LETTRES CXXXIV-CXXXV
dona Anna de Tolède, oui avait partagé avec elle les suffrages de la communauté, et elles finirent par là. Cet état de choses était iniolérable pour le cœur de la Sainte, si amie de la paix et de l'union. La moitié de la communauté était depuis un mois privée des sacrements, de l'entrée du chœur, et n'assistait pas au saint sacrifice delà messe.
N.o. Le P. Jean, dont il est fait mention au cinquième nombre de cette lettre, c'était saint Jean de la Croix, qui dirigeait celte maison, et qui en fut aussi éloigné le 4 décembre de cette même année. Ce fut Alonzo qui fit lui-même l'exprès pour porter sa réponse àla Sainte. On trouve dans l'original de celte lettre la note suivante, écrite de sa main : J'ai expédié, pourAvila, Jean Caltego, piéton, pour seize réaux,tel6 novembrelbll : je lui ai donné en parlant huit réaux. Sainle Thérèse plaidait dans celle lettre contre elle-même la cause de sa rivale, dona Anna de Tolède.
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A don Antoine Gaytan, habitant de la ville d'Albe.
1. Jésus soit avec vous et vous récompense de la charité que vous avez eue de m'envoyer un livre, qui me convient si bien. Pour répondre à vos questions, en ce qui touche l'oraison, il me faudrait beaucoup plus de temps: au fond, c'est la manière ordinaire de ceux qui sont arrivés jusqu'à la contemplation. Si vous ne l'avez oublié, je vous l'ai déjà dit plus d'une fois. Il en est de l'intérieur, comme du temps qui change souvent : comme vous n'en pouvez mais, et qu'il n'y a pas matière de péché, n'en tenez aucun compte.
2. Quant au reste, je ne puis juger, parce que je suis partie : il pourrait m'arriver de vous conseiller, non selon vos besoins, mais selon mon attrait qui m'a toujours inspiré le goût de la solitude, qui est aussi dans l'esprit de notre ordre, mais que je n'ai pas mérite de suivre. Conférez-en franchement avec le père recteur: il verra ce qu'il y a de mieux pour vous. Examine» bien quel est votre principal attrait. Que Dieu conserve vos jours: j'ai tant écrit de lettres, que je ne sais comment j'ai pu vous écrire celle-ci : le messager attend.
3. On ne me dit rien de mon voyage, je ne sais comment il sera possible cette année: Dieu peut tout. Ayez soin de me recommander à sa majesté; de mon côté, je n'y fais faute. Donnez-moi toujours de vos nouvelles.
Votre indigne servante
Thérèse de Jésus, notes.
N. 1. Un ancien exemplaire de celte lettre se trouve entre les mains des carmélites de Séville. Il serait difficile d'en fixer la date et les lieux où se trouvaient la Sainle et la personne à qui elle écrit.
N. -2. Dans le nombre 5, il paraît que le bon Gavlan désirait que sainle Thérèse se rapprochât, dans un de ses voyages, du lieu de sa demeure. On ne sait quel es: ce lieu, pas plus que le livre dont il est question au commencement de celle lettre. Cet écrit est plein des meilleurs avis pour la direction des âmes.
A Simon Ruiz, habitant de Médina del Campo. Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit toujours avec vous. Amen. La mère prieure et plusieurs autres personnes m'ont déjà annoncé que tout
s'est bien passé. Noire-Seigneur en soit loué toujours, j'ai éprouvé le» j plus douces consolations de cela et surtout des bonnes nouvelles, que la mère prieure me communique sur le compte de la sœur Isabelle des ! Anges. Dieu veuille la conduire par la main , ainsi que la sœur de Saint-François, et qu'il les rende contentes.
2. Il ne faut pas s'étonner de ce que celte affaire ait causé de l'édification et du mouvement. Nos pécbés ont rendu le monde tel que, parmi les personnes qui ont les moyens de vivre, selon elles, dans la joie et le repos, il s'en trouve peu qui embrassent la croix de Noire- Seigneur; mais en demeurant dans lcmonde.il leur en reste de bien plus lourdes. Ici aussi, ces nouvelles produiront du bien, autant que j'ai pu le comprendre. Votre joie et celle de dona Maria m'en causent à moi-même une bien douce. Je me recommande bien à vos prières.
3. Il parait bien que vous avez élé en bonne compagnie, puisque vous avez si bien appris la vérité. Du reste, c'est une ebose sûre, que dans tout ce qui peut contribuera la gloire de Noire-Seigneur, le démon veut aussi essayer son pouvoir sous les plus belles couleurs. 11 ne s'est pas endormi dans cette occasion, et on a eu raison jusqu'à un certain point. Il semble que la protection de quelques personnes aisées doit finir par nuire à des maisons qui s'entretiennent d'aumônes : cela serait possible pendant quelque temps; mais on saurait bientôt ee qui en est. Finalement, ce sont des affaires graves, et qu'on ne peut pas conclure si rapidement. Gloire soit au Seigneur de ce que tout s'est passé si bien. Que Dieu vous conserve longues années; élevez une demeure à un si grand roi; il saura, je l'espère, vous en donner une qui n'aura jamais de Gn.
4. On me donne de très-bonnes nouvelles du P. Jean de Monlalvo : je n'ai pourtant aucune lettre de lui , depuis mon arrivée ; j'ai pensé qu'il était là-bas. Vous nous faites une grande faveur, en laissant en de si bonnes mains l'affaire du chapelain. Si celui dont vous parlez a les qualités convenables, peu importe son jeune âge. Que Notre -Seigneur règle tout cela, comme le reste.
5. Vous avez parfaitement raison au sujet des religieuses; c'est le parti qui convient; ( tout à l'heure) il suffit d'en avoir deux. Je le mande à lanière prieure, notre règle en veut treize, et, avec celle-là, le nombre est complet. Dieu daigne diriger ce choix, et vous conduise par la main. Amen. Ordonnez, je vous prie, que l'on remette sans retard ces lettres à la mère prieure.
Ce 18 octobre, le jour où j'ai reçu votre lettre.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus, carmélite.
NOTES
N. i. L'original de celle lettre se conserve an couvent de Médina del Campo. Elle fut écrite de Tolède, l'an 15C9. Elle est adressée à Simon Ruiz Embito, oncle de la vénérable Isabelle, dont nous parlerons plus bas, fondateur du célèbre hôpital de la Conception de celle même ville de Médina.