CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Des dommages qui arrivent A l'âme, lorsque la volonté se réjouit des
biens sensibles.
Si l'âme n'étouffe pas le plaisir que les objets sensibles lui donne»!, s. th. m. __ Xk
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LA U0NTKE DU .MONT CAR1UEL
et si elle ne le rccliiie pas en le rapportant à Dieu, il est constant qu'elle souffrira 1rs perles qui naissent de toutes les satisfactions sensuelles dont nous avons | arlé, et qui sont l'obscurcissement de la raison, la tiédeur, le dégoût, l'ennui dans les exercices intérieurs, et les autres de celte nature. Mais pour descendre dans un détail plus parti- culier, je dis que cette joie sensible peut apporter plusieurs dommages, tant corporels que spirituels.
lui premier lieu, quiconque ne rejette pas, pour l'amour de Dieu, le contentement dont les eboses visibles et agréables le remplissent, il tombe dans la vanité d'esprit, dans les dissipations de cœur, dans les désordres de la concupiscence, dans l'impudicité, dans le dérèglement de l'intérieur et de l'extérieur, dans l'impudence, dans l'envie, dans la jalousie, dans d'autres vices dangereux.
lin second lieu, celui qui se plaît à entendre des choses inutiles ne peut éviter les égarements de l'imagination, la superfluité des paroles, les jugements téméraires, ia diversité de l'embarras des sentiments, et plusieurs autres dommages considérables.
Troisièmement, de la délectation des odeurs viennent le dégoût qu'on a des pauvres, l'aversion de les servir et de rendre service aux autres, le peu de courage à se vaincre dans les choses basses cl abjectes, l'insensibililé d'esprit, au moins selon la faiblesse ou la véhémence des passions.
Quatrièmement, le plaisir des viandes engendre la gourmandise , l'ivrognerie, la colère, la discorde, le défaut de charité envers les pauvres, auquel le mauvais riche était sujet. De là naissent encore l'intempérie du corps, les infirmités, les émotions mal séantes, les autres causes des passions déshonnêtes.
De là coulent aussi, comme des ruisseaux d'une féconde source, la stupidité et la grossièreté d'esprit. Le désir et le goût des choses spirituelles languissent de telle sorte, que l'âme n'y trouve plus de saveur, et qu'elle ne peut ni s'y arrêter ni même en parler. La dissipation des sens et du cœur, le chagrin et l'amertume prennent de là leur commence .eut.
Mais l'attouchement des choses molles et douces est suivi de dommages plus nombreux et plus funestes à l'âme. Ce plaisir est la cause de l'exécrable crime de molli sse : il rend l'esprit efféminé et timide ; il dispose ce sens à pécher, il lui donne un si grand penchant aux chutes continuelles, qu'il n'a pas plus de résistance qu'une cire tendre et presque fondue. L'altouchemenl verse dans le cœur une vaine joie; il nourrit la libellé de dire et de voir toutes choses; il étourdit les autres sens, et il les obscurcit à proportion que cette passion animale est violente. Il prive le jugement de ses lumières et de sa droiture, et il le tient dans une ignorance grossière et dans une grande imbécillité spirituelle. Il inspire la pusillanimité et l'inconstance; il aveugle l'âme et il abat le courage de telle façon, qu'on craint, lors même qu'il n'y a rien à craindre.
Cette molle délectation produit l'esprit de confusion et l'insensibilité de conscience dans les affaires, parce quelle débilite le bon sens et le réduit en tel état, que l'âme ne peut ni prendre ni donner de sages conseils , et qu'elle devient incapable des biens spirituels et inutile pour toutes choses, comme un vase percé de tous côtés. Toutes ces perles procèdent de celte saUsIaelion animale, et elles sont plus grandes en quelques-uns, cl plus'petiles en quelques «titré 8, selon la facilité et la faiblesse, ou la fermeté et la constance de ceux à qui elles arrivent. Car il y a des gens de telle eomplexion, que les moindres occasions leur sont plus pernicieuses que les [dus grandes ne le sont à d'autres. J'ajoute aux effets de celle volupté le relâchement dans les exercices
liv. in. chap. xxv. 535
spirituels et dans les macérations du corps , cl la tiédeur et l'indévotion dans l'usage des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Mais je passe so.is silence les autres maux dont elle accable ses esclaves, parce que je serais trop long à ics déduire.