CHAPITRE TRENTE-UNIÈME
L'âme reçoit deux avantages du renoncement de la joie, dont les grâces surnaturelles et gratuites de Dieu la comblent.
Outre que l'âme qui se prive elle-même du contentement de ces merveilles, se garantit des inconvénients que nous venons de dire, elle en relire deux utilités très-considérables. La première est qu'elle glorifie Dieu , la seconde, elle se relève beaucoup elle-même; elle rend de l'honneur à Dieu en deux manières : premièrement, quand elle détache sa volonté et son plaisir de tout ce qui n'est pas Dieu , pour les transférer en lui . comme le prophète-roi l'a voulu exprimer par ces paroles : L'homme élèvera son cœur, et Dieu sera exalté Psal. LXIK, 8); car lorsque l'âme élève son cœur au-dessus de toutes choses , elle se met aussi d;ins la même situation. Et parce que cette élévation établit la demeure et le repos du cceur en Dieu seul, Dieu découvre son excellence et sa grandeur à l'âme, et, par ce moyen, il est plus estimé et plus exalté, parce qu'il se fait mieux connaître à elle, lorsqu'elle rapporte sa joie à lui seul, comme à son premier principe et à sa dernière fin. Ce qui ne pourrait pas être, si ce contentement n'était épuré de toutes les choses créées. C'est ce que le Seign-eur a dit lui-même par la bouche de David : Abstenez-vous des occupations de la terre; voyez cl considérez que seul je suis Dieu Psal. XLV, 11). Et ailleurs : J'ai para . dit ce roi. devant vous, mon Dieu, dans une terre descrie, inac^ cessible et sans eau, comme dans le sanctuaire , pour contempler voire puissance et votre mer esté Psal. LXII, 3). Or, si on exaile Dieu, lorsqu'on ne prend nul plaisir dans les choses créées, on l'exaltera beaucoup davantage, lorsqu'on détachera sa joie des choses extraordinaires et miraculeuses, pour la mettre tout en Dieu seul, puisque ces choses, étant surnaturelles, sont d'un rang supérieur à toutes les créatures, qui ne sont que d'un ordre naturel ; c ir, eu les abandonnant pour ne se plaire qu'en Dieu seul, on reconnaît qu'il est plus grand, plus parfait et plus excellent qu'elles , parce que plus on méprise de choses considérables pour l'amour d'un homme, plus on fait paraître l'estime qu'on a pour lui , et on lui rend plus d'honneur et de gloire.
Secondement , l'âme exalte Dieu lorsqu'elle dégage sa volonté du désir de toutes sortes de miracles : d'autant que plus elle croit Dieu et lui obéit sans le secours et le témoignage d'aucun prodige, plus elle relève la grandeur de Dieu ; car elle reçoit sa parole avec plus de soumission que les signes les plus admirables ne pourraient lui persuader.
La seconde utilité de cet éloignement de toutes les choses extraordinaires, c'est que l'âme acquiert une foi très -pure. Dieu la lui donne avec une espérance plus ferme et une charité plus ardente , de sorie qu'il augmente de plus en plus ces trois vertus théologales. Et alors l'âme puise dans la foi de trés-sublimes connaissances de Dieu ; elle jouit , par la charité, d'une admirable douceur qui attache la volonté à Dieu seul ; l'espérance la remplit de consolations toutes divines, et ces avantages' incomparables la conduisent à la parfaite union de son Créateur.
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LA MONTÉE DU MONT CAKMfc!.