LETTRES CXXXVI-CXXXVII
N. 2. Isabelle des Anges ayant perJn ses parents, fut élevée dans In maison de M*!
son oncle. Ce fin un ange île perfection Lu sœur Marie de Saint-François élait ^jfj
une lille attachée au service de la vénérable Isabelle, qui prii l'habit de l'ordre au $3$ coiivem de Médina. La sœur Isabelle lu sa profession au couvent de Salaroanque.
N. 3. Dans le n lire i, le P. de Monlalvo pareil être un oncle de la sœur Isabelle. — Nombre 5. Sainte Thérèse avait d'abord fixé à treize le nombre des elio- £o»l listes... Plus tard, il fui porté jusqu'à vingt ei une, mais pas au delà. ft-4j
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4 /.><<;(/o de Saint-Pierre de Palma, natif de Tolède.
Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit toujours avec vous. Sachant que depuis quelque temps, vos filles, nos chères sœurs, désirent de prendre l'habit de Noire-Dame, et que vous ne vous y opposez pas, je me suis décidée aujourd'hui à le leur donner, vu l'esprit de ferveur avec lequel elles me le demandent : je ne doute pas que ce ne doive être pour la gloire de Noire-Seigneur.
2. Je vous prie, par charité, de le trouver bien, et d'admirer la faveur que vous fait le Seigneur, en vous donnant des filles qu'il choisit pour ses épouses : elles sont inondées de consolations, et elles n'ont d'autre peine que celle qu'elles vous donnent. Pour l'amour de Notre- Seigneurqu'elles n'enlendent rien qui puisse troubler des âmes qui sont si bien dans leur élat : vous pouvez compter qu'elles seront ici votre consolation, peut-être plus qu'ailleurs. Car toutes celles de cette maison sont vos servantes et chapelaines. Que Noire-Seigneur soit toujours avec vous, et vou3 conduise par la main. Amen.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus, Carmélite.
notes.
L'original de cette lettre se trouve entre les mains de don François Léon, habitant de Tolède. Les deux (î l les de Palma, dont il est ici question, se nommaient Jeanne du Saim-Esprit et Inès Baptiste. La première lit sa profession le 15 juillet 1571.
A une personne de Tolède.
1. Jésus soit avec vous, et vous récompense de toutes les consolalions que vous me donnez. Certes, il y a dans votre écrit des choses auxquelles je n'ai jamais pensé, et que jamais je n'ai ouïes ; que Dieu soit béni en tout. Quant à re qui est de venir ici et à ce qu'il y a matière de confession, cela tient plus du scrupule que de la vertu. Vous me causez en cela bien delà peine; mais vous devez avoir quelques fautes à vous reprocher... car enfin vous êtes enfant d'Adam.
2. J'ai vu avec un grand plaisir l'arrivée inattendue de mon P. saint Joseph, et voire dévouement pour lui. Ces sœurs doivent s'en louer, étant étrangères dans ce pays, et loin de toutes consolations, quoique je pense que le véritable consolateur n'est pas éloigné d'elles; ayez la charité de faire prendre promptemenl la mesure de la longueur et de la
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largeur du coffre, afin qu'il soit achevé demain; mardi est un jour de fête, et les voilures parlent mercredi.
3. Je ne fais pas un petit sacrifice, en me privant si rite de l'image de la Vierge : j'en reste dans une grande solitude. En compensation, envoyez-moi pour Pâques celle que vous m'avez promise. Nous demanderons volontiers à Notre-Seigneur une heureuse année pour vous et ces messieurs. Préseiilcz-leur mon respect. Je vous laisse avec Noire- Seigneur.
Voire indigne servante, Thérèse de Jésus.
P. S. Les fondatrices font leur profession le jouide l'an; elles seront bien aises d'avoir les images.
NOTES
N. 1. L'original de cette lettre est entre les main* des religieuses de Tolède, où elle fui écrite l'an 1576. On ignore la personne à qui elle est adressée.
N. 2. Les images de la Vierge et de saint Joseph étaient destinées aux religieuses fondatrices du couvent de Caiavaque, qui étaient au nombre de trois.
A quelques personnes qui s'occupaient des affaires de l'Ordre. Jésus. — 1. La grâce de l'Espiit-Saint soit toujours avec vous. Comme le P. recteur et la prieure auront soin de vous dire ce qui se passe ici, je ne m'élendrai pas dans cette lettre. Je désire vivement de savoir où en sont vos affaires et votre santé. Si je savais en profiler, je n'aurais nulle part plus qu'ici le loisir de vous recommander à Dieu, Dieu veuille que mes prières vaillent quelque chose; le désir du moins ne me manque pas de vous voir en progrès de santé et de sainteté. Je me porte ici beaucoup mieux que là-bas, sauf les accidents ordinaires, surtout de paralysie: car c'est être bien que de n'avoir ni la Oèvre ni le dégoût que j'éprouvais à Ségovie.
2. C'est en revenant d'Avila que j'appris l'arrivée des réponses de Rome, et le tout en noire faveur; voilà tout ce que je sais. Ce messager devant revenir, je vous prie de m'annoncer tout le détail, surtout ce qui regarde votre santé. La prieure se porte bien ; elle se recommande beaucoup à vos prières ; elle s'acquitte parfaitement de son office. Que Notre-Seigneur fasse de vous un grand saint.
C'est aujourd'hui le 8.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésos.
Pour Roques de Huerta.
3. Je reçus sa lettre, et j'ai éprouvé une grande joie, en voyant la réponse favorable de Sa Majesté. Dieu nous conserve longtemps le roi et tous les seigneurs de sa cour. Le porteur de la dépêche m'a consolée ainsi que les nouvelles de nos voyageurs qui m'inspiraient beaucoup d'inquiétude. Réni soit le Seigneur qui les a délivrés de si grands périls et conduits à bon port. Quoique le P. Nicolas m'ait rendu compte de ses affaires, je suis enchantée de ce que vous m'en parlez : on ne se
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lasse pas d'entendre plusieurs fois ce qui donne tant de joie. Daigne Notre-Seigneur nous faire voir promplement ses desseins selon nos désirs. Qu'il vous donne sa sainte grâce. Ce 26 juillet.
Pour Casademonte.
4. Ayant été longtemps malade, je n'ai pu m'occuper de vous, quelque désir que j'eusse d'avoir des nouvelles de votre santé : grâces à Dieu |e "ais mieux, quoique je sois faible, et que ce soit pitié de ma tête. J'ai ete bien aise (l'apprendre que tout prospère aux Romains et que nos affaire.* marchent: donnez-moi des nouvelles de notre ami, le licencie Padiila. Je suis pour peu aeu-mps ici, je ne sais où me trouvera votre réponse à celte lettre, vous pourrez me l'adressera Ségovie. Que Notre-Seigneur vous garde et vous donne la sainteté que je vous souhaite. Tolède, 6 mai.
NOTES
N. 1. L original de la première lettre se trouve au couvent deBoltana, dans l'A» ragon, e\ les deux autres sont chez les carmélites de Ternel; elle lut écrite l'an 1580.
N. 2. Au troisième nombre, la réponse favorable du roi se rapporte à la séparalion de la réforme en province. Les voyageurs sont les pères de la réforme expédiés à Home, pour solliciter celle séparation; c'est aussi ce que la Sainte entend par les Romains.
N. 5. Nombre 4 : Casademonte élait un riclie négociant de Madrid, plein de zèle pour les affaires de la réforme. La séparation en province fut arrêtée à Rome le 14 avril ; le bref en fut signé le 22 juin, et il arriva entre les mains du roi le 15 août suivant.
À dona Isabelle Osorio, dame de Madrid. (Première.) Jescs. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit toujours avec vous. Je ne pensai pas pouvoir vous écrire, et, puisque la mère prieure l'a fait, je me borne à vous dire que le P. Nicolas est d'avis que vous entriez dans le couvent qui, avec la grâce du Seigneur, doit bientôt s'établir à Madrid. Si vous patientez pour attendre le moins , comme vous avez attendu pour le plus, on doit absolument ignorer votre projet et celui de cette fondation : ce secret importe beaucoup.
2. Vous êtes déjà admise par les religieuses du couvent de Salamanque : je vous le dis, soyez-en sûre , quand même il y aurait quelque doute sur l'autre projet; déplus, le P. Nicolas a quelques raisons de croire qu'il convient davantage au service du Seigneur que vous concouriez à cetie fondation. Nous n'avons pas d'autre vue: vienne seulement le P. Nicolas, et vous aurez aussitôt ce que vous désirez le plus. Fasse sa sainte majesté que vous le possédiez un jour et que vous consacriez voire âme à sa plus grande gloire. Amen.
3. Je me réjouis bien du bonheur de votre chère sœur et du vôtre. 11 nous suffira que vous soyez aussi parfaite qu'elle; c'est véritablement un ange; nous avons passé ensemble des moments bien agréables. Ce 19 novembre.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
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NOTES
N. 1. L'original de relie lciire se iroine entre le? mains de don Cajetan Arriage, célèlire gentilhomme île Bnrgns. Elle fui écrite de Tolè'le l'an 1579.
N. 2. Au nombre 3, la Sainte parle de la sœur Inès île l'Incarnation, sœur d'Isabelle O.-orio. Klle lil sa profession à Tolèile, le 10 avril 15S0, el mourut l'an 16T.5 ,
après 55 ans d'une vie angél que. On ne tait pas si Isabelle avait embrassé la religion.
A la même Isabelle Osorio. (Deuxième.) Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soil avec vous, et vous sanctifie autant que je le lui demande chaque jour. Le père prieur de la Roda m'a remis deux lettres de vous , dont une devait s'arrêter à Tolède. Je remercie Noire-Seigneur de voire désir de renoncer au monde: un pareil désenchantement ne peut venir que d'en haut. La divine miséricorde me fait espérer que vous servirez Dieu bien sincèrement, répondant à de si bons desseins par les œuvres d'une véritable fille de la Vierge, noire maîtresse et patronne; el certes je ne voudrais pas, même un seul jour, arrêter une vocation si grande. Los motifs de ma conduite, en celte affaire, je veux vous les dire en toulc simplicité, puisque vous éles déjà une des noires et ma maîlressc.
2. Il y a déjà quelques années, plusieurs personnes m'ont demandé avec instance, de fonder un couvent dans celte ville (Madrid). Je n'y ai pas consenti parce que j'y avais passé une fois huit jours d'ennui au milieu de ces grandes dames, en me rendant au couvent de Paslranne. Mais après toutes les contrariétés que nous avons essuyées, je vois que l'état des affaires dans les autres couvents se trouverait bien de ma présence en ce lieu. Je consens à celle fondation, mais j'y vois un grand obstacle; on m'assure que l'archevêque (Mgr. Quiroga) n'y consentira qu'autant que la maison aura des renies, et quoiqu'il y ait là quelques personnes qui le désirent depuis longtemps , en état d'en donner de bonnes, elles ne sont pas libres de le faire, avant d'entrer en religion, et, comme vous pouvez nous aider beaucoup en cela, nous croyons convenable, le P. Nicolas et moi, que vous patienliez pendant quelques jours. Je pense que, Dieu aidant, le délai n'ira pas au delà du terme dont vous parlez. Priez Noire-Seigneur à celle fin. Si vous êtes d'un autre avis, à la bonne heure; faites-le moi savoir, et alors ceseraquand vous voudrez, maison risque de manquer celle fondation, tandisque si vous servez d'instrument pour cette grande œuvre, je regarderai votre coopération comme un grand service. Que Notrc-Seigneur arrange celle affaire pour sa plus grande gloire.
3. Le père prieur est arrivé si lard, que je n'ai guère pu m'entrelcniraveclui de cette affaire; je lui en parlerai demain , et je vous dirai sa manière de voir. Je vous écris celle nuit, parce que demain je serai absorbée par un objet dont il vous parlera. Ma santé est passable, grâces à Dieu, quoique je sois arrivée bien fatiguée, et que je trouva
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encore ici des misons de nouvelles fatigues. Que sa divine majesté en soit glorifiée et vous donne des années nombreuses pour les consacrer toutes au service de ce grand Dieu et maître.
4. Je vous prie de faire de ma part de grands compliments au P. Valenliri: chaque jour je prie pour lui; je le supplie de me payer de retour. Je serai abondamment récompensée quelque peu qu'il nie recommande au Seigneur; tant je me sens pauvre et misérable!.... Ce 3 décembre.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
5. Tout ce que j'ai dit dans cette lettre est pour vous seule; je ne sache pas en avoir jamais dit autant.
6. Certes, nous avons causé bien longuement de votre affaire aujourd'hui; cela ne peut être autrement. Je reste très-satisfaite de mes entreliens avec le père. Il vous rendra compte de tout; informez-moi de ce que vous aurez arrêté avec le père prieur : je ne doute pas que vous ne preniez le parti le plus convenable.
NOTES
N. 1. Celte lettre fut écrite de Malagon, le 3 décembre 1 579 ; elle se trouve entre les mains des religieuses capucines de Tolède. Le P. ptieur de la Uoda élaii le P. Gabriel de l'Assomption.
N. "î. C'est en lob9 que sainieTliérèse fil le voyage dont elle parle au second nombre ; nous ne savons quel est ce P.Vateniin, aux prières duquel la Siinte se recommande en lerminant sa lettre.
A la même. (Troisième.) Jésis. — l.La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, ma chère dame. Je suis arrivée à Tolède la veille des Rameaux. Quoique le trajet ait été de trente lieues, je n'en ai pas été fatiguée : au contraire, ma santé est meilleure qu'à l'ordinaire ; mais depuis mon retour elle est un peu dérangée ; je pense que ce ne sera rien.
2. La nouvelle que l'on m'a donnée de votre amélioration m'a comblée de joie : une lettre que j'ai reçue de vous m'annonce que tous les maux ne vous ont pas ôté votre bonne résolution. Dieu soit loué en tout. Dieu nous fera la grâce d'achever ce que je vous ai dit le jour où vous serez assez bien pour exécuter votre dessein. Lors même que notre œuvre serait manquée, vos saints désirs ne resteraient pas sans effet ; on prendrait d'autres mesures.
3. Si Dieu me donne des forces, c'est une chose certaine que je passerai prochainement par Madrid : je ne voudrais pas toutefois qu'on le sût. Je ne sais comment nous pourrons nous voir : je vous ferai savoir secrètement le lieu où je m'arrêterai. Ecrivez-moi à ce sujet, et n'oubliez pas de me recommander à Dieu dans vos prières, et de présenter mes civilités au P. Valentin. Néanmoins ne confiez à personne le secret de mon passage par celte ville.
fc. On m'assure qu'un père de la compagnie , qui vient d'être nommé
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N. 1. L'original de cette lettre est entn les mains de Cajetan Arriaga. Elle fut écrite de Tolède, le 8 avril 1580. Elle arriva dans cette ville le 26 mars, revenant de la fondation deVillanueva, après sept jours de marche.
.N. 2. Au nombre 4, il s'agit du vénérable Ballazar Alvarez, qui avait été son confesseur pendant quelque temps. Un jour que ce père célébrait la messe, la Sainte le vit couronné d'une brillante auréole. Inès de l'Incarnation était novice au couvent de Tolède, où elle professa, le 10 avril. Li lettre du post-scriptum était pour le P. Alvarez.
A la vénérable vierge, Anne de Saint-Augustin, fondatrice de Yillanueva
de la Xara.
1. Jésds et Marie soient avec vous et vous gardent. Amen. Qu'ils vous rendent aussi sainte que je le souhaite. Vous me comblez de joie en me disant que vous me recommandiez à Dieu ; le P. Gabriel me mande la même chose. Dieu veuille que vous ne l'oubliiez pas .-car je ne sais si vous m'aimez autant que je vous aime. Serions - nous dans l'erreur sur votre compte, le P. Gabriel et moi : prenez garde à ce que vous faites.
2. Dieu vous le pardonne : je dois vous dire que vos lettres sont pour moi la source de consolations incroyables. Ne laissez pas de m'écrire toujours, et dites-moi où vous en êtes avec le P. Gabriel ; je pense que Dieu l'a amené pour vous en ce lieu ; je le désirais vivpment. Je voudrais même qu'il y fût de nouveau nommé prieur, pour que vous fussiez assurée de le garder ; mais je pense qu'il vous restera maintenant et qu'il vous fera beaucoup de bien d'une manière ou de l'autre. Quand on a l'attachement qu'il a pour vous, l'occasion de le prouver ne manque jamais. Je ferai mon possible pour qu'il ne vous soit pas enlevé ; car je l'aime beaucoup et je serais bien fâchée qu'on le changeât.
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23% LETTHK CXLII.
provincial, ne tardera pas de se trouver en ce lieu, s'il n'y est déjà. Jo dois vous dire que c'est un de mes meilleurs amis , et qu'il m'a dirigée pendant quelques années : c'est un saint. Tâchez de le voir, et de lui remettre cette lettre à la main : je ne connais pas de voie plus sûre. Que Notre-Seigneur vous guide en toutes choses. Amen.
5. J'ai éprouvé aulant de surprise que de consolation , en trouvant notre chère sœur Agnès de l'Incarnation si grasse et si avancée dans le service de Dieu. Que Dieu la conduise par la main. Elle a fait des progrès extrêmement grands dans l'obéissance ainsi que dans toutes les autres vertus.
Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.
Le P. prieur est bien : je lui ai présenté vos hommages : vous lui devez beaucoup. Faites en sorte, je vous prie, de me procurer la réponse à celte lettre, et de me la faire passer par une vole sûre : c'est une affaire de conséquence.
Ce 8 avril.
Notes.
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3. Dès que vous le verrez, dites-lui que la sœur Saint-Barthélemi se
recommande bien à ses prières, et qu'elle est bien contente que vous
vous souveniez d'elle; qu'il ne cesse de le faire par charité, ctque de son
côté elle le fait pour lui, quelque pauvre et misérable qu'elle soit. Elle
vous demande la même grâce, et vous la lui devez , à raison de la ten"
dre amitié qui vous unit. Je vous laisse avec Dieu, et je le prie de faire
de vous une grande sainte.
Palencia, le lendemain de la Trinité.
Votre servante,
Thérèse de Jésds
notes.
La vénérable Anne de Saint -Augustin, à qui celte lettre est adressée, fut une religieuse célèhre par ses vertus, ses miracles et ses prophéties. La cause de sa béatification a éié admise par la sacrée congrégation. Sainte Thérèse lui écrivait de Palencia, le 22 mai 1580. A celte époque, la Sainte était arrivée à un si haut degré de perfection, que le docte Binez disait qu'il souhaitait sa mort, afin que ses ricbes trésors ne fussent pas exposés à périr. Qui ne tremblerait pour soi ?
.4 la mère Brianda de Saint-Joseph, prieure de Malugon. Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, ma fille, et vous donne en celte fête un amour si pur et si ardent pour Dieu, que vous en ressentiez moins vos douleurs. Dieu soit béni : il y en a beaucoup qui croient que tout va bien avec la santé , au milieu des plaisirs et de l'abondance, et qui se trouveront fort mal le jour qu'il faudra rendre compte àDieu. Soyez-en sans inquiétude; vous gagnez des trésors de gloire dans ce lit. C'est beaucoup que vous ne soyez pas plus mal avec un aussi mauvais temps. La faiblesse ne doit pas vous étonner ; il y a si longtemps que vous souffrez. Sur un simple rapport , et sans connaître le principe du mal, on ne saurait d'ici vous indiquer aucun remède; mieux vaut qu'ils soient indiqués par les médecins du lieu.
2. Aucune de nos sœurs ne désire l'entrée de la religieuse ; mais comme je les voyais dans le besoin , je disais qu'il serait bien d'en admettre une qui se trouve à Médina : on la dit très-bonne. Mais puisque t»ous dites qu'on remédie à tout avec ces cent ducats , il vaut mieux n'en recevoir aucune jusqu'à ce qu'elles aient une maison.
3. Je suis étonnée de ce que l'on vous fait lever par un tel temps : de grâce ne le faites pas, cela peut vous faire mourir. Mes compliments à N. cl annoncez-lui qu'on éprouve de grandes difficultés pour obtenir la renonciation de la sœur Casilde ; don Pedro m'a écrit sur ce sujet. Le docteur Velasquez, qui est mon directeur, prétend qu'on ne peut pas faire violence à sa volonté. J'ai fini par laisser tout sur la conscience de don Pedro ; je ne sais comment cela finira. On veut lui donner quinze cents ducats et les frais du voile; voyez queile terrible dépense, pour s'en mettre tant en peine, et encore on ne la lui compte pas sur-le-champ. Certes, cet ange doit bien peu à sa mère. Je voudrais voir celte affaire terminée pour le compte de Cette enfant, qui en est fort
peinée. Aussi je viens de lui écrire que, si l'on ne veut rien donner, elle vienne sans rien.
4. Béalrix m'annonce qu'elle va bien et qu'elle ne souffre plus: quelque mal qu'elle ait , elle se croira bien en voyant l'affection que vous lui portez ; je n'ai pas encore vu pareille chose- Ma sanlé est bonne, et Dieu fasse que la \ôlre, ma fille, s'améliore promplemont. Amen. Le trousseau de Béatrix était bien léger d'après l'inventaire qu'on m'en envoie; j'ai dit qu'il fallait envoyer au moins les couvcrlurcs et deux draps de lit , cl quelques pièces de toile ; je crois que le port coûtera plus que cela ne vaut. J'en débourserai le prix, si vous le voulez. Sa sœur me fait demander les couvre-pieds et quelques autres
bagatelles.
Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.
notes.
N. 1. On croit que celle lettre fut écrite de Tolède, vers Noël. Les religieuses de Locclies en conservent l'original.
N. 2. An niiniure 5, la Saune l'ail allusion aux rlébalsqui avaient lieu àValladnlid, au sujet île la renonciation de la lionne Osilde. Elle lit sa profession au couvent de cefe ville, et ne recul i|u'uue pension alimentaire, t^clie sœur sortit dans la suite de cette maison, en venu d'un bref, pour entrer (liez les franciscaines.
N. 5. Au nombre 4. Beau ix deJésu», nièce de sainte Thé èse, native de Torrijos, sortit du couvent de l'Incarnation, à la suite de sa tante, pour aller embrasser la réforme au couvent du Ualagon.
A la mère Marie-Baptiste, prieure de Valladolid, nièce de la Sainte.
(Première.) Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, ma fille. En voyant que depuis si longtemps vous ne m'écriviez pas, je pensais avec peine que c'était faute de sanlé, lorsque la prieure de Médina m'a marqué que vous vous portez bien : Dieu soit béni ; car je vous souhaite comme il faut la sanlé : que ces autres soient malades , à la bonne heure , si Ici est le bon plaisir de Dieu : elles auront ainsi de quoi acquérir du mérite.
2. Je vous annonce que Dieu a retiré de ce monde Isabelle des Anges, qui était des environs de Médina , et qu'elle a fait une mort si belle, qu'on prendrait pour une sainte celle qui en ferait une semblable ; oui, elle est allée à Dieu, et moi, je reste ici comme une chose inutile. J'ai éprouvé pendant trois semaines un grand mal de tète, avec d'autres indispositions ; ce mal ne m'a pas encore quittée tout à fait ; mais je suis mieux :jeme réjouis des nouvelles que je donne au P. Dominique. Rendez grâces à Notre-Seigneur que les choses aient été aussi bien arrangées ici. Qu'il soit béni en tout.
3. Faites passer celle lettre à la prieure de la Mère de Dieu. Je lui envoie un remède qui, je crois, m'a fait du bien. Son mal, que j'ai eu tant d'années, me cause bien de la peine. C'est une douleur pitoyable. Que pense Anlonia en m 'envoyant ces scorsonères! à peine en ai-je eu goûté, au'il m'est venu un terrible dégoût pour les douceurs : avec
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tout cela j'.ipprécie beaucoup son envoi à ces sœurs, notamment à Isabelle, qui paraît déjà une personne de sens et parfaite.
4. Qu'elle est simple de m'envoyer tant de soumissions au sujet des compliments, et sur le reste! Jusqu'à ce que nous puissions nous revoir, je n'ose lui déclarer mes vues. Je dois vous dire que chaque jour je me sens plus libre, et que je prends garde que cette personne ne soit pas exposée au danger d'offenser Dieu, ce qui est tout ce que je crains; car j'ai vu de grands périls et de grandes chutes en pareille position que la sienne; c'est une âme que j'affectionne beaucoup, et il me semble que Dieu lui-même m'en a confié le soin ; aussi plus elle est simple et ouverte, plus je crains pour elle. J'aime bien qu'elle soit en lieu sûr : toutefois il n'est pas de sûreté entière en celle vie, et il n'est pas prudent de se trop livrer à la confiance : nous sommes en guerre et environnés de beaucoup d'ennemis.
5. Voyez, ma fille, quand je suis hors des grandes douleurs que j'ai eues à souffrir ici , comme le moindre mouvement des choses me fait une grande impression : que ceci ne soit que pour elle seule ; car qui ne me comprend pas ne doit être conduit que d'après son caractère. Si quelqu'un peut me rendre pour elle ce petit service , c'est celui que j'en charge ; mais une âme libérale sait beaucoup de gré des petits services. Dieu veuille qu'il en soil ainsi de moi, pour que je ne manque pas de prendre part à son service comme je le dois. O ma fille, nous sommes dans un monde que vous ne connaîtriez pas encore comme il faut, fussiez-vous à mon âgel Je ne sais comment je vous écris ainsi sans avoir une personne sûre pour vous envoyer celle lettre : puisset-elle arriver à bon port!
6. Tout ce que vous ferez pour dona Guiomar sera bien fait : c'est une sainte personne remplie de bonnes œuvres. C'est beaucoup que celle autre soit sortie en paix. Dieu veuille que nous soyons plus heureuses avec celle que nous avons reçue avec lant de craintes de mon côté. Les sujets de leurs maisons finissent par entrer dans les nôtres : toutefois il semble que maintenant cela ne fera pas trop mal. Isabelle vous écrira là-dessus. Voilà que je vous ai écrit, mais point de messager : on vient me dire qu'il y en aura un et que je n'ai que de donner mes dépêches.
Voire servante, Thérèse de Jésus, notes.
N. t. L'original de rettelcitre se conserve avec vénération an courent îles carméliies de Sébile. Elle fui écrit.; île Ségnvie, le mois île juin de l'an 1574.
N."2. Au nombre 2, Isabelle île. Anges mourut le 11 juin. On ignore lu nalure des nouvelles qu'elle annonuçail au P Dominique Binez.
N. 5. Au nombre 3, la Mère de Dieu était un couvent de dominicaines à Valladolid : Anlonia du Sainl-Espril.
N. 4. Au nombre 6. doua GuiomardeUllia avait contribué nar son crédil à la première l'iMid.iii.'ii de Saint-Josepb. habille , qu'elle nomme à la fin. était Isabelle de Jésus, native de Ségovie, que la Sainte avait amenée de Salamanque.
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A la même. (Sccoudo.) Jésds. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, ma fille. Je trouve, ce me semble, quelque consolation à la peine que j'ai ressentie en partant sans vous voir, dans la peine que vous en avez éprouvée vous-même. Enfin, Dieu peut disposer les choses de manière à nous voir plus longuement : certes, je n'ai pu faire autrement ; d'ailleurs c'est une grande fatigue que de se voir seulement pendant quelques heures : tout le temps se perd en visites, et on perd le sommeil pour causer, et du train qu'on y va, il ne manque pas d'échapper quelques paroles oiseuses. Mais ma lettre ne comporte pas tout ce qu'on dirait de vive voix : toutefois je vous recommande de ne pas vous brouiller avec le père Médina. Croyez bien que j'ai mes raisons et que déjà j'ai vu quelque bien à cela : néanmoins ne lui laissez pas envoyer la lettre : qu'on ne lui donne rien, ce n'est pas un grand ami , il n'a pas de si grands motifs de l'être , et peu importe ce qu'il dira de moi. Pourquoi ne me le dit-il pas à moi-même ?
2. J'ai déclaré au P. provincial qu'ils avaient très-bien fait de nous retirer la Samanu. Savez-vous ce que je pense? c'est que Dieu vous veut pauvres, mais honorées; qu'il vous a donné Casilde qui l'est, et qui vaut mieux que tout l'or du monde. Il parait que le P. visiteur s'est ravisé en celte affaire, et qu'il a voulu m'en décharger : au moins il a beaucoup excusé Orellana, et ainsi je pense qu'elle l'a voulu clieméme. Je suis ennuyée de parler de cette pauvre ûlle.
3. Depuis la lettre à laquelle je réponds, je vous en ai écrit une, par un théatin, ou je ne sais par qui. C'était toujours le commissionnaire ordinaire de la Mère de Dieu. Je vous disais que nous avons trouvé les fonds tout prêts , et que tout élait terminé, grâces à Dieu. Je me donne beaucoup de mouvement pour que nous puissions passer avant mon départ; je ne sais si vous serez débarrassée. Il y a peu à faire , c'est près d'ici : que cela ne vous fasse aucune peine : Dieu vous récompense de vos bons conseils. Je crois avoir deviné les ratures. Vous saurez que Véas n'est pas en Andalousie , mais à cinq lieues en deçà, cl je sais que je ne puis y faire des fondations.
4. Le livre est entre mes mains depuis deux ou Irois jours après le départ de l'évêque pour la cour. Je devais le lui envoyer là; mais je ne savais où il logeait ; on vous le porte, remettez-le-lui à son départ, tel qu'il est ; mais auparavant donnez-lui celte lettre à son adresse, où je le prie de saluer doua Maria.
5. J'emmène pour prieure Anne de Jésus , que nous avons prise à Saint-Joseph de Placencia; elle a élé et est encore à Salamanque. Je n'en vois pas en ce moment d'autre propre à celle place. On dit des merveilles sur la sainteté et l'humilité de l'une des deux fondatrices, et toutes les deux sont parfaites : il ne faudrait pas leur donner quel-
qu'un qui les fit dégénérer. Car celle maison, dit-on, doit être la source d'un grand bien : je le dis pour celle religieuse.
6. S'il plaît à Dieu, il s'en fondera une autre dans peu : mais qui ne s'entend avec elle, posera de mauvais fondements ; je désirais vivement qu'on la prit. 11 doit y en aller quatre de Pastranne, et c'est bien peu. Nous serons ici vingt-deux, avec deux qui vont entrer sous peu : celle de 1500 ducats entre samedi ; ou est effrayé de sa vivacité. Je ne sais comment cela finira. Celles qui sont ici, sont tremblantes. Six sont parties, et entr'autres la prieure qui n'est pas du pays : la sousprieure est assez bien. On sera obligé de retirer encore d'autres religieuses, car je vois qu'ici on en trouvera d'excellentes qui voudront entrer. Voyez si on pouvait renoncer à la fondation de Véas , puisqu'il nous faut encore un monastère.
7. Vous me faisiez, ma fille, un grand honneur en m'engageant à rester : ce sera cet hiver, car Dieu le veut ainsi. Je ne crois pas que je puisse le passer dans ce pays froid, où je me trouve si mal, que j'y souffre plus que je n'ai jamais fait.
Votre indigne servante,
N. !. Celle lettre fut écrite, l'an 1574, on ne sait quel jour; l'original se conserve au couvent de Consuegra.
M. i. Le P. Médina était un célèbre dominicain, d'abord déclaré contre sainte Thérèse, et, dans la suite, l'un de ses apologules le> plu> ardents.
N. 5. Au second nombre, le visiteur, c'était le P. Fernandez, dominicain. Orellaua était aussi un célèbre dominicain.
N. 4. Au nombre 4, il s'agit de l'histoire de sa Vie, écrite par elle-même, qui l'ut délérée au tribunal de l'inquisition parle P. Bauez.
A la même. Troisième.)
1. Jésus soit avec vous, ma fille. Je voudrais avoir plus de temps pour vous écrire : je m'étonne comment j'ai pu tenir à tant de lettres et de lecture. Je veux abréger, et Dieu veuille que je le puisse. Y pensaiton bien? est-ce à moi d'élire aucun chef, à moins qu'on ne m'en charge? Aussi n'y suis-je pas allée? Quant à ce que nous en avons dit, notre père le voulait pour des raisons qui n'exisleut plus, et je pense que ce ne fut jamais son intention que ce fût pour toujours. Un de ses motifs élait que le nonce disait qu'il ne fallait pas laisser de fonder. Il paraît qu'il lui a parlé des affaires, de manière à faire croire qu'il partageait son opinion. Selon les renseignements qu'il a reçus, il use de la prudence dont je vous parle , et je suis décidée à ne pas fonder , à moins que je n'aie un ordre de lui. Il suffit de ce qui est l'ait. Notre père est ici : et il est temps qu'il commence la visite des frères qu'il n'a pas encore commencée.
3. Mes frères, et en particulier Lorenzo, se remuent tellement, pour m'emmener avec eux, qu'il veut, dit-il, attendre ici la décision du père, qui parait mollir un peu. Pour moi, je me lais, et je prie le Seigneur
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240 LETTRE CXU'I.
de mettre dans son cœur ce qui convient le plus à sa gloire, et je l'en remercierai : c'est toute ma joie; faites de même de voire côté. Je souhaite, dites-le à mes chères sœurs, que Dieu les récompense, en les rendant contentes; mais que, si elles veulent me croire, elles ne mettent pas leur joie dans les choses périssables; elles y trouveront du mécompte. Vous direz la même chose à ma chère Casilda, puisque je ne puis lui écrire.
h. Dans une lettre que la prieure a dû vous faire passer, je vous annonçais de Médina la réception de vos lettres avec le port. Ne m'en envoyez plus, jusqu'à ce que je vous le dise.
5. La maladie de mon père (Banez) me cause bien de la peine; je crains qu'il n'ait fait quelqu'une des pénitences qu'il s'impose d'ordinaire pendant l'Avent, comme de dormir sur la terre nue ; car il a un mal auquel il n'est pas sujet; il est vrai que la douleur n'est pas grande; mais si le mal se fixe, c'est chose fâcheuse , surtout durant tant de jours. Voyez s'il est assez couvert : faites-lui surtout bien couvrir les pieds. Dieu soit loué de ce qu'il est mieux. Il n'est pas de chose qui me fasse tant de peine qu'une grande douleur ; je ne voudrais pas même en voir mes ennemis atteints. Je vous charge de lui faire mes compliments.
6. L'enfant est bien jeune, s'il n'a que onze ans; douze, ce serait bien. Je voudrais qu'il sût écrire, avant de venir : car il doit aller étudier à Saint-Gilles, avec ces petits, afin qu'il commence à apprendre quelque chose. Mon frère a dit qu'il fallait le prendre, quand même on n'en aurait pas besoin, puisque c'est une affaire du P. Domingo Banez.
7. Je désirerais fort qu'on reçût là cette converse, et je n'y vois pas moyen : car le bon Asencio nous a priées de prendre une de ses domestiques, et je dois en retirer une de Médina pour la faire venir ici : elle est aussi sainte que Stéphanie; et elle n'a pas encore l'habit; elle peut le demander à Alberla qui me donnerait la vie, si elle voulait recevoir cette sainte. Certes, si dona Marie avait su ce qu'elle est, elle me l'aurait demandée. Je pouvais la prendre à la place qc dona Marianna, et placer ailleurs celle de notre père.
8. C'est une chose étrange qu'elle ne m'ait pas dit qu'elle parlait d'elle-même. Elle doit être tout je ne sais comment. Voyez un peu ce que c'esl, et si elle est bien, il faut la recevoir, n'eussions-nous ou la placer. Ici il nous en manque une, et je voudrais bien la tirer de ce pays-là, quoique je ne sache comment faire, à cause que c'est si loin. Puisqu'elle a retiré ses père et mère qui n'avaient d'autre ressource qu'elle nous sommes obligées à lui rendre le même service.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
NOTES
N. 1. Celte lettre fut écrite le mois de novembre de l'an 1575. Au nombre 2, le
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LETTRE CXLVH. 241
nonce était Normancto, qui favorisait assez les projels de sainte Thérèse ; il s'agit du :; .: P.Gracian.
N. -2. Au nombre 2. c'est à Avila que don Lorenzo de Cépède, frère de la Sainte, avait dessein d*' remmener.
N. 5. Au nomlire 5, la Sainte veut parler du célèlire P.Banez;on ignore la nature delà maladie qu'il avait con'raciée p>r suitede ses austérités.
N. 4. Aux nombres 7 et 8. elle veut parler île Franc use de Jésus, cousine de la îœur Anne de Sainl-Banliélemi.
A la même. (Quatrième.) -■ |j
Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, et vous rende, ainsi qu'à *2
ces sœurs, la bonne fêle que m'a procurée le billet de quittance, que ***
vous m'avez envoyé si spontanément : il est arrivé fort à propos. Le *;*j
messager de Madrid était sur le point de partir, et on m'écrivait pour *«
*2 me dire de me presser : voyez quel bonheur! -.-,-
2. Je vous assure que je n'aurais pas reçu cet argent avec plus de »■<£ plaisir, iors même qu'il eut été destiné a mes besoins personnels. Elles *>* m'ont fait une faveur et un acte de générosité : que l'Esprit- Saint les en '.' '. récompense. Oui, je dis que Dieu les en récompense abondamment. £* Lisez cet article à toutes les sœurs. Je me recommande bien à leurs
£% prières. Pour les faire connaître, j'ai écrit à Madrid ce quelles mont j£*
marqué. £|
3. J'ai tant écrit aujourd'hui, et il est si tard, que je ne vous dirai ici
que peu de chose. D'abord, de grâce, traitez-vous bien afin que je ^5
* ■■« puisse vous trouver bien portante, si Dieu me dirige de ce côté-là. #*•*
Le vicaire général, notre P. Ange, me l'a déjà fait espérer a dem; ; ^
mais c'est si loin, que je ne voudrais guères faire tant de chemin pour £*
»»-4i avoir le regret de se séparer si vite. £/*!
4. 11 m'écrit pour me dire qu'il est d'avis que je parle , quoique cela £2 ail besoin d'une confirmation qu'il m'enverrait à Malagon, et que j'au- £*j rais autant de mérite que si je fondais la maison : il veut que chemin *;■*
£ 4; faisant, j'aille porter quelque consolation à celle famille, qui le de- *><&
mande ; il m'envoie la lettre de l'évêque el il me mande de revenir sur- ^<S le-champ à Salamanquc, pour y acheter une maison ; c'est le besoin
le plus urgent de ces sœurs, qui ne se plaignent pas plus que si elles ^
étaient mortes ; ce qui du reste enflamme encore mon zèle. Voyez cette *.'£
pauvre vieille, sur-le-champ à Malagon. Je vous assure que j'en ai £;J
ri, et je me sens du courage pour entreprendre davantage. Que Dieu *;*
Z. ■[ soit notre guide. . ^J
£;* 5. Il peut se faire que l'avis arrive avant que j'aie terminé à Sa!a-
manque el que j'aille vous voir avec moins de presse : d'autres pour- »j
ront arranger les affaires de Malagon. On soupçonne, el non sans quel- ^4
que fondement, que les pères non réformés seront enchantés de me * J savoir si loin, et le père doit aussi être bien aise de me voir loin du couvent de l'Incarnation. Il faut du lemps pour les affaires de ces maisons, et mon voyage sera un moindre sujet de murmures que ma
course d'à présent pour des riens. Que le Seigneur règle tout pour que je fasse quelque chose pour sa plus grande gloire.
6. Le père m'avertit dans sa lettre que ce qu'il me dit n'est qu'une ébauche de son dessein, qu'il doit en conférer d'abord avec le P. Pierre Fernandez : que jusque-là il n'y a rien à faire. 11 s'expliquera d'une manière plus claire dans In lettre ou'il écrit à l'évêaue- Il désire extrêmement de leur être agréable, et iï est d'un si bon naturel au ii ne saurait dire un non.
7. 11 a approuvé la maison aes pères iéchaussés. mais non celle des religieuses ; c'est parce que le P. Antoine de Jésus et le prieur de la Roda ne l'ont pas jugé convenable. J'ai approuvé leur décision parce que je m'étais opposée autrefois à cette fondation, où devaient entrer huit béates. Je préférais fonder quatre couvents.
8. Le P. Pierre Fernandez est d'avis qu'il ne se fasse aucune fondation jusqu'à ce que nous ayons une province séparée, et il en donne de très-bonnes raisons, quoiqu'il ne s'y oppose pas; on vient de me l'écrire. Le nonce étant travaillé, et un peu aigri contre nous, il pourrait en résulter des inconvénients. Il faut y songer.
9. Je suis fâchée de tout le bruit qu'a fait l'affaire de Casilda : il en arrivera qu'on ne leur donnera rien. Tout ce qu'il y avait à faire c'était de leur donner les deux mille cinq cents réaux qu'on a promis, ou au moins deux mille. A quoi bon tant de bruit?
Votre indigne servante,
Thérèse de Jfesos.
NOTES
N. 1. L'original de celle lelire se trouve dans le couvent de Séville; elle fut écrite, d'Avila, l'an 1579, au commencement de juin.
N. 2. Au nombre 5, le P. Ange Salazar fut nommé vicaire général, le 1er avril. Il ordonna à la Sainle de se rendre à Valladolid, à la demande de dun Alvaro et Marie de Mendoza.
A la mère Anne des Anges , prieure de Tolède. i. Jésus vous donne sa grâce. Je reçus votre lettre à Palencia au moment où je ne pouvais vous répondre. Je le fais à présent en toute hâle; car l'évêque qui prend ma lettre veut partir sur-le-champ. De grâce, s'il arrive jusque-là, faites-lui toutes un bon accueil; faiteslui faire beaucoup de visites : car nous lui devons tout.
2. Pour ce qui concerne la maison, j'approuve fort la pensée de Diego Ortiz, et la clause qu'il metr s'il achète cette maison, me paraît bien; il lui convient plus qu'à nous de ne pas remplir la condilion que nous ne prendrons pas la maison. Ne vous inquiétez pas de sa peine : il ne la perd jamais. Traitez-le aussi bien que vous le pourrez.
3. Quant à la sœur de la mère Rrianda de Saint-Joseph, elle ne doit être ni religieuse, ni converse : ce n'est pas qu'elle n'ait un bon esprit, une raison saine et calme ; je la crois parfaite •■ mais elle est im-
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propre à autre chose qu'à ce qu'elle fait. On ne l'empêche pas, d'après son aveu, de se donner à Dieu et de se livrer à tous ses goûts de dévotion, et elle se dit comme toute façonnée pour ce genre de vie II est bon qu'elle ait des contrariétés : il y en a partout, et de plus grandes. k. Je ne sais comment je ferai pour aller dans ce pays-là; vous seriez étonnées de toutes les affaires dont je suis écrasée; mais tout est possible à Dieu. Recommandez-moi à sa divine Mère. Je fais à toutes mes compliments. Je suis tellement pressée, que je ne puis en dire davantage, ni vous écrire de ma main. Le 16 août.
5. S'il plaît à Dieu, je serai à Avila à la fin du mois. Je suis bien contrariée du départ de notre père (Gracian) en pareille circonstance. Que Dieu soit avec lui. J'ai envoyé une expédition des lettres patentes au P. Antoine de Jésus. S'il veut se charger de l'affaire, et se rendre sur les lieux, tout ira bien.
6. Je dis que j'approuve fort la marche qu'on prend; mais vous oubliez seulement de me dire comment vous aiderez Diego Ortiz pour l'achat de la maison; tout sera bien employé, pourvu que ce soit avec modération. Le nouveau projet vaut mieux que l'ancien pour laisser l'église libre : on peut donc se hâter de traiter. Quoiqu'on avance peu pour construire l'église par les rentes , comme le veut le P. Provincial, il goûtera cette idée, parce qu'il s'intéresse beaucoup à tout ce qui fait le bien de cette maison. Ceci se verra dans la suite : l'une pour l'autre. Je suis d'avis qu'on ne laisse pas d'acheter la maison pour l'église; pour le reste on s'arrangera dans la suite. Il faut d'abord aviser à ce que ce qu'il doit donner puisse suffire.
7. Donnez-moi tous les détails de cette affaire. Je serai ici jusqu'après la Nativité de la Vierge, et le reste du mois, à Médina. Vous pouvez m'écrire à ces deux endroits. Recommandez-moi aux prières de toutes les sœurs. Je suis extrêmement pressée.
Votre servante,
Thérèse de Jésus.
NOTES
N. 1. La mère Anne de Jésus, à qui celle lettre e=t adressée, fut la première su. périeure du couvent de Saint-Joseph : elle devint dans la suite la fondatrice et la première supérieure du couvent de Guerva. La Sainte écrivit celle lettre deux fois; d'abord le 26 août 15S-2, et puis le -2 septembre de la même année.
N. 2. Au nombre cinq, il est question du vénérable Gracian qui venait de partir pour l'Andalousie.
A la vénérable mère Marie de Jésus, fondatrice du couvent de Véas. &c^ Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, ma fllle. Si
^3 vous aviez ma pauvre tête et mes affaires, vous auriez une excuse pour le long silence que vous me gardez ; mais vous ne les avez pas, et alors je ne sais comment je n'éclate pas en murmures contre vous et contre ma bien-aimée sœur Catherine de Jésus. Non certes, vous ne deviez pas me traiter ainsi. Car s'il m'était possible, je vous écrirais si
souvent que je ne vous laisserais pas vous endormir dans un si long oubli. Ce qui me console, c'est de savoir que vous élcs dans la joie et la santé, et que l'on m'assure que vous aimez bien Noire-Seigneur. Je le demande pour vous instamment à Noire-Seigneur. Je cherche maintenant à me reposer dans celte maison de toutes les fatigues et des peines de tout genre que j'ai essuyées dans ces derniers temps. Ce désir est conforme à ma sensualité ; mais lorsque je consulte la raison, je vois bien que je ne mérite que croix sur crois, et que Dieu me fait une grande faveur, en ne me donnant que des croix.
2. La mère prieure vous aura déjà dit comment on me fait un devoir d'aller faire une fondation devant laquelle je recule depuis bien des années. Puisque l'on persiste ainsi et que tel est l'avis du supérieur, je pars avec l'espérance que Noire-Seigneur sera glorifié. Demandez-le à Noire-Seigneur ainsi que la grâce pour moi de faire toujours sa sainte volonté. Vous ferez mes compliments à la sœur Catherine de Jésus, à Isabelle de Jésus, et à Eléonore du Sauveur. Je voudrais que ma tète et le temps me permissent de vous en dire davantage. Ouanl à vous, gardez-vous de m'écrirc brièvement, et ne vous étonnez pas, si je ne vous réponds pas sur-le-champ. Soyez persuadée que vos lettres me causent une grande joie, et que je n'oublie pas de vous recommander à Notre-Seigneur : que sa majesté vous rende aussi sainte que je le désire.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus, notes.
N. I. L'original de celte lettre ?e trouve au couvent des carmélites de Valladolîd, expoé à la vénération publique sur l'autel de la Sainte. Pmir bien connaître la vénérable Marie de Jésus et Catherine de Jésus, on peut voir le ubapiire 22 de l'Iiistoire des Fond nions.
N. 2. An nombres, la Sainte vent parler du couvent de Villanueva de la Xara, qu'elle allait fonder par l'ordre du P. Ange de Sulazar.
A la mère Anne de Saint - Albert, fondatrice du couvent de Ca-
ravaque.
1. Jésus soit avec vous, ma fille. J'apprends avec joie que la maison est fraîche, et que vous n'aurez pas les inconvénients de l'année passée dans la saison où nous sommes. Je serais heureuse si les affaires et les lettres qui me plcuvcnl, me permettaient d'aller passer quelques jouis en ce lieu, en société de ces chères petites colombes, sur le bord d'une eau si limpide. Vous devez être comme des ermites; je n'en suis pas digne ; mais je me réjouis de ce que vous er jouissez pour moi. Je comprends que je vous affectionne tendrement par le grand désir que j'ai de vous voir; Dieu m'accordera peut-être celle faveur. Je vous recommande d'une manière particulière, et j'ai la douce assurance que le Seigneur vous aidera en tout. Je n'ai aucune peine à croire que vous servez beaucoup à rendre ces âmes parfaites.
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LËTTKE CL. 245
Mais remarquez bien que vous ne devez pas les conduire toutes d'une manière uniforme, et que vous traitez la sœur à qui notre père a donné l'habit, comme une infirme. Ne vous inquiétez pas pour l'élever à une haute perfection. 11 suffit qu'elle fasse, comme l'on dit, tout bonnement ce qu'elle peut, et qu'elle n'offense pas Dieu.
2. Il y a beaucoup à faire à chaque entreprise, surtout dans les commencements; jusqu'à ce que la maison soit fondée, nous prenons celles que nous pouvons, et qui peuvent fournir pour les autres : cela est juste surtout pour celle qui a été la première ; conduisez-la, ma fille, comme vous pourrez. Si elle a une âme bonne, songez qu'elle est la demeure du Seigneur : chaque fois je le remercie de la satisfaction qu'elle a donnée à notre père. Afin que vous le deveniez, je dois vous dire qu'il a déclaré que vous étiez une des meilleures prieures qu'il y eût. Comme vous êtes toute seule, que Dieu vienne à votre aide. Ne vous mettez pas en peine de l'affaire de Malagon, il suffit de l'expédier quand vous pourrez.
3. Notre père est bien portant, grâces à Dieu, mais dans de grandes affaires : car il faut que vous sachiez que lé nonce est mort, et que le P. Tostade est à Madrid, envoyé par le général de l'ordre en qualité de vicaire-général. Quoique le roi n'ait pas encore voulu qu'il commençât ses visites, nous ignorons à quoi il se résoudra. La commission de notre père ne finit pas par la mort du nonce, et il reste visiteur comme avant. Je crois qu'en ce moment il se trouve à Pastranne. Il faut prier beaucoup, afin que s'accomplisse ce qui peut le plus contribuer à la gloire de Dieu : nous le faisons ici, et nous y joignons des processions publiques. Ne vous négligez pas : c'est un temps de pressantes nécessités ; toutefois les choses semblent prendre une tournure favorable.
4. Malgré tous ses travaux, notre père n'a pas laissé de s'occuper de l'affaire de cette maison : il en a parlé deux fois à l'évêque, qui lui a témoigné beaucoup d'amitié, et lui a promis sa protection ; il a écrit à cette dame. Il m'a écrit aussi la semaine dernière qu'il attendait je ne sais quoi. Notre père est très-content; il dit que la chose ira bien. Ne vous inquiétez pas du retard; je vous assure qu'il y a mis le plus grand empressement: on a déjà terminé l'affaire de la rente; ainsi n'ayez aucune peine; tout s'achèvera bientôt.
5. Si vous êtes contente de ces personnes (je parle des filles de la Vieille), vous n'avez qu'aies admettre à la profession, quoiqu'elles aient quelques défauts, car on ne trouve pas de femme sans cela. Mon mal de tète diminue un peu, mais pas assez pour pouvoir écrire longuement de ma main; je n'écris à aucun monastère que de la main d'une autre, sauf quelques affaires particulières, et c'est ainsi que je finirai celle-ci.
6. Que vous dirai-je des maladies qui régnent ici, surtout à Séville? on vous en parlera ici : l'état de la mère Incarnation m'inquiète beau-
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NOTES
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coup, quoique ces infirmités soient de celles qui diminuent avec l'âge : ayez soin de la recommandera Dieu, comme toutes les autres, en particulier la sous-prieure et les fondatrices.
7. La présidente de Malagon se nomme Anne de la Mère de Dieu. C'est une excellente religieuse, qui s'acquitte très-bien de sa charge, sans s'écarter d'une ligne de la constitution. Quant aux jupons de drap dont parle notre père, les sœurs doivent s'en défaire peu à peu jusqu'au ** dernier, si on ne peut en procurer d'autres pour toutes les sœurs à la fois : vendez-les aussi bien que vous le pourrez. Ayez toutes sortes de bons égards pour Catherine de Otalora, et cherchez à lui plaire en tout : l'ingratitude nous siérait mal, vous savez tout ce que nous lui devons. Si quelque sœur lui écrit, remettez-lui les lettres, et obtenezen la réponse. Que Noire-Seigneur en fasse une grande sainte. La mère Brianda se recommande à vos prières, tant elle est affaiblie. Ce 2juil- ** tet. Votre mère et votre sœur se portent bien.
Votre iudigne servante,
N. 1. Cette lettre est écrite de Tolède le 2 juillet 1577. On en conserve l'origi. nul Je Caravaqiie. La mère Anne de Saint-Albert ét;iit native deMalagori.
M. "2. An nombre 3, c'est le nonce Hornianelo qui venait de mnuiir.
N. 3. Au nombre 5, trois novices avaient f.\ii leur profession dans ce couvent depuis la date de relie lettre, Marie du Saint-Sacrement , Florence des Anges el Marie de Saint-Paul, toutes les irois filles de Gines de Beyna el de Marie de j»** Lafleur. g ;
N. 4. Au nombre 7, la mère de l'Incarnation était native de Pampeliine, issue jf^ des vice-rois de Navarre, élevée au palai> de Philippe II. Après avoir fondé plu- ^=s sieurs couvents, elle termina sa sainte carrière h Grenade, conformément à une *"* prophétie de sainte Tbérèse. La dame Otalora étail la fondatrice du couvent de Caravac|iie. a
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Aux sœurs Marie de Saint-Joseph et Isabelle de la Trinité, filles de Catherine de Tolosa, novices au couvent de Palencia. %^
Jésl'9. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, mes Olles. J'ai reçu votre *«S lettre avec les écritures. Chaque fois que vous m'écrivez, c'est une *>* consolation pour moi : c'en serait une autre de vous répondre, si #><% mes travaux me le permettaient; mais ils m'empêcheront de le faire j£* chaque fois. jj s
2. Je me suis réjouie de vous voir déjà au nombre des fondatrices : 8^ certes, je vous assure que, sans votre secours dans ce pressant besoin, je ne voyais aucune ressource pour acheter la maison. Quelle que *<* fût la bonne volonté de madame Catherine de Tolosa, elle ne pouvait faire plus qu'elle ne fait, et ainsi vous n'avez pu le faire que par une disposition divine : car l'archevèaue ne voulant pas autoriser notre établissement, si nous n'avions pas une maison à nous, et ne sachant par quel bout nous y prendre pour en avoir une , voyez où nous en serions. Avec votre secours et l'aide de Dieu, quoiqu'on ne puisso donner d'abord qu'un petit à-comole, on se procurera uue maison com-
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mode. Remerciez bien le Seigneur d'avoir fait de vous le fondement d'une si bonne œuvre, chères filles; toutes ne méritent pas la fiveur qu'il a faite à la mère et aux filles. Ne soyez pas en peine de tout ce qui s'est fait ici; tout cela fait voir l'importance de l'œuvre et combien elle contrarie le démon. J'espère de la bonté de Dieu que l'archevêque nous voyant en possession d'une maison, nous accordera l'autorisation. Ma fille, ne vous troublez jamais de nous voir souffrir, Duisqu'il y a tant à gagner dans les souffrances.
3. Je dois vous faire savoir qu'Hélène de Jésus sera une grande religieuse : elle est avec nous, et nous en sommes bien contentes. Thérèse est mieux ; elle se recommande bien à vos prières , comme aussi la mère Thomassine et toutes les autres sœurs ; elles sont très-reconnaissantes de ce que vous avez fait, et elles ne vous oublieront pas dans leurs prières au Seigneur; que sa divine bonté vous conserve, Amen, et fasse de vous autant de saintes.
TnÉRESE DE JÉSUS.
NOTES
N. 1. L'original de celte lettre se vénère chez le; religieuse; de Yepes, Elle fut esrite de Burgos l'an 158-2, en mars ou nu commencement d'avril. Les deux chères sœurs, à qui elle est adressée, étaient (illcs de Catherine de Tolisa, alors novices au couvent de Palencia, où elles firent profession le 22 avril. Les chroniques de l'ordre parlent d'elles comme de modèles accomplis de toutes les vertus.
N. 2. La sainte leur donne le titre de fondatrices au nombre 2. Elles avaient renoncé à leur part paternelle et maternelle, pour coniribuer à la fondation du couvent de Burgos ; l'archevêque de cette ville ne voulait autoriser l'établissement des carmélites, qu'autant qu'elles auraient une maison en propre et une rente suffisante.
N. 5. Hélène de Jésus était une sœur de ces deux novices. La Sainte lui demanda fort jeune encore, si elle voulait a lier avec elle, et la petite enfant partit sur-le-champ. Sa bonne mère lui ayant dit: Est-ce ainsi que les demoiselles quittent la maison paternelle ? l'admirable enfant lui répliqua par ces mots: Notre mère fondatrice m'appelle, je ne puis faire moins que de la suivre. Thérèse était une nièce de la Sainte; Tomassina, prieure de Burgos.
A la mère Eléonore de la Miséricorde, religieuse du couvent de Soria.
Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, ma fille. Quoiqu'il soit une heuredu matin, j'ai voulu vous écrire cette lettre. J'ai désiré trouver un messager pour ce lieu; je ne sais ce que deviennent les lettres écrites; et là-bas on se met bien peu en peine de m'écrtre. Maintenant la personne qui porte ma lettre est en état de vous rendre compte de ce qui se passe ici. Je voudrais que vous la communiquassiez au directeur de votre âme, et que vous trouvassiez du repos en lui parlant en toute franchise ; il saura vous tranquilliser en toute manière. Je suis charmée que vous le connaissiez.
2. Le jeune homme devant revenir ici, de grâce, dites-moi où vous en êtes pour le repos de votre esprit et pour le reste. J'ai bien soin de vous recommander à Noire-Seigneur. Dites ce qu'a fait don François; on m'a dit qu'il n'était pas encore décidé à renoncer au mariage; j'en
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248 LETTRE CUIt.
suis dans l'étonnemcnt : je désire vivement qu'il parvienne à seryir Notre-Seigneur.
3. La chère fille dona Maria de Bcaumont est malade depuis quelque temps; écrivez-lui ainsi qu'à dona Juana. Remerciez-les bien de ce qu'elles ont fait pour nous. Je vous laisse avec Dieu , ma tète n'en peut plus. Mes compliments bien affectueux au P. Valléjo : je le prie de faire connaître à notre père tout ce qu'il croira devoir être réformé dans cette maison.
Votre servante,
Thérèse de Jésus.
P. S. Vous pourrez traiter avec notre père l'affaire de Pampelune : que Dieu veuille la diriger, si elle doit être pour sa gloire. Dans le cas où il faudrait prendre les choses dès le principe, je crois que l'affaire ne convient pas.
NOTES
N. \. L'original de celle lettre est entre les mains des marquis de Sainl-Andricn à Tiulèlo : on en ignore la d:tle.
N. 2. La mère Eléonore a été Tune des premières religieuses du couvent de Pampelune.
A lu mère Thomassine Baptiste, prieure du couvent de Burgos.
1. Jésus soit avec vous, ma révérende mère, et qu'il vous rende sainte. Votre lettre m'a comblée d'autant de joie, que si je ne vous avais vue depuis longtemps. Que Dieu conserve votre santé et celle de la chère sœur Béalrix de Jésus , dont la maladie m'a bien chagrinée; dites-lui que je prie pour elle, et faites-lui mes compliments.
2. Lorsque s'en ira Catherine de Tolosa , faites fermer l'ouverture qui fut pratiquée au parloir à l'époque de l'inondation ; si elle reste encore, suspendez cette mesure, et ne permettez à personne d'entrer en ce lieu, excepté à ces dames. Comme je vous dis, si plus tard, on veut rentrer par là, il y aura peu de chose à changer ; il suffira d'une légère cloison, et on cédera une pièce, s'il le faut. Mais on doit faire une fenêtre, de manière à ce qu'on ne puisse dominer le jardin; on nous a déjà trop vues.
3. Je me trouve mieux de mon mal de gorge : depuis bien des jours je n'ai pas été aussi bien. Je suis presque sans douleur, et c'est beaucoup un jour de pleine lune. Le logement est bon et très-frais, et le reste de la maison me parait mieux que je ne croyais. Tout est si élégamment arrange, qu'on n'y trouve rien à dire. Thérèse se recommande à vos prières. Elle ne paraît pas ici aussi fraîche que là-bas; la mère prieure et toutes les sœurs se portent bien et se recommandent toutes à vos prières.
k. Je me recommande de mon côté aux prières de la mère sousprieure et de toutes les sœurs, à celles de Catherine de Tolosa, do fcealrix et Lesmilos, de dona Catherine et de sa mère, enfin de tous
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nos amis : la sœur Saint-Barlhélemi se recommande instamment aux prières de vous toutes et de vos chères petites sœurs. Ayez toujours soin de présenter nos devoirs à nos amis; quand je ne vous le dirai» pas, je vous autorise à le faire en mon nom.
5. J'ai admiré la manière de laver dans ce pays-ci , avec deux sœurs seulement: on pourrait peut-être faire de même chez vous, si Marie entrait: ce vous serait plus économique ; songez-y bien; quant à moi, je n'y cherche que l'économie. L'eau de ce pays-là est excellente. Vous pourriez aussi tirer parti d'Isabelle pour aider Marie à laver.
6. J'ai reçu une lettre du P. Nicolas ; il dit comment le général était arrivé dans les dis jours qu'il marquait dans l'autre lettre, comment il en a été bien accueilli, ajoutant qu'il allait s'acquitter de la charge qu'il lui avait confiée avec le plus grand empressement. Le général prouve bien sa confiance en lui, en le nommant son procureur pour toute la province des réformés de l'un et de l'autre sexe , et que tout ce que fait le général passe par ses mains, et se fait d'après ses conseils.
7. Les frères du P. Nicolas se sont très-bien comportés avec le général , et l'ont renvoyé très-content. En voyant le P. Nicolas aller loger chez eux, les pères chaussés ont cru qu'il allait se chausser : ils l'ont engagé à rester dans leur maison, en lui promettant de le nommer prieur: mais cela n'est pas de son goût. II se peut qu'il soit déjà dans ce pays-ci : il disait qu'il voulait partir sans retard, s'il trouvait un message sur les navires. Priez bien pour lui, et rendez grâces au Seigneur delà faveur qu'il nous fait de nous mettre dans les bonnes grâces du général. Remerciez bien la divine majesté; faites quelque procession : il ne nous manque que d'être bien saintes, et d'user de ces faveurs pour la gloire de Dieu. Qu'il soit toujours avec vous et vous donne sa grâce. Le 3 août.
8. Si je devais complimenter tous nos amis (de Burgos), je devrais recourir à une main étrangère, et puisque je n'écris pas à mon docteur, il pensera bien que je n'en ai pas le temps. Faites-lui mes compliments; faites-lui part des nouvelles qui m'inondent de joie: réjouissez-vous-en toutes, puisque Dieu nous fait des faveurs aussi insignes : qu'il vous garde . ma chère amie, et fasse de vous une sainte.
.j De Votre Révérence,
N. ^. Cette lettre fol écrite de Palencia le 5 août 1582. La mère Thomassine, à qui elle est adressée, fut une des religieuses les plus célèbres de la réforme par son rare laie. il de gouvernement, ses venus héroïques. Elle mourut à Victoria en odeur de sainteté : toute la ville pleura sa mort ei voulut assister à son enterrement.
N. 2. Béalrix de Jésus fut sous-prieure au couvent de Victoria, où la mère Thoniassine était prieure. L'inondation, dont il est question au nomlirc 2, eut lieu le jour de l'Ascension, 21 mai; louie la ville de Burgos lui envahie par les eaux ; les couvents furent abandonnés par les religieux. Sainte Thérèse, quoiqu'on l'engageât
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à quitter sa maison, voulut y resier ; elle réunit toutes ses sœurs dnns un appartement élevé , pour y adorer le saint sacrement et demander la cessation du fléau : tout à coup les eaux se retirent, et la ville est sauvée. L'archevêque affirmait (juc Burgos devait son salut à la présence de la Sainte dans ses murs.
N. 5. Au nombre i, Béairix était Bile, et Lesmitos, fils de Catherine de Tolosa. Lesmilos fut dans la suite un carme déchaussé, sous le nom de frère Jean Clirysoslome, et connu par trois traités estimés sur la Trinité, les Lois et les Péchés.
N. i. Aux nombres 6 et 7, le P. Nicolas Doria fut envoyé au général, pour lui offrir l'obédience de tonte la réforme. Le P. Caffard était alors général >!e l'ordre. Le pai>e voulut dans la sinie nommer le P. D.iria à l'archevêché de Gènes, et lui donner le chapeau île cardinal.
Pi. 5. Le nombre 8 est écrit tout entier de la main de sainte Thérèse. Les amis sont les protecteurs du couvent de Burgos ; le docteur était le médecin Aguiar, l'un des hommes les plus dévoués à la Sainte.
.4» Révérenclissime P. Jean-Baplisie Rubeo de Ravennes, général de
l'ordre de Car met.
Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, monseigneur. J'écrivis à votre seigneurie, la semaine dernière, deux longues lettres , par deux voies différentes; l'une était un double de l 'autre : car je désirais qu'elle ne manquât pas de vous parvenir. Hier, 17 juin, on me remit deux lettres bien désirées, de votre seigneurie: l'une était du mois d'octobre, et l'autre du mois de janvier. Quoiqu'elles ne fussent pas de la date que j'eusse désirée, elles m'ont comblée de joie, en m'apprenant que votre santé était bonne. Que Noire-Seigneur vous l'accorde: toutes vos filles ne cessent de le demander dans nos maisons où chaque jour nous faisons au chœur une oraison particulière ; toutes les sœurs sachant combien je vous affectionne, sont fidèles à ce point; elles-mêmes ne connaissant pas d'autre père que vous, vous portent une singulière affection, et ce n'est pas trop, puisque nous n'avons pas d'autre bien sur la terre: comme elles sont toutes très-contentes, elles ne cessent de se féliciter de vos commencements.
2. J'ai annoncé à votre seigneurie pour lui donner connaissance de la fondation de Véas, et de la demande qu'on fait à Caravaque d'une maison. Je vous disais qu'on avait accordé l'autorisation avec les inconvénients J'ai aussi fait savoir par écrit à yotre seigneurie les
raisons que j'ai eues de fonder un couvent à Séville; que Notre-Seigneur me fasse la grâce de voir s'aplanir les difficultés qui se rencontrent dans ce projet de réforme, sans vous causer le moindre chagrin. Je dois dire à votre seigneurie que , lorsque j'arrivai à Véas, je pris des informations pour ne pas fonder en Andalousie : je voulais absolument éviter d'y mettre le pied: or, il est certain que Véas n'est pas de l'Andalousie, quoiqu'il soit enclavé dans une province de l'Andalousie. Je n'ai su ce que j'avais fait qu'un mois après avoir fonde le monastère. Comme je me voyais déjà établie avec des sœurs, j'ai cru qu'il ne fallait pas abandonner celle maison: cette affaire est en partie le motif de mon arrivée ici; mais mon but principal, comme je vous l'écrivais, est de m'occuper de l'affaire de ces pères. Quoiqu'ils donnen
des raisons de leur conduite, et que je les considère comme vos Gis bien soumis et fort zélés à vous plaire en tout, je ne puis m'empêcher de leur donner des torts. Ils commencent, ce me semble, à comprendre qu'il eût mieux valu s'y prendre autrement et ne pas vous contrarier. 11 y a eu des explications vives , particulièrement entre Marian et moi ; il est d'une grande promptitude ; le P. Gracian est comme un ange ; s'il eût été seul, les choses auraient été autrement; il n'est venu ici que par ordre du P. Balthazar, qui était alors prieur de Pastranne. J'assure votre seigneurie que, si elle le connaissait, elle serait charmée de le compter au nombre de ses enfants, et il l'est en toute vérité, aussi bien que Marian lui-même.
3. Le P. Marian est un homme de pénitence et de vertu; il est connu de tout le monde pour sou talent : que votre seigneurie soit persuadée qu'il n'a été mu que par le zèle de la gloire de Dieu et l'amour de l'ordre; seulement, comme je vous l'ai dit, il est un peu indiscret et pas assez modéré. De l'ambition, je ne crois pas qu'il en ait; mais , comme vous le dites, c'est le démon qui trouble toute cette affaire, et lui dit aussi beaucoup de choses qui le font entendre. Je lui en ai passé plus d'une fois, et comme je le vois plein de vertu, je lui passe encore celle-là. Si vous l'entendiez, vous en seriez satisfait. Il m'a dit un de ces jours qu'il n'aura de repos que, lorsqu'il pourra se jeter aux pieds de votre seigneurie. Je vous ai déjà dit que tous les deux m'ont priée de vous écrire (ils n'osent le faire eux-mêmes) et de vous offrir leurs excuses; et, vous ayant écrit déjà, je ne vous dirai ici que ce que je me crois obligée de vous dire.
4. D'abord, au nom de Notre-Seignenr, je prie votre seigneurie de bien comprendre que tous les déchaussés ensemble, je les compte pour rien en comparaison du moindre manquement fait à votre seigneurie. Oui, ce'.a est ainsi, et c'est me frapper à la prunelle des yeux, que de causer la plus légère peine à votre seigneurie. Ces pères n'ont pas vu, cl ils ne verront pas ces lettres. J'ai seulement dit à Marian que je savais que vous useriez d'indulgence, s'ils obéissaient. Le P. Gracian n'est pas ici. Soyez convaincu qu'à les savoir indociles, je ne voudrais ni les entendre ni les voir jamais : mais je ne pourrais moi-même avoir plus de soumission filiale pour vous qu'ils n'en montrent.
o. Maintenant, je dirai ma manière de voir à votre seigneurie; si c'est simplicité, vous me le pardonnerez; quant à l'excommunication, voici ce que le P. Gracian vient d'écrire de la cour à Marian : que le provincial P. Angel lui a déclaré qu'il ne pouvait le garder dans sa maison, parce qu'il était excommunié et qu'il est allé chez son père: le nonce ayant appris cela a mandé le P. Angel et lui a fait de vifs reproches, en lui disant que c'est l'outrager que de les déclarer excommuniés, lorsqu'ils n'étaient venus que par son ordre: qu'il saura punir tous ceux qui le soutiendront. Alors il s'est rendu sur-le-champ au couvent, où il est encore, et il prêche à la cour.
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6. Onion père et moa seigneur, les choses ne sont pas tout-à-1'hcure pour tant de rigueur: ce P. Gracian a un frère qui est secrétaire intime du roi , qui l'affectionne beaucoup ; et le roi, à ce que j'ai su , n'est pas loin d'adopter la réforme. Les pères chaussés disent qu'ils ne savent pourquoi vous traitez ainsi des hommes si vertueux; qu'ils voudraient traiter avec les contemplatifs, et qu'ils en sont empêchés par votre excommunication. Là, on vous dit une chose, et ici l'on parle d'une autre manière. Us vont trouver l'archevêque et ils disent qu'ils n'osent pas sévir, parce que sur-le-champ ils ont recours à vous. Ce sont des gens étranges. Quant à moi, mon seigneur, je vois l'une et l'autre chose, et Noire-Seigneur sait que je dis la vérité: je crois que les déchaussés sont les fils les plus soumis, et qu'ils doivent l'être. Votre seigneurie ne peut voir ce qui se passe ici ; moi , je le vois et je le dis , parce que je connais parfaitement combien vous êtes saint et ami de la vertu.
7. Quelques pères sont venus me voir, en particulier le prieur (c'est un excellent homme); il a voulu que je lui montrasse les lettres-patentes qui m'autorisent à fonder. Il voulait en avoir une copie; je n'ai pas voulu la lui donner, pour ne pas leur fournir les armes d'un procès, puisqu'il voyait que j'étais autorisée à fonder. Dans la lellrc-palenle que vous m'envoyâtes en latin depuis l'arrivée des visileuis, vous m'autorisez à fonder partout; c'est ainsi que l'entendent les hommes instruits; car vous n'y indiquez ni maison ni royaume: vous n'y signalez aucun lieu; il s'agit donc de tous les lieux: je l'ai même pris pour un ordre, et je me suis donnée plus de mal que ne permettent mes forces; car je suis déjà vieille et épuisée. Les fatigues que j'ai éprouvées au couvent de l'Incarnation ne m'ont rien semblé. Chaque jour Dieu me fait des faveurs plus abondantes : qu'il en soit béni.
8. J'ai déjà parlé au P. Marian de ces religieux qu'on a reçus: il dit que c'est par ruse que Penulla a pris l'habit : qu'il s'était rendu à Pastranne, qu'il prétendait que le P. visiteur Vargas le lui permettait; et que, lorsqu'on découvrit le fond de l'affaire, il se l'est donné à luimême. Depuis quelque temps on cherche à le renvoyer, et on le fera: l'autre n'est plus chez eux. Les monastères ont été fondés par un onlre du visiteur Vargas en vertu d'une commission apostolique qu'il avait. La principale réforme ici consiste à établir des déchaussés : de même le nonce a donné son autorisation comme réformateur, quand il a chargé de la visite le P. Antoine de Jésus, pour l'établissement des monastères ; mais ce père faisait mieux lorsqu'il s'adressait directement à voire seigneurie pour être autorisé, et si Thérèse de Jésus se fût trouvée ici, il se peut qu'on y aurait avisé un peu mieux. 11 n'était question d'établir une maison qu'avec votre autorisation : je n'aurais pas manqué d'y tenir fortement la main. Toutefois le visiteur, père Pierre Fcrnandez, a été fort prudent sur ce point, et je lui sais gré d'avoir évité avec soin de vous causer la moindre peine. Le visilcur ici
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a distribue tant d'autorisations et des pouvoirs si amples, pressant eu outre ces pères, que, si vous connaissiez tous leurs pouvoirs, vous ne les jugeriez pas si fautifs: et aussi ils disent qu'ils n'ont jamais voulu admettre le P. Gaspard, pas plus que d'autres, ni avoir des relations avec lui, malgré ses vives instances, et qu'ils ont laissé sur-le-champ la maison qu'ils avaient soustraite à l'ordre; ils avancent encore beaucoup d'autres excuses ; par où je vois qu'ils n'ont pas agi avec une si grande malice. Lorsque je considère les fortes épreuves qu'ils ont subies, la pénitence qu'ils font, comme de vrais serviteurs de Dieu, je suis affligée de voir que votre seigneurie les ait disgraciés.
9. C'est une chose vraie qu'ils vivent dans un grand et pieux recueillement, et parmi les sujets qu'ils ont admis, il s'en trouve plus de vingt qui ont fait leurs cours, ou je ne sais comment on appelle cela, des hommes saints et de beaucoup d'esprit: l'on dit qu'il y en a plus de soixante-dix ici, dans la maison de Grenade et à la Penuela: il me semble que je l'ai entendu dire. Je ne sais ce qu'ils pourraient devenir et le jugement qu'en porterait le monde, avec la bonne opinion qu'on en a; je crois qu'une mesure de rigueur nous coûterait cher à tous; car ils sont en grande considération auprès du roi, et l'archevêque prétend qu'eux seuls sont de vrais religieux. Maintenant les exclure de la réforme, croyez-moi: quand vous auriez toutes les raisons du inonde, vous ne devez pas vous arrêter à celte idée. Les prendre sous votre protection, c'est ce qu'ils veulent et que vous n'avez aucune raison de ne pas vouloir; Notre-Seigneur n'y trouverait pas sa gloire. Que votre seigneurie recommande bien celle affaire à sa divine majesté, et comme un vrai père, veuillez oublier le passé. Songez que vous êtes serviteur de la Vierge et qu'elle s'offenserait si vous abandonniez des sujets qui font tant d'efforts pour élendre son ordre. Les affaires sont à un point tel, qu'elles demandent une sérieuse réflexion.
Votre indigne et soumise servante, Thérèse de Jésus.
notes.
N. i. Cette lettre, dont l'original se conserve au couvent des carmélites de Rome, lut écrite de Séville le 18 juin 1575; l'objet principal de cette lettre est de justifier auprès du général les deux pères Gracian et Marian qui avaient été dénoncés. Le second de ces pères avait assisté au concile de Trente.
N. 2. Au nombre 6, Antoine Gracian, frère du P. Gracian, était secrétaire du roi. Nombre 7 : le prieur se nommait Michel de Ulloa. Ces lettres-patentes se trouvent en original dans les archives de l'ordre. Le général s'opposait si peu a la réforme de l'ordre, qu'il dit un jour au P. Binez qu'il désirait que la Sainte fondât autant de couvents qu'elle avait de cheveux sur la tète. Dans la suite, les rapports mensongers qui lui furent envoyés avaient changé ses dispositions à l'égard de la réforme. Les lettres admirables de la Sainte, si toutefois elles lui furent remises, ne purent le ramener à ses premiers sentiments.
N. 5. Au nombre 8, la Sainte veut parler du P. Gabriel de la Penuela, natif d'Obeda. On peut consulter sur cette même affaire les notes du irénérable PaUfox, sur la treizième lettre du tome premier.
Au Révérend Père Dominique Banez.
Jésus. — 1. L,'Esprit-Saint soit avec vous, mon révérend père. J'ai reçu une lettre de Votre Révérence, et avec elle les preuves ordinaires de votre zèle et de votre charité. Elle est est si grande pour moi , que je ne sais d'autre moyen d'y répondre , que de demander à Dieu de vous le rendre , avec tous les autres biens que vous pouvez désirer. Quant à votre visite dans ce pays-ci, je dois vous dire franchement que la peine que j'éprouvai de vous voir partir avec une personne aussi incommode, et le souvenir du peu de santé que vous avez eue ici , font que je ne me permettrai jamais de vous appeler sans une grave nécessité : je ne veux pas que vous ayez des vacances qui vous coûtent si cher : pour le moment je ne me sens pas le besoin de vos avis, grâces à Dieu. Les travaux et les tribulations ne me manquent jamais : ils me priveraient des consolations que je voudrais avoir : ainsi je vous prie plutôt de ne pas venir, et d'aller dans un lieu qui vous offre un repos dont vous avez un si grand besoin, après avoir travaillé toute l'année : et si l'arrivée du P. visiteur coïncidait avec la vôtre, je n'aurais pas le temps de prendre vos conseils.
2. Croyez-le bien, mon père , le Seigneur, je le sais très-bien, ne me veut en cette vie que des croix, et encore des croix ; et la plus pénible de toutes est de voir qu'il y en a une portion pour ceux mêmes qui me veulent du bien ; c'est là une de mes tribulations : qu'il soit béni en tout.
3. Je ressens vivement le malheur du père Padille, car je le liens pour un vrai serviteur de Dieu. Je le prie de lui manifester la vérité. On a beaucoup à souffrir quand on a tant d'ennemis que lui. Nous sommes tous plus ou moins exposés à ce malheur, mais c'est bien peu de chose que de perdre la vie et l'honneur pour l'amour d'un si bon maître. Recommandez-nous à lui dans vos prières : je vous assure que toutes nos affaires sont bien embrouillées. L'état de ma santé est passable, quoique mon bras aille encore assez mal pour m'empécher de m'habiller moi-même ; il va cependant de mieux en mieux : et que ne vais-je mieux dans l'amour de Dieu! Qu'il daigne conserver vos jours et vous donne toute la sainteté que je lui demande pour vous. Amen.
Ce 28 juillet.
Votre indigne servante et soumise fille, Théiièse DE JÉSUS.
P. S. Toutes les sœurs se recommandent instamment à vos prières ;
ne consentez pas à ce que la prieure renonce à l'usage de la viande, et
dites-lui de bien soigner sa santé.
NOTES
N. 1. Celle lettre fut écrite d'Avila le 28 juillet 1578. Selon toutes les conjectures elle est adressée au P. Banez, célèbre dominicain et défenseur de la réforme fondée par sainle Thérèse.
N. 2. Au posi-scriplum, il s'agit des religieuses du couvent d'Avila que le P. Banez avait dirigées pendant longtemps; c'est la mère Anne de l'Incarnalion qui
eu était supérieure.
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jlu P. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon révérend père. Depuis que je vous ai écrit, le licencié Godoy est venu ici ; il me paraît une excellente personne. Nous avons traité longuement l'affaire de sa novice : Dieu a permis qu'on la reçût dans une maison de bernardines ; je crois que c'est à Valdéras. Nous avons donc arrêté qu'à mon arrivée à Albe, j'examinerais cette affaire à fond et que, si je jugeais qu'elle ne peut pas rester, on la fera passer à cet autre couvent. Je m'en réjouis ; d'après mes informations , je crois qu'il vaut mieux qu'elle s'en aille ; que si l'on différait plus longtemps, on pourrait perdre cette bonne occasion. II supporte cette contrariété en bon chrétien : ces jours-ci il a eu quelques accès de Dèvre tierce : comme ils sont f;:ihles, ne laissez pas de vous réjouir et priez bien Dieu pour moi.
2. Je vous apprendsjque l'abbé de ce lieu est ami intime de l'évêque de Palencia ; il est bien avec moi , quoique je ne l'aie pas encore vu : déjà il y a un autre proviseur. Si Dieu nous en donne les moyens , nous sommes sûrs d'être autorisés à fonder à Saint-Alexis. La prieure qui est venue ici, est très-mal ; elle persiste bien dans son idée : elle a été presque à sa fin : elle nommait le licencié Godoy pour son exécuteur testamentaire et pour confirmer toutes ses dispositions. Je désire vivement que Dieu termine toute cette affaire.
3. Ma sœur Marie de Saint- Josepb jouit d'une bonne santé; elle est chérie de toutes les sœurs ; c'est une petite sainte , ainsi que Casilde. Tontes se recommandent bien à vos prières, et la prieure d'une manière expresse. Mon état est passable, et je me trouve bien ici :je ferai tous mes efforts pour partir au plus tôt; carl'affaire de Salamanque m'occupe beaucoup; toutefois je serai encore ici passé ce mois.
h. Je dois vous faire part d'une tentation que j'ai eue et que j'éprouve encore au sujet A'Elise'c : je me demande s'il ne lui échappe pas quelquefois de dissimuler la vérité en quelque chose, quoique ce soit en des choses de peu d'importance. Je désire qu'il y veille d'une manière particulière. Ayez la charité de le lui recommander de ma pari; car je ne vois pas comment une grande perfection pourrait s'accorder avec un semblable oubli. Mais voyez de quoi je m'occupe, comme si je n'avais pas d'autres soucis. N'oubliez pas de me recommander à Dieu, j'en ai un grand besoin. Je vous laisse avec lui ; ayant déjà écrit beaucoup de lettres, je suis fatiguée.
Ce 18 iuillet.
Votre fille et indigne servante, Thérèse de Jésus.
P. S. Je salue le P. recteur et le P. Barlhélemi de Jésus ; je vous prie au nom de Dieu de m'écrire comment vous traitent ces chaleurs.
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NOTES
N. 1. Celte lettre est écrite le 18 juillet 1579. La Sainte venait de sort.r de sa prison, par les ordres du P. Salazar. Le licencié Godoy avait une lille novice au couvent d'Albe, que la Sainte ne jugea pas appelée à la vie des carmélites.
N. 2. Au nombre 5, la Sainte parle de son projet de fonder un couvent de religieux déchaussés à Valladolid. L'abbé de ce lieu , c'était Alonzo de Mendoza. L'évique de Paiencia se nommait Alvaro de Mendoza. La prieure de l'hermiiage de Suint-Alexis voulait laisser ses biens a l'ordre du Carmel , el dans ce but, elle nomma le licencié Godoy pour son exécuteur testamentaire.
N. 5. Au nombre 3, Marie de Saint-Joseph est soeur du P. Gracian. Au nombre •1, la Sainte reproche au P. Gracian , sous le nom d'Elisée , quelque légère faute contre la vérité, en lui disant qu'elle ne comprenait pas qu'on put s'élever à une haute perfection , si, en tout et loujouis , on ne parlait pas conformément à la vérité.
N. 4. Au post-scriptum, le P. Héliede Saint-Martin était alors recteur d'Alcala.
.4t« père Ambroise Mari an.
Mon père Marian ,
1. Vous n'avez pas laissé de me faire quelque peine par votre lettre, lorsque vous me dites comment les choses se sont passées avec le nonce, qui ordonne la dissolution de la réforme. Vous m'apprenez qu'il y a sur ce sujet une ordonnance de Sa Grandeur, à la requête des pères mitigés ; vous ajoutez qu'on a voulu incarcérer à Valladolid le P. Jean de Jésus, qui serait arrivé l'âme bien triste à celle cour, et que vous êtes tous affligés de me voir, en quelque sorte, comme en prison.
2. Que Dieu soit loué toujours, puisque telle est sa volonté. Mais à présent que je vois le monde et l'enfer soulevés contre mes enfants, j'ai une si grande assurance que Dieu el mon père saint Joseph prendront si bien la défense de notre cause, que, dès ce jour, vous devez vous tenir, non pour vaincu, mais pour vainqueur; Lucifer ne demanderait pas mieux que de voir la ruine de ce petit troupeau de la Vierge. Or il n'en sera pas comme il le pense ; bien au contraire , ô mon fils , ceux qui nous tourmentent finiront par se déclarer en notre faveur.
3. Ainsi donc, que ces pleurs se changent en|allégrcssc : quant à moi, je pleure en voyant mes enfants dans la souffrance, persécutes et dispersés à cause d'une pécheresse comme moi : voilà ce qui me fait pleurer et gémir; car, pour le reste, je me tiens assurée de la victoire, puisque nous soutenons la cause de Dieu.
h. Ainsi je vous charge de dire au P. Jean de Jésus de retournera Valladolid dans la maison de la dame dona Marie de Mendoza, el de ne pas en sortir, jusqu'à ce que je lui en donne avis : donnez-lui ces lettres pour les remettre à leur adresse ; dites-lui de ne pas passer par Ségovic, mais bien parButrago et qu'il ne craigne rien. Quant à vous, mon révérend père, ne perdez pas un instant ; allez remettre cette lettre au roi de ma part; faites-lui connaître l'état de nos affaires ; je l'en informe de mon côté, et vous verrez comment il prendra la chose à cœur, pour plaire à Dieu. Montrez-vous humble devant le roi, et sans rancune
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pour ceux qui nous ont donné lieu d'acquérir du mérite; il nous convient de tout supporter en grande patience. Je vous en préviens, en cas que l'on touche à ce point : de cette manière tout pourra s'aplanir. Vous ne remettrez cette autre lettre au nonce qu'après trois jours, pour donner au roi le temps de lui parler; vous observerez comment les choses se passeront, et ayez confiance; ne vous laissez pas aller à la faiblesse de dire que nous ne pouvons plus porter le poids de nos souffrances ; nous pouvons tout en Jésus-Chrisi.
5. Ainsi donc foi vive ; c'est elle qui achève les grandes œuvres de Dieu ; ie vous le dis, afin que désormais nous apprenions à espérer en Dieu. Faites de ma part une visite à la princesse de Pastranne , et dites-lui que j'ai accompli ponctuellement ce qu'elle m'a mandé, et qu'elle ne soit pas en peine de ma captivité, que j'en mérite bien davantage et que nous nous verrons dans peu de temps.
6. Quant aux. autres avis, je les renvoie au moment de notre entrevue. Ma compagne (la mère Anne de Saint-Barlhélemi ) est fatiguée ; priez pour elle. Elle vous prie de dire au P. Jean de la Misère de lui peindre le saint Joseph qu'il lui a promis. Qu'il ait soin de le faire ; car je voudrais voir le monde entier plein de dévotion pour mon père saint Joseph. Ma santé est bonne; j'ai même de l'embonpoint, mais mon cœur est affaibli, parce que tout a été douceur, sans aucune pénitence. Quelle pitié de me voir telle que je suis 1 ayez soin de recourir à Dieu, et de le prier de me rendre vertueuse. Que sa divine majesté soit bénie en tout et pour tout, et vous donne sa grâce et son esprit.
A Tolède , le 11 octobre 1576.
Thérèse de Jésus.
NOTES
N. 1. La date qui se trouve à la fin de celte lettre est d'une main étrangère et paraît fautive. Cette lettre fut écrite d'Avila vers la fin de l'année 1578; à cette époque la Sainte était en réclusion an monastère d'Avila. Mgr. Séga était alors nonce du saint-siége, et s'était prononcé contre la réforme.
N. 2. Nombre 4 : Le religieux monarque Philippe II s'était hautement déclaré en faveur de la réforme fondée par sainte Thérèse.
N. 3. Au nombre G, le P. Jean de la Misère, chargé de peindre un saint Joseph, ne devait pas exceller dans son art. Il fil plus lard le portrait de sainte Thérèse, par ordre du P. Gracian.
Ecrit de sainte thérèse.
Chiffre de l'année de sa mort avec quelques sentences sur le martyre
spirituel, que la Sainte portait dans son bréviaire.