‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 188 sur 448 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

On commence à parler des connaissances intellectuelles, oui appartiennent purement à la voie de l'esprit, et on les explique-

Si on regardait toutes les choses qu'on pourrait dire fies connaissances de l'entendement en ce qui touche la voie des sens, il semblerait que j'aurais été trop court dans le discours que j'en ai fait. Mais parce que mon dessein est de dégager l'entendement de ces visions, et de V'mtroduire dans la nuit de la foi , j'ai été , selon mon sens, plus long que je ne le devais. Voilà pourquoi je commencerai maintenant à traiter des quatre sortes de connaissances de l'esprit, qui sont les visions, les révélations, les paroles intérieures et les sentiments spirituels , et que j'ai appelées ci-dessus purement spirituelles; parce qu'elles sont communiquées à l'esprit, non par la voie des sens comme les représentations corporelles et imaginaires , mais par une voie surnaturelle, sans aucune opération des sens extérieurs ou intérieurs; car l'entendement demeure alors dans un état passif, et l'âme ne fait aucun acte, mais elle reçoit seulement l'impression divine, et y donne son consentement.

Ces "quatre connaissances se peuvent nommer visions ou vues de l'âme; puisque connaître et voir, c'est au regard de l'âme la même chose. Et d'autant que l'entendement s'aperçoit de toutes ces connaissances, on dit qu'il les voit spirituellement. Ainsi les connaissances qu'il en forme, sont à proprement parler des vues intellectuelles. Car comme les choses qu'on voit, qu'on entend, qu'on flaire, qu'on goûte et qu'on louche, sont l'objet de l'entendement en tant qu'elles sont ou fausses ou véritables; tout ce qui est intelligible fait la vue spirituelle de l'esprit, comme tout ce qui est visible fait la vue corporelle des yeux. On peut donc , parlant en général, donner le nom de vues à ces quatre connaissances intellectuelles. Ce qui ne se trouve pas dans les autres sens, puisque les objets des uns ne peuvent être les objets des autres ; par exemple, l'objet de la vue ne peut être en tant que visible, l'objet de l'ouie. Et parce que ces connaissances sont présentées à l'âme de la manière qu'elles sont présentées aux autres sens, nous appelons vues, toutes les choses que l'entendement connaît; s'il les voit, c'est vision ; s'il les apprend de nouveau en les recevant de Dieu, c'est révélation; s'il les écoute, c'est parole; s'il les goûte, s'il semble y trouver une agréable odeur, s'il y prend plaisir , c'est sentiment spirituel. De là il tire l'intelligence d'une chose, sans concevoir ni espèce, ni figure imaginaire , d'où il puisse la comprendre; mais elle est connue à l'âme immédiatement par des opérations et par des moyens surnaturels.

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Il est aonc a propos d'éloigner l'esprit de ces impressions, aussi bien que des images matérielles , afin qu'on le conduise à la nuit de la foi, et à l'union de Dieu, de pour que ces vues surnaturelles ne lui ferment le chemin de la pauvreté d'esprit et du dépouillement de toutes les créatures. On avoue bien que ces vues sont plus nobles, pius utiles et plus sûres que les espèces purement corporelles, puisqu'elles sont spU rituelles et intérieures; que le démon ne saurait en abuser, et que Dieu se communique par elles plus purement et sans la coopération active de l'âme ou de l'imagination. Toutefois l'entendement pourrait s'attacher à ces connaissances, s'en faire un obstacle dans son chemin vers Dieu, et se tromper soi-même à cause du peu de circonspection dont il userait dans cette voie.

Or, quoique nous puissions parler en général de ces quatre connaissances, puisque les mêmes avis que nous avons à donner sur ce sujet conviennent à celte matière, il est, ce me semble, plus utile de traiter de chacune en oarticulier. Nous commencerons par les visions de l'entendement.

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