‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 201 sur 448 · LIVRE II. CHARÎTRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHARÎTRE XXXI

fni commando d'y aspirer ou qu'il l'élève actuellement plus haut, il ne veut pas qu'elle s'y porte elle-même.

Celte promptitude que Dieu inspire à l'âme marque encore une différence qui est entre les paroles formelles et les paroles successives : celles-ci ne touchent pas si vivement l'esprit et ne le rendent pas si prompt que celles-là, parce que les paroles formelles sont mieux exprimées, et l'entendement n'y mêle rien de son fonds ; ce qui n'empêche pas que les paroles successives ne produisent quelquefois un effet plus grand, à cause de l'ahondante communication que l'esprit divin fait à l'esprit humain; mais la manière en esl différente. Dans les paroles formelles l'âme n'est pas en doute si elle les profère, car elle voit évidemment qu'elle ne les profère pas, vu principalement qu'elle ne pensait pas aux choses qu'on lui dit; et, quand elle y eût pensé, elle connaît distinctement que ces paroles coulent d'une'aulre source.

L'âme cependant ne doit pas beaucoup estimer les paroles formelles, non plus que les paroles successives. Outre qu'elle tiendrait son esprit attaché à des objets qui ne sont pas des moyens propres et prochains pour s'unir à Dieu, telle qu'est la foi, elle Serait facilement séduite par le démon; elle ne pourrait juger si ce serait l'esprit divin ou le malin esprit qui proférerait ces paroles, parce que les effets des paroles formelles étant communément petits et faibles, ne donnent pas lieu de faire ce discernement; et les effets des paroles que le démon forme étant plus efficaces, dans les personnes imparfaites, que les effets des paroles de l'Esprit de Dieu ne le sont dans les personnes spirituelles, ils empêchent de les distinguer. Jl est encore à propos de ne pas faire promptement ce que ces paroles signifient, quelque esprit que ce soit qui les ait formées intérieurement. Jl faut enfin donner connaissance de toutes ces choses à un confesseur prudent et expérimenté, ou à quelque autre personne docte et discrète, pour recevoir ses avis et ses instructions; et alors il sera de son devoir de régler la conduite de celui qui le consulte et qui doit suivre les conseils qu'on lui donnera, en demeurant dans une entière soumission à la volonté du directeur et dans une parfaite indifférence à l'égard de toutes ces communications.

Que si on ne trouve point d'homme d'une assez grande expérience en ces matières, il faut se contenter d'en tirer tout le fruit qu'on peut, de mépriser le reste et de ne se déclarer à personne. On pourrait tomber entre les mains de certaines gens, qui, au lieu d'édifier l'âme, la troubleraient et détruiraient l'état de son intérieur : tout le monde n'étanl pas propre à diriger les âmes, à se bien co-nduire dans une affaire de si grande conséquence, et à se préserver des égarements où l'on peut facilement s'engager.

L'âme doit aussi se garder de rien entreprendre par les seuls mouvements de sa volonté, et de recevoir sans beaucoup de prudence et de délibération les choses que ces paroles intérieures expriment. Les tromperies qui s'y glissent sont si subtiles, qu'il est presque impossible de les éviter toutes, à moins qu'on n'ait de l'aversion de ces sortes d'opérations. Comme j'ai parlé de ces surprises dans les chapitres XVII, XVilI, XIX et XX de ce livre, j'ajouterai seulement ici que, pour marcher sûrement par un chemin si difficile, il faut suivre les lumières de la raison et la doctrine de l'Eglise.

Page 1