‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 239 sur 448 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

Des biens spirituels et temporels dont la privation du plaisir des choses

matérielles enrichit l'âme.

Les proûts que l'âme retire de la privation de ce plaisir sont admirables. Il y en a de deux sortes, les spirituels et les temporels.

Le premier est que l'âme, en s'éloignanl de la joie qu'elle reçoit des objets sensibles et en se resserrant en elle-même, s'affranchit des distractions que les opérations trop vives des sens lui causaient. Ensuite elle s'approche plus facilement de Dieu, et conserve mieux l'esprit intérieur et les vertus qu'elle a acquises, et à qui elle donne de nouveaux accroissements.

Le second est très-excellent; car nous pouvons dire avec vérité que celui qui étouffe en lui-même cette volupié, devient de sensuel, tout spirituel; d'animal, tout raisonnable; d'humain, tout augéiique , tout céleste et tout divin. Comme un homme qui ne recherche que les douceurs de ces plaisirs ne mérite pas d'autres noms que ceux de sensuel, d'animal, de terrestre : de même celui qui les abhorre est digne des qualités que nous venons de lui attribuer. Ce qui est certain, puisque l'usage des sens et la force de la sensu ;liié sont directement contraires ai'-.- exercices et à la vigueur d' l'esprit : Car la chair, dit l'Apôtre, combat par ses dc'sirs contre l'esprit, et l'esprit contre la chair (Galat., V, 17). De là vient que les forces de l'une des tieuxparties de l'homme diminuent ou croissent à proportion que les forces de l'autre croissent ou diminuent. Et de cette manière , la partie supérieure, qui ne tend d'elle-même qu'à Dieu , se perfectionne et s'unit à soi! Créateur ; elle acquiert les biens spirituels et célestes ; et c'est lui faire justice que de l'orner de tous les litres illustres que nous avons rapportés. Celte doctrine est fondée sur l'autorité de saint Paul. Il nous enseigne que l'homme qui n'occupe son cœur qu'à goûter les délectations sensuelles est tout charnel, et ne comprend point les choses qui viennent de l'Espritde Dieu : et celui qui attache sa volonté à Dieu est tout spirituel; il pénètre dans les secrets duSeigneur (I Cor., II, 14, 15); il juge de toutes choses. Si bien que l'âme tire de là cet avantage, qu'elle est disposée, par celte abnégation, à recevoir tous les biens spirituels et tous les dons divins que la bonté de son Créateur voudra lui faire.

La troisième utilité consiste en une grande augmentation des délices intérieures, lesquelles remplissent le cœur de celui qui rejette les contentements charnels. Car, selon la parole infaillible du Sauveur, il reçoit cent pour un [Matt. , XIX, 291 : de manière que si vous renoncez une seule fois à cette joie, vous serez récompensé dès celle vie de cent douceurs spirituelles et même corporelles ; et au contraire , si vous la goûtez une seule fois , vous serez puni de cent amertumes très-fâcheuses. Car, lorsque vous aurez purifié vos yeux du plaisir qu'ils avaient à voir, vous sentirez une consolation spirituelle très-agréable, parce qu'elle se rapportera uniquement à Dieu , soit que vous regardiez les choses divines , soit que vous arrêtiez voire vue sur les choses humaines. Vous serez pénétré de semblables délices entendaat parler des choses divines ou humaines , lorsque vous aurez soustrait à vos oreilles la vaine satisfaction qu'elles reçoivent des entretiens du monde. Vous devez juger la même chose des autres sens, lorsque vous

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LA MONTEE m MONT C ARMEL.

aurez retranché le eontentement que les objets corporels ieur donnent. Car, comme dans l'état d'innocence tout ee qu'Adam et Eve voyaient , tout ce qu'ils disaient , tout ce qu'ils mangeaient les excitait à une douce contemplation des choses divines , parce que la partie inférieure était bien disposée et fort soumise à la raison : de même celui qui éloigne de ses sens tout le plaisir que les objets matériels leur présentent, qui les tient assujettis à l'esprit, et qui les dompte jusqu'à étouffer leurs premiers mouvements , celui-là est pénétré des douceurs d'un étroit attachement au Seigneur, par la continuelle application de son cœur à la majesté divine. C'est pourquoi toutes choses, soit basses, soit élevées, sont utiles à ceux qui sont purs, et elles augmentent leur pureté : au contraire, elles sont dommageables à ceux qui sont impurs, et elles les infectent d'une impureté plus étendue. Cependant quiconque ne surmonte pas la volupté de l'appétit animal, il ne jouira jamais, par le moyen des créatures ni par ses propres opérations , de la joie que Dieu verse ordinairement dans les âmes fidèles. Mais quiconque ne vit plus selon la corruption des sens, il a la consolation de voir ses opérations et ses puissances tendre à la contemplation de Dieu comme à leur centre. Car, comme nous apprenons des philosophes , chaque chose subsiste et vit selon la nature de son être; et conséquemmenl celui qui a changé sa vie animale en vie spirituelle, se porte sans résistance à Dieu, n'ayant plus que des affections et des actions spirituelles. 11 s'ensuit de là qu'un homme qui est parvenu à cette pureté $><& de cœur aura facilement une connaissance de Dieu, pure, spirituelle, agréable et pleine d'amour.

Je tire encore cette conséquence, que celui qui ne s'accoutume pas à vaincre sa sensualité, et qui n'use pas de tous les objets matériels pour aller à Dieu, il doit rejeter la satisfaction qui lui vient des ehoses sensibles, afin qu'il puisse délivrer son âme de la vie animale. 11 doit craindre que, n'étant pas assez intérieur, l'usage de ces choses ne nourrisse et ne fortifie plus ses sens que son esprit, parce que la partie ^P| sensitive, étant la plus forte, domine dans ses opérations , et excite une sensualité plus grande et plus active : Car ce qui est né de la chair est 'Cf. chair, dit le Sauveur; et ce qui est ne de l'esprit est esprit (Joann., III, 6). Il faut bien peser ceci, puisque c'est une vérité constante. Que celui donc qui ne s'est pas encore mortifié parfaitement sur ce plaisir grossier, n'ait pas la présomption d'appliquer ses sens ni leurs opérations aux objets sensibles, s'imaginant que l'esprit en profitera davantage. En détruisant ce contentement et le désir qu'on a d'en jouir; on augmente plus les forces de l'âme, que si on s'occupait de ces choses matérielles.

Pour ce qui concerne la gloire que le refas de cette volupté nous procure en l'autre vie, il n'est pas nécessaire de la représenter en cet endroit. Outre que ceux qui auront abhorré celte sensualité auront le corps revêtu des qualités glorieuses, bien plus excellentes que ceux qui n'auront pas méprisé la volupté , ils seront élevés à une gloire essentielle proportionnée à l'amour divin, qui les aura portés à combattre celte délectation, parce que, selon l'expression de saint Paul : Les afflictions, quoique courtes et légères, que nous souffrons en cette vie, produisent en nous la durée éternelle d'une gloire incomparable (II Cor., IV, 17).

Je ne crois pas aussi que je doive déduire ici les avantages que la privation de celte joienous apporte, soit qu'ils regardent l'esprit, soit qu'ils concernent les mœurs, soit qu'ils soient commodes à la vie présente. Ils sont tous de même nature que ceux dont nous avons parlé en traitant des autres espèces de plaisirs; ils sont même beaucoup plus éminents, tarée que ces contentements étant plus conformes et plus unis à la na-

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ture humaine, celui qui s'en déclare ennemi acquiert une pureté plus intérieure et plus achevée.

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