‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 189 sur 448 · CHAPITRE VINGT-QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIEME

De deux sortes de visions intellectuelles, qui arrivent dans les voies

surnaturelles.

Parlant en particulier des visions spirituelles qui se font sans aucun commerce des sens corporels , je dis qu'il y en a de deux sortes. Les unes sont les visions des substances corporelles; les autres sont les visions des substances dégagées de tout corps. Les premières s'étendent sur toutes les choses matérielles, que l'âme aidée d'une lumière divine peut connaître ou voir dans tout l'univers. Les dernières ont pour objet les purs esprits, comme sont les anges et les âmes. Elles demandent des lumières plus sublimes que les autres; elles sont rares et ne se donnent pas dans la vie présente. Quant à la vision de l'essence divine, elle cstlepropre des seuls bienheureux; elle ne se communique à personne en ce monde, si ce n'est peut-être en passant. Dieu usant d'une dispensation singulière , ou en conservant la vie à l'homme, et élevant son esprit au-dessus de sa manière ordinaire d'opérer, comme il arriva peut-être à saint Paul, qui dit de lui-même, qu'il fut ravi jusqu'au troisième ciel , sans savoir si ce fut avec son corps ou sans son corps, et qu il entendit des paroles secrètes, que les hommes nr peuvent exprimer II Cor., XII, 3, h\ Nous apprenons de là que Dieu le mit par ce ravissement au-dessus des opérations naturelles de l'esprit, et qu il l'élcva lui-même à une opération toute surnaturelle. Il est probable aussi que quand Dieu, voulant découvrir son essence à Moïse, lui dit : qu'il le mettrait dans le creux d'un rocher lorsqu'il passerait éclatant de gloire, cl qu'il le protégerait jusqu'il ce qu'il fût passé (Exod., XXXIII, 2), de peur que ne pouvant supporter de si grandes splendeurs il ne vînt peut-être à mourir ; il est, dis-je, probable qu'il se lit voir à ce saint prophète, et qu'en le faisant surnaturellement opérer, il lui conserva la vie, que cette opération eut peut-être ravie à Moïse. Il y a quelque apparence que la vue de Dieu fut' aussi accordée à Elie, notre père (Mil Heij., XIX, 32), lorsqu'étant à l'entrée d'une caverne il se couvrit le visage , entendant le bruit d'un vent doux et agréable qui marquait la présence de Dieu; mais après tout, ces visions sont très-rares, et Dieu n'en favorise que très-peu de gens, qui sont les forts esprits de l'Eglise, et les grands observateurs et défenseurs de la loi de, Dieu, comme ont été les trois que nous venons de rapporter.

Cependant encore que selon le cours ordinaire, on ne puisse avoir

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