‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 202 sur 448 · CHAPITRE TRENTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-UNIÈME

Des paroles substantielles qui se forment intérieurement dans l'esprit; de leur différence d'avec les paroles formelles ; de leur utilité ; de la résignation et de la révérence avec lesquelles l'âme s'y doit comporter.

Le troisième genre est celui des paroles substantielles, qu'on peut

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LA MONTÉE DU MOST CARMEL

aussi appeler formelles, parce qu'elles sont imprimées formellement dans l'àme ; mais elles diffèrent des paroles formelles, en ce quelles font dans lame un effet vif et réel que les paroles ne peuvent produire. Ainsi quoique toute parole substantielle soit formelle, néanmoins- toute parole formelle n'est pas substantielle : celle-là seulement étant substantielle qui imprime véritablement et réellement dans l'âme ce qu'elle signifie : comme il arriverait, par exemple, si Notre-Seigneur disait formellement à l'âme : Sois bonne ; et qu'aussitôt l'âme devint bonne; comme s'il disait encore : Aimez-moi ; et qu'au même moment elle eût en elle-même et sentît la substance de l'amour, c'est-à-dire, le \éritable amour de Dieu : ou si , étant consternée de crainte , il lui disait : Ne craignez point ; elle fût à l'instant remplie de courage, d'assurance et de paix. La raison est, parce que , comme dit le Sage , la parole de Dieu est toute puissante [Eccle., VJ1I, 4). C'est pourquoi elle fait réellement dans l'âme ce qu'elle exprime. Le roi-propbèle marque le même sentiment, lorsqu'il dit : Il a donne de lu vertu, de la force, de la puissance àsa voix {Psal. LXVII, 31\ En effet, Dieu s'est comporté de cette sorte avec Abraham. Car lorsqu'il lui dit : Marchez en ma présence, et soyez parfait [Gènes., XVII, 1) , ce grand patriarche fut à l'heure même élevé à la perfection ; et, depuis ce temps-là, il se conserva respectueusement en la présence de son Créateur. Ce pouvoir éclate dans les paroles de Jésus-Christ; puisque, selon le rapport des évangélistes, il n'avait qu'à dire un mot pour guérir les malades et pour ressusciter les morts. Lorsque Dieu dit ces paroles substantielles à certaines personnes, elles font en leur âme des effets d'une si grande conséquence et d'une si grande valeur, qu'elles font toute la vie, toute la vertu , toute la force, et tout le bien de ces personnes ; car une seule parole de cette nature leur est plus utile que tout ce qu'elles ont fait dans le cours de leur vie naturelle.

Pour ce qui regarde ces paroles, l'âme n'a rien à faire d'elle-même , et ne doit nullement s'efforcer d'agir ; mais il faut qu'elle s'humilie cl qu'elle s'abandonne à la conduite de Dieu, en lui donnant librement son consentement. Elle ne doit aussi ni refuser les impressions divines, ni les craindre, ni travailler pour accomplir ce qu'on lui présente. Dieu fait lui-même tout cela eu elle par ces paroles substantielles , en opérant avec elle. Le contraire se passe clans les paroles formelles et dans les paroles successives. J'ai dit que l'âme ne doit pas refuser ces impressions divines, parce que leur effet, plein de richesses surnaturelles et uni , en quelque façon, substantiellement à l'âme, demeure en elle ; et, parce qu'elle le reçoit passivement, tous ses efforts ne seraient pas assez grands pour y parvenir. Elle ne doit pas aussi craindre d'être trompée, car l'entendement n'y a point de part, et le démon ne saurait en approcher ni produire en l'âme aucun effet substantiel, ni en imprimer l'image ou l'habitude. Il est néanmoins véritable qu'étant le maître des âmes qui se sont données à lui par des pactes volontaires, il y demeure, et il les engage, par ses suggestions, à faire des actions d'une extrême malignité. En effet, nous voyons ce qu'une longue expérience nous apprend, que cet esprit de ténèbres fait beaucoup de violence à plusieurs gens de bien par l'efficace de ses tentations, et que , s'ils n'étaient pas aussi solidement établis en la vertu qu'ils le sont, il les attaquerait avec plus de fureur et de rage. Il ne peut néanmoins leur imprimer dans ces communications des effets qui aient de la vraisemblance, n'y ayant point de comparaison entre ses paroles et 'es paroles de Dieu. Car sj>s paroles et leurs effets comparés avec les paroles de Dieu et leurs eflels, sont comme s'ils n'étaient pas. C'est pourquoi Dieu dit par la bouche de Jérémie : Quelle proportion y u-t-il entre la paille et le grain? Mes paroles ne sont-elles pas comme un feu, et comme

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