V -•.•.V.V.AVJ
Mi
fa
L1VKE II. CHAPITRE XXII. WJ
chauffera (Eccle., IV, 10, 11) ? c'est-à-dire comment ne sera-t-il pas froid dans les choses divines? Et si quelqu'un a l'avantage sur celui qui est seul, c'est-à-dire le démon, qui est plus fort que ceux qui se gouvernent seuls eux-mêmes dans la vie spirituelle, et qui ne prennent conseil de personne, qui repoussera les attaques de cet ennemi? Mais deux unis ensemble, savoir le maître et le disciple, lui résisteront, en connaissant mieux la vérité, et en remplissant plus fidèlement leurs obligations. De sorte que celui qui suit sa propre conduite, aura une grande tiédeur dans l'exécution des choses qa'il aura même apprises de Dieu, jusqu'à ce qu'il les ait communiquées aux hommes.
Saint Paul a gardé pour cette raison la même méthode ; quoiqu'il eût .£*; reçu non des hommes, mais de Dieu, l'Evangile qu'il avait prêché plusieurs années, il n'eut ni repos ni sûreté, avant qu'il en eût conféré &=§ avec saint Pierre et les autres apôtres, de peur, dit-il, que ma course pas- fâ sée, et celle de l'avenir ne fussent vaines (Galat., II, 2 . Il faut inférer de j^<éî là que les choses que Dieu paraît nous avoir révélées ne peuvent nous :• ~ '-.] donner aucune assurance qu'eu observant les règles que nous venons fcs! d'établir. Car supposé qu'une révélation vient de Dieu, que l'Apôtre sa- § a vait que le Seigneur lui avait inspiré l'Evangile qu'il annonçait, toutefois elle peut se tromper dans l'exécution et dans les articles qui la regardent. En effet Dieu, qui découvre une chose, ne fait pas toujours ££| connaître l'autre; et, quand il la montre, il n'enseigne pas toujours la manière ni le moyen de la faire. Quoiqu'il se communique familièrement à une âme, il ne lui dit pas tout ce qui touche un dessein ; il i--f, abandonne à nos soins tout ce que l'industrie et la prudence humaine nous peuvent fournir. Outre l'exemple de saint Paul, ce que nous lisons dans l'Exode le prouve encore. Quelque familiarité que Moïse eût avec Dieu, néanmoins Jéthro son beau-père lui conseilla de choisir des gens de bien pour l'aider à gouverner des Israélites, et à leur rendre la justice quand ils la demandaient. Prenez d'entre le peuple, lui dit-il, des gens puissants, craignant Dieu, amateurs de la vérité, ennemis ff* de l'avarice; donnez-leur les charges de tribuns, de centeniers et de juges du peuple (Exod., XVIII, 21, 22). Dieu n'avait pas suggéré ce conseil à Jéthro ; il l'approuva cependant, pour nous apprendre que S '. nous devons nous servir du secours des hommes, et qu'en ce cas il ne nous révèle pas extraordinairement ce que nous pouvons faire par ces *'.'": moyens et par cette voie. Il faut en excepter la foi divine, qui nous enseigne des choses élevées au-dessus de la raison humaine, quoiqu'elles ne lui soient pas contraires. Ceux-là donc avec lesquels Dieu et les saints en usent familièrement en plusieurs choses, ne doivent pas croire qu'ilsleur donnentlaconnaissancede tous leurs défauts, lorsqu'ils peuvent les connaître par l'organe des hommes : c'est pourquoi il est S* nécessaire d'apporter beaucoup de précautions et même de "défiance en toutes ces révélations, de peur qu'on ne soit surpris, comme nous le pouvons recueillir des Actes des Apôtres. Il est dit là, que saint Pierre, qui était le chef visible de l'Eglise, et que Dieu instruisait immédiate- ^% ment par lui-même, commit toutefois quelque faute dans la pratique d'une cérémonie ecclésiastique, dont Dieu ne le reprit pas, et dont il ne se corrigea pas lui-même, jusqu'à ce que saint Paul la lui représenta en ces termes : Quand je vis, dit-il, qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Evangile, je dis à Céphas, devant tous : Si vous, qui êtes juif, vous vivez en gentil, et non en juif, comment contraignez-vous les §'*' gentils à vivre comme les juifs [Galat., II, 14) ? Or Dieu n'avertit pas lui- £«< même saint Pierre de sa faute, parce qu'il la pouvait connaître par les voies ordinaires et familières aux hommes. E
Assurément il punira au jour du jugement les péchés de plusieurs qu'il aura comblé de lumières, de vertus et d'autres dons, parce que ces S jj
y-g I.A MONTÉE DP MONT-CARMKL.
"cris-ia se fiant aux conversations particulières qu'ils avaient avec Dieu, ils ne s'acquittaient pas de leurs obligations en plusieurs choses. ■Il <>rs, comme l'assure Jésus-Christ dans 1 Evangile; tout étonnés, ils dirent : Seigneur, Seigneur, ri avons-nous pas prophétisé en votre nom? X avons-nous pas chassé les démons en votre nom? N'avons-nous pas }ait beaucoup de miracles en votre nom'! Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connu, retirez-vous de moi, vous qui ave: commis l'injustice (Matth., Vil, -22, 23). Le prophète Balaam et d'autres semblables sont de ce nombre; car quoique Dieu leur parle d'une manière non commune, ils ne lui sont pas agréables, étant coupables de plusieurs péchés. Enfin les prédestinés qui n'auront pas corrigé leurs vices suivant les règles de la loi, et les lumières do la raison naturelle, quoique Dieu ne leur en ait fait pour cette cause aucun reproche, et qu'ils soient ses amis, ils seront néanmoins châtiés de ces imperfections, quelque lé- "ères qu'elles puissent être.
Je conclus ce chapitre par un avis, selon mon sens, très-nécessaire; c'est que la personne qui reçoit ces impressions divines, de quelque façon que ce soit, naturellement ou surnaturellement, doit les découvrir à son père spirituel clairement, sincèrement et >éritablement , comme elle peut les comprendre. J'en apporte trois raisons : la première est, jarce que Dieu communique à l'âme beaucoup de choses, dont il ne lui ait connaître l'effet, la force, la sûreté , que quand elle les a soumises au jugement de son directeur, qui a la puissance de les approuver ou de les désapprouver, comme les exemples que nous avons tirés de l'Ecriture le prouvent. L'expérience même confirme cette vérité, puisque plusieurs personnes vraiment humbles n'acquiescent pointa ces grâces qu'après en avoir reçu l'ordre de leurs maîtres spirituels; en sorte qu'elles les méprisaient avant celte approbation , et qu'après cet agrément elles en font état, et semblent en être gratifiées tout de nouveau. La seconde est , parce que l'âme a besoin , dans ces visions , de lumières et d'instructions pour parvenir à la nudité et à la pauvreté d'esprit, que nous appelons nuit obscure. Car, quoiqu'elle rejetât ses opérations divines , si toutefois cette connaissance lui manquait, elle tomberait imperceptiblement dans l'ignorance de cette vie plus spirituelle, et retournerait à là voie des sens extérieurs et intérieurs.
La troisième raison est, parce qu'il est à propos, pour entretenir la soumission et la mortification d'une personne spirituelle, qu'elle déclare ces choses à son conducteur, quoiqu'elle ne les estime pas, ou que ces choses soient d'elles-mêmes peu considérables. Il y en a qui sentent une extrême répugnance à les dire, ne les jugeant pas importantes, et ne sachant pas comment leurs directeurs les prendront, ni quel jugement ils en feront; ce qui est sans doute la marque d'une humilité bien faible. La peine que d'autres ont à en donner connaissance vient ou de la confusion qu'elles en reçoivent, ne voulant point avouer qu'elles sont favorisées comme les saints, ou des autres causes qui affligent ces âmes, quand il faut rendre compte de ces dons extraordinaires dont elles ne font nulle estime. Il est nécessaire néanmoins de les mortifier en cette occasion, jusqu'à ce qu'elles soient assez humbles, assez faciles et assez promptes pour exposer nettement tout ce qui se passe dans le fonds de leur intérieur.
Au reste, quoique nous ayions dit des inconvénients de ces visions , de la nécessité de les rejeter et de la réserve avec laquelle les confesseurs doivent ou les estimer ou en parler avec leurs pénitents, il faut remarquer qu'ils ne doivent pas néanmoins paraître, ennemis de ces révélations, ni se moquer de ceux qui en reçoivent de Dieu, ni leur témoigner du mépris ou de la colère, ou de rétonnemeut, ni s'en scandaliser comme de gens faibles et imaginatifs; tant parce que Dieu se