CHAPITRE VINGTIEME
On apporte des passages de la sainte Ecriture, pour nous convaincre que les paroles et tes prophéties de Dieu, quoique véritables en elles-mêmes, ne sont pas toujours certaines en leurs causes. 11 est à propos d'expliquer maintenant la seconde raison, pourquoi
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LA MONTEE DU .MONT CARMEI
les visions que Dieu donne ne sont pas toujours certaines en leurs causes à notre égard, quoiqu'en elles-mêmes elles soient conformes à la \erite. Cela vient des molifs sur lesquels elles sont fondées et de la fin qu'elles regardent. C'est pourquoi nous devons croire que Dieu les mettra en exécution, tandis que les causes qui ont excité Dieu à nous donner ces visions, subsisteront ; par exemple, si c'est le châtiment d'une nation criminelle, et si les causes de ce châtiment ne changent pas. Supposons donc que Dieu ait révélé à une sainte àmc que dans un an il punira un royaume , la cause et le fondement de cette menace seront quelques pèches considérables, qu'on y commettra contre la majesté divine. Mais si on vient à s'en abstenir ou à en faire d'autres de différentes espèces, la justice deDieu pourra alors laisser ce châtiment ou le changer en une autre peine. Cependant la menace de Dieu aurait été véritable, à cause des péchés actuels des sujets de ce royaume, dont le changement a suspendu l'effet de la prédiction comminatoire.
Le prophète Jonas nous en fournit une preuve sensible. Dieu lui commanda de déclarer aux habitants de Ninive, que leur ville serait ruinée dans quarante jours jusqu'aux fondements Jon., 111, k). Mais la pénitence qu'ils firent de leurs crimes, prévint l'effet de cette menace qui eût été infailliblement exécutée. Notre saint patriarche Elie menaça pareillement Achab et sa maison et son royaume, d'un grand châtiment à cause du crime atroce que ce prince avait commis. Mais s'etanl coui ert de sac et de cendre et épuisé de jeûnes, Dieu lui fit dire par le même prophète ces paroles : Puisqu'Achab s'eut humilié pour l'amour de moi, je ne lui ferai point souffrir de mal pendant sa vie, mais je punirai sa famille pendant la vie de son fils (111 Reg. XXI, 19, 28, 29 . Ainsi ce roi s'élanl converti, Dieu quitta le dessein qu'il avait pris de le perdre. Ce qui nous donne lieu de conjecturer, que quoique Dieu révèle ou dise affirmativement à une personne soit du bien, soit du mal. à son égard ou à l'égard d'autres personnes, tout cela pourra ou changer ou cesser entièrement, selon le changement et les différents étals de celte personne, ou des causes et des fins qui faisaient agir Dieu dans ces rencontres. Si bien que les promesses ou les menaces divines ne vont pas toujours au terme que nous espérions ou que nous craignions, et nul autre que Dieu n'en sait la raison. 11 a coutume de dire , d'enseigner, de promettre plusieurs choses, non pour en donner la connaissance ou la possession dans le temps qu'il parle, mais pour en différer l'intelligence et l'effet jusqu'au temps qu'il trouvera bon de nous les faire sentir. Le Fils de Dieu en a usé de la sorte avec ses apôtres. Il leur disait plusieurs paraboles et leur tenait plusieurs discours, dont ils ne pénétrèrent pas les mystères ni la sagesse qu'ils renfermaient, jusqu'à ce qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit qui leur manifesta ces vérités cachées et que le temps de les prêcher fût arrivé.
Saint Jean, parlant aussi de l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem : Ses disciples , dit-il , ne connurent pas ces choses d'abord ; mais lorsque Jésus futglori fié, ilssc souvinrent qu elles étaient écrites de lui Joan., XII, 1C). Ainsi Dieu peut faire plusieurs choses singulières ou les révéler à une âme, sans que son directeur ou elle-même les comprenne ; c'est ce que nous voyons dans le premier livre des Rois. Dieu s'élant irrité contre le grand prêtre Héli de ce qu'il ne châtiait pas ses enfants de leurs sacrilèges, il lui fit dire par Samuel ces paroles, après plusieurs menaces : J'ai déclaré autrefois que votre famille et celle de votre père feraient éternellement les fonctions du sacerdoce en ma présence; mais je ne le veux pas maintenant , et je vous assure que je comblerai de gloire tous ceux qui me procureront fie l'honneur (I Reg. , II, 30, 32 ; car, puisque l'office du prêtre consistait surtout à glorifier Dieu , cl que Dieu avait promis cette dignité au père d'Héli , pour la rendre perpé-
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