‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 196 sur 448 · LIVRE II. GHAriTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE II. GHAriTRE XXVIII

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rites constanles et des choses vraisemblables pour la rassurer. Ensuite il lui persuade sans peine toutes les faussetés qu'il lui plaît, imitant, en cette conduite, le cordonnier qui passe une soie dure par le cuir sur lequel il travaille et qui y fait entrer son fil facilement avec ce petit secours. Il est donc nécessaire d'user d'une grande circonspection. Car quoiqu'il fût certain qu'il n'y aurait aucun danger de surprise, il serait néanmoins plus avantageux à l'âme de ne pas appliquer son entendement à comprendre les choses manifestes d'elles-mêmes, afin qu'elle ait le mérite de sa foi tout pur et tout entier, et qu'elle parvienne par l'obscurité de l'entendement à la lumière de l'union divine. Il est si important d'embrasser aveuglément les vérités des anciennes prophéties, quelques révélations nouvelles qu'on ait, que, quoique saint Pierre eût vu à découvert, sur le Thabor, la gloire du Fils de Dieu : Toutefois, dit-il, nous avons la parole des prophètes, qui est plus établie, et à laquelle vous faites bien de vous attacher (II Pctr., I, 19). C'est-à-dire, encore que la vision que nous avons eue de Jésus Christ, sur la montagne de Thabor, soit véritable, néanmoins la parole des prophètes est plus constante et plus certaine, et vous faites bien de croire sans hésiter ces révélations et de vous y arrêter uniquement.

Que si les raisons que je viens d'apporter nous doivent convaincre, qu'il n'est nullement à propos de donner entrée en notre esprit aux révélations nouvelles qui regardent la foi ; combien davantage est-il nécessaire de refuser notre créance à celles qui nous représentent des objets opposés à la foi, et que le démon s'efforce de nous graver dans le cœur? Ainsi j'estime fort probable que la plupart de ces révélations sont des pièges , où ceux-là donnent qui ne les repoussent pas avec soin et avec fidélité. En effet, Satan les couvre de si belles apparences, il leur donne un si grand air de vérité, il les imprime si vivement dans l'imagination, que l'âme ne doute presque pas que les choses n'arriver.t comme elle les voit en cet état. De sorte que, si elle n'est soutenue d'une solide humilité, à peine peut-on la retirer de son opinion et lui persuader le contraire.

Ainsi l'âme simple, pure, prudente, humble, doit résister à ces révélations, puisqu'il n'y a nulle nécessité d'y faire attention, et qu'au contraire , il est besoin de les négliger pour acquérir l'union de l'amour divin. C'est ce que Salomon a voulu signifier quand il a dit : Qu est-il nécessaire à l'homme de chercher des choses qui le surpassent \Eccle., VII, 1)? comme s'il disait : Il n'est pas nécessaire, pour aller à la perfection, d'opérer des choses surnaturelles par des voies extraordinaires, et de rechercher les choses qui sont au-dessus de notre capacité.

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