles sont levés. Ht alors l'âme étant dans une pure nudilé ou pauvreté d'esprit, et devenant elle-même pure el simple, elle est transformée en la pure et simple sagesse divine, qui est le Fils de Dieu; parce que quand l'amour divin, dont elle est blessée, l'a dépouillée de tout le naturel , Dieu la remplit de dons surnaturels.

Que l'homme spirituel apprenne donc, quand il ne peut plus méditer

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