‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 235 sur 448 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

Des fruits dont l'âme est combler quand elle se rend insensible au plais»

des biens naturels.

La soustraction que l'âme se fait de la joie des biens naturels lui apporte beaucoup d'utilité ; car, outre qu'elle se dispose à l'amour divin et aux autres vertus, elle se prépare à pratiquer l'humilité en ce qui la regarde, et la charité en ce qui regarde le prochain. En effet, lorsqu'elle ne s'attache à personne en particulier à cause de ses bonnes qualités, clic se conserve la liberté d'aimer spiriluellement tout le monde comme Dieu l'ordonne. Il faut remarquer ici que personne ne mérite d'être aimé qu'à cause de sa vertu; qu'aimer quelqu'un de la sorte, c'est l'aimer selon la volonté de Dieu et avec une grande liberté; que si on l'aime d'une manière plus spirituelle, on s'unit davantage à Dieu ; car, plus i'amour du prochain s'enflamme, plus l'amour de Dieu reçoit d'accroissement; plus aussi l'amour de Dieu croit, plus l'amour du prochain se fortifie, parce que l'un et l'autre n'ont qu'un même principe et qu'une même origine.

L'âme tire encore de là un autre profit, qui est qu'elle accomplit ce qm1 notre Sauveur déclare en ces termes : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce soi-même (Maltli., XVI, 21). Ce que l'âme ne pourrait faire si elle mettait sa joie dans les dons de la nature, puisque celui qui s'estime soi-même et qui se plaît en ses qualités naturelles ne se renonce pas et ne suit pas Jésus-Christ.

On trouve aussi dans la privation de ce plaisir une troisième utilité fort considérable; car celle privation fait couler dans l'âme un fleuve de paix ; elle ferme l'entrée aux distractions qui interrompent la prière; elle détache les sens des objets extérieurs. Aussitôt que l'âme s'interdit la jouissance de ces choses, elle n'en désire plus la vue; elle n'y occupe plus les autres sens, de peur qu'ils ne la gagnent. Elle ne passe plus son temps à y penser, semblable au serpent et à l'aspic, qui se bouchent les oreilles de peur d'entendre la voix des enchanteurs, et de sentir l'efficacité de leurs charmes (Psal. LVII, o, 6 . En effet, les portes extérieures, qui sont les sens, étant bien gardées, il est facile à l'âme de conserver son calme extérieur et d'augmenter sa pureté.

Ceux qui sont avancés en la mortification de ce plaisir sensuel, se procurent aussi un grand avantage. Les objets vilains et les pensées déshonnètes ne font pas sur leur esprit l'impression qu'ils font sur le cœur des personnes qui ont de la tendresse pour ces choses ; de sorte que le renoncement de ces délices fonde et entrelient dans l'âme et dans le corps une pureté parfaite, c'est-à-dire dans l'esprit et dans les sens de l'nonime spirituel, qui les purifie au point de les faire approcher de la pureté des anges, de leur donner de la conformité avec Dieu et de les faire le temple du Saint-Esprit. Or, si l'homme permet à son cœur délaisser entrer le plaisir des dons de la nature, il est certain qu'il ne pourra jamais être aussi pur qu'il le doit être. Au reste, pour conlrac 1er cette impureté d'âme et de sens, il n'es! pas néce.-saire de consentir formellement aux choses honteuses ; il suffit de les connaître et d'en ressentir de la joie, puisque, le Saint-Esprit nous assure qu'il se retirera des pensées sans entendement Sup., 1, 5 , c'est-à-dire des pensées que la raison ne rapporte poinl à Dieu.

On recueille encore de là un bien général et fort étendu. Car, outre que l'homme spirituel se défend des inconvénients que nous venons de marquer, il se précau lionne contre la vanité et contre plusieurs autres maux, tant corporels que spirituels, surtout contre le mépris ou du moins contre le peu d'estime que font des autres tous ceux qui se plai-

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