‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 181 sur 448 · CHAPITRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIÈME

Quoique Dieu réponde quelquefois aux demandes que nous lui faisons , et qu'if use avec nous d'une grande condescendance , nc'anmoijis celte manière d'agir lui déplaît, et il s'en met en colère.

(Juelques-uns d'entre les spirituels, se confiant trop en leur propre expérience, et favorisant sans y penser leur curiosité, qui les entraîne à connaître de nouvelles voies surnaturelles, se persuadent que quand Dieu écoute lears prières, cette manière de, traiter avec lui est trèsbonne et lui plaît beaucoup. Néanmoins il est véritable que Dieu en conçoit de l'indignation, et qu'il ne souffre cette liberté qu'à contrecœur. La raison qu'on en peut rendre est qu'il ne convient pas à la créature de passer les bornes naturelles que Dieu lui a prescrites. Et parce qu'il a imposé cette loi aux hommes, pour les gouverner, les hommes la violent, lorsqu'ils s'efforcent de connaître quelque chose par des moyens surnaturels; ce qui n'est assurément ni conforme à la perfection , ni agréable au Seigneur.

Pourquoi donc. me direz-vous,Dieu fait-il réponse aux demandes de ces gens-là? Premièrement, je ne désavoue pis que c'est quelquefois le démon qui leur répond. En second lieu , je dis que quand Dieu leur parle lui-même, il veut les satisfaire à cause de leur faiblesse. Car s'il ne les écoutait pas, ils pourraient, ou s'affliger au point d'abandonner son service, ou croire que Dieu serait en colère contre eux, ou succomber à la violence de leur tentation. Dieu répond enfin à ces âmes pour plusieurs autres desseins qu'il connaît seul et qui ont du rapport à leur faiblesse. Il en use avec elles à proportion, comme avec certaines personnes délicates, qu'il comble en la prière de goûts et de douceurs trèssensibles, non pas qu'il voulût se servir absolument de ces consolations intérieures, mais parce que l'infirmité de ces personnes a besoin de ce secours spirituel. Dieu est une fontaine où chacun puise selon la capacité du vaisseau qu'il y porte, et il permet que Pâme reçoive l'eau de la grâce par ces canaux extraordinaires. Il ne s'ensuit pas toutefois qu'il soit expédient de vouloir toujours attirer la grâce sur soi par ce moyen, puisque c'est le droit de Dieu de la donner quand il lui plaît, comment il le veut, à qui il le trouve bon, et pour la fin qui lui agrée, sans dépendre du soin, des désirs, de la demande de celui qu'il souhaite d'en enrichir. Il veut donc bien avoir cette condescendance pour quelques âmes bonnes et simples , que d'accorder à leurs vœux ce qu'elles désirent, de peur de les attrister ; mais il n'approuve pas celte manière d'agir, comme on le peut voir par cette comparaison. Un père de famille fait charger sa table d'une grande quantité de viandes , dont les unes sont meilleures que les autres. Un de ses enfants lui demande de celles qui sont les plus proches de lui , non qu'elles soient les plus délicates , mais parce qu'elles lui paraissent plus douces. Le père sachant bien que s'il lui en servait de plus propres pour conserver sa santé il les refuserait, lui présente, contre sa volonté, celles que sou fils veut avoir, de peur de lui causer du chagrin. Nous voyons la môme

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