LIVRE II. CnAPITRE XX. 4C
luellc en sa famille, s'il remplissait son devoir, il ne lui garda pas sa promesse, parce qu'Héli, en dissimulant le péché de ses deux fils, avait déshonoré Dieu. De sorte qu'encore que les révélations divines ne soient jamais fausses, nous ne devons pas penser que les événements en soient infaillibles, selon la signification des paroles qui nous les expliquent ; car ces révélations sont liées avec les causes secondes, qui sont sujettes, de leur nature, à beaucoup de changements. Or, Dieu seul connaît quand cela se passe de la sorte , parce qu'il prédit les choses quelquefois absolument , comme il fit au regard des Ninivites, et quelquefois avec condition, comme il le pratiqua envers Roboam : Si vous marchez, dit-il, par les voies que je vous ai marquées, et si vous gardez mes commandements , comme mon serviteur David, je serai avec vous, et je vous établirai une maison fidèle, comme à David (III Reg. , XI, 38). Mais de quelque manière que Dieu agisse, en cachant ou en découvrant les conditions dont ses révélations dépendent, nous ne saurions en avoir sûrement l'intelligence, ni concevoir le grand nombre des vérités qu'elles contiennent et des sens qui peuvent leur convenir. 11 est dans le ciel , selon l'expression du Sage, et nous rampons sur la terre ; il parle dans les voies de l'éternité, et nous sommes aveugles dans les routes de la terre : comment pourrons-nous atteindre à la sublimité de ses secrets?
Vous me direz : S'il n'est pas en notre pouvoir d'entendre ces choses, pourquoi Dieu nous les communique-t-il? J'ai déjà répondu que nous les comprendrons en son temps, et selon l'ordre que Dieu voudra que nous les connaissions. Alors nous serons convaincus qu'elles se devaient accomplir de cette sorte et non autrement , et que le Seigneur ne fait rien sans raison et sans vérité. Il faut donc croire que les paroles et les prophéties de Dieu sont si étendues et si profondes, qu'elles surpassent la vivacité de notre esprit et la solidité de notre jugement , cl que nous ne pouvons les discerner, selon leurs simples apparences, sans nous exposer à l'erreur et à la confusion. Les prophètes en étaient persuadés , puisqu'ils avaient de la peine à annoncer au peuple les prophéties que Dieu leur inspirait, n'en voyant pas les effets, et souffrant ensuite des mépris cruels et des railleries piquantes. Jlélas ! s'écrie Jérémie en se plaignant, on me tourne en ridicule toute la journée, et tout le monde se moque de moi. Parce que j'ai déclamé contre l'iniquité , et que j'ai publié les calamités qu'elle attire sur le peuple , la parole du Seigneur est cause qu'on me charge d'opprobres et qu'on se rit de moi sans cesse. J'ai donc résolu de ne plus me souvenir de lui, et de ne plus rien dire de sa part (Jérém., XX, 1, 8, 9). Ces paroles, que le saint prophète a prononcées, à la vérité, avec résignation, mais comme un homme faible et incapable de soutenir la peine que l'ignorance des secrets de Dieu lui faisait, ces paroles, dis-je, marquent la différence qui se trouve entre l'accomplissement des prédictions divines et le sens qu'on leur donne, selon la force naturelle des mots qui les expriment ; car le peuple prenait les prophètes pour des trompeurs, et s'en moquait, et les prophètes mêmes en étaient si désolés , que Jérémie dit, dans un autre endroit, que ses prophéties n'ont été pour eux qu'une source de crainte, de pièges qu'on leur tendait de tous côtés, et d'afflictions d'esprit (Threnor. ,111, V7). Jonas , ne pouvant dissiper les ténèbres qui couvraient la vérité des oracles divins, prit la fuite, lorsque Dieu lui ordonna de menacer Ninive de sa ruine, de peur que si sa prédiction n'était pas suivie des châtiments qu'il prédisait, on ne le jouât comme un fourbe. Il attendit même hors de la ville, pendant quarante jours, l'issue de celle affaire, et ne la voyant pas réussir selon ce qu'il avait avancé, il en fut affligé au point de dire à Dieu : IS'est-ce pas là, Seigneur, ce que je vous ai dit, étant s. th. in. 30